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L'Incident Jésus

Frank HERBERT & Bill RANSOM

Titre original : The Jesus Incident, 1979
Première parution : New York, USA : Berkley, mai 1979
Cycle : Programme conscience  vol. 2 

Traduction de Guy ABADIA
Illustration de Wojtek SIUDMAK

POCKET (Paris, France), coll. Science-Fiction / Fantasy n° 5241
Dépôt légal : octobre 1986, Achevé d'imprimer : 16 octobre 1986
Roman, 480 pages, catégorie / prix : 6
ISBN : 2-266-01835-3
Format : 11,0 x 18,0 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
Imaginez Nef. Un navire interstellaire immense et qui ne cesse de grandir, devenu conscient Jadis à la suite d'une expérience oubliée. Dans ses flancs, les neftiles, humains et clones, qui ne savent rien de certain sur leurs origines et pour qui Nef est Dieu. Un dieu jaloux : les neftiles doivent le vénefrer, ou il mettra un terme à l'expérience humanité. Mais qui sait comment vénefrer ? Nef tourne autour de Pandore, un monde hostile. Morgan Oakes a une solution : conquérir Pandore à tout prix. Multiplier des clones adaptés à cette planète et les sacrifier sans pitié. Construire sur Pandore une forteresse inexpugnable et, de là, défier Nef et peut-être la détruire. Alors Nef extrait d'un hibernateur Raja Lon Flatterie qui a jadis présidé à son éveil. Et Flatterie souhaite sauver l'humanité, c'est-à-dire aussi la compassion, contre Oakes et contre Nef. Aidé par Panille le poète, par Hali la méditech à qui Nef a fait vivre un événement très ancien survenu sur le Golgotha, par Waela qui sait que l'océan de Pandore abrite un être immense et bienveillant, Flatterie peut réussir. Si Nef le veut bien...
 
Frank Herbert (1920-1986) a commencé à publier de la S.F. en 1952. C'est en 1965 qu'il entreprend l'énorme cycle de Dune, qui a fait de lui le maître incontesté du genre.
Critiques
     L'Incident Jésus nous propose une suite de Destination Vide (cf. ma critique parue dans Fiction n° 375). Autant le premier volet de cette histoire m'avait assommé, autant le second m'a charmé. Destination Vide n'était pas vivant ; les protagonistes devaient justement créer une conscience artificielle à partir d'une nef/ordinateur. L'incident Jésus palpite comme un cœur humain ; la nef est devenue Nef, une entité sentiente peut-être Dieu, peut-être déesse ordinaire...
     Nef désire être vénefrer. Mais les humains et les clones qu'elle protège, nourrit et manipule ne lui donnent pas satisfaction sur ce point. Alors elle décide de leur donner une dernière chance, déshybernant dans ce but Raja Flatterie, le psychiatre-aumônier qui a participé à sa création-naissance.
     Herbert aime la complexité. Son intrigue trahit une incroyable richesse. Ses personnages sont à la fois forts, profonds et faibles. Ils luttent pour Nef, pour eux-mêmes, pour Pandore, la redoutable planète qu'ils tentent douloureusement de coloniser. Et ils se heurtent à des obstacles infranchissables : la férocité des démons de Pandore, l'égoïsme forcené du psychiatre-aumônier qui les dirige, les manigances de Nef, l'impossibilité de concrétiser la vénefraction, l'intelligence problématique du varech local et l'intervention indéchiffrable des gyflottes, ces outres volantes aux pouvoirs inconnus.
     A quelle mythologie les Neftiles doivent-ils se référer ? A la mythologie grecque (Pandore : la première femme selon Hésiode, responsable de tous les malheurs de la Terre) ? Ou à la mythologie chrétienne (Dieu, Jésus, Marie et les questions théologiques relatives à ces personnages bibliques) ? Impossible réponse car les auteurs ont perverti les deux mythologies. La Boîte de Pandore, c'est ce qui, malgré sa belle apparence, peut causer bien des maux. Or, la planète Pandore propose une définition inverse : monde qui, en dépit de ses aspects éminemment dangereux, peut offrir la félicité. Quant à Dieu, voilà qu'il prend les traits d'une monstrueuse machine : NEF. Blasphème ! Comment les hommes auraient-ils pu créer Dieu ? C'est folie !
     Le dénouement frôle l'absurde. En définitive, la guerre sauve les hommes — une caricature de guerre — et leur ouvre une vie nouvelle. Vénefrer, c'est découvrir les voies mystérieuses de l'auto vénération dont l'humanité a besoin pour prendre un durable essor vers l'avenir.
     Vénefrer, c'est vénérer l'humanité et dispenser l'auto respect, respect du soi/homme.
     « Nous sommes sevrés », dit l'un des héros, poète.
     Et Nef les quitte. Elle ne les abandonne pas, elle les quitte pour aller observer d'autres champs d'expérimentation. Sur Pandore, berceau d'une seconde Humanité, personne jamais ne l'oubliera...

Éric SANVOISIN
Première parution : 1/4/1987 dans Fiction 385
Mise en ligne le : 28/4/2003

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (2003)

     L'Incident Jésus (paru pour la première fois en France en 1981 dans la même collection) constitue le second épisode du Programme Conscience, tétralogie commencée avec Destination vide et poursuivie par L'Effet Lazare et Le Facteur ascension. Comme ces deux derniers, L'Incident Jésus est le fruit d'une collaboration entre Frank Herbert et Bill Ransom. Destination vide décrivait la naissance d'une conscience artificielle dans un astronef expérimental. Au terme du voyage, celle qui devint Nef accédait au rang de divinité et exigeait de ses sujets qu'ils apprennent à la vénefrer.

     Des éons plus tard, nous retrouvons l'un des personnages de Destination vide, le psychiatre-aumônier Raja Lon Flatterie, que Nef réveille de son hybernation, en orbite au-dessus de Pandore, planète hostile au nom trop symbolique pour ne pas être une création de Nef. Pandore, peuplée de dangereux démons, abrite également une étrange entité, un varech océanique qui, selon certains observateurs, serait conscient. Flatterie, rebaptisé à dessein Raja Thomas pour ne pas éveiller les soupçons des colons — son ancien nom appartient désormais à la légende — est mandaté par Nef pour soumettre les derniers hommes à sa loi et découvrir les secrets du lectro-varech. Si les colons ne parviennent pas à la vénefrer, Nef « arrêtera l'enregistrement ». En a-t-elle vraiment les moyens ? Son omnipotence elle-même est-elle fondée ? Et que signifie au juste « arrêter l'enregistrement » ? Contre toute attente, c'est d'un poète illuminé, ami intime de Nef, que viendra le salut de cette humanité en perdition.

     Bien qu'utilisant les procédés narratifs qui ont fait le succès du cycle de Dune — omniscience de l'auteur, citations réelles ou fictives conférant au lecteur l'illusion que le cadre du récit masque un univers infini — , le Programme Conscience occupe une place à part dans l'œuvre de Frank Herbert. Il y est incontestablement question de luttes de pouvoir, de complots et de clones génétiquement modifiés, mais ici la très inhumaine Nef se révèle infiniment plus complexe que les demi-dieux fascisants de la saga des Atréides : sa divinité excède même de beaucoup le simple exercice du pouvoir ; elle touche à l'éternité et prend sa source à l'essence même de l'univers. Ainsi dans L'Incident Jésus, l'intérêt n'est pas tant suscité par l'intrigue — d'une richesse pourtant remarquable — que par les idées qu'elle soulève, comme en témoigne cet « Inefdit » à méditer (p. 295) : « Les mythes ne constituent pas des œuvres de fiction, mais des éléments d'histoire vus par les yeux d'un poète et rapportés par la bouche d'un poète. ». Que le Christ — qui joue ici un rôle métaphorique, d'où le titre du roman — ait existé ou non, que Nef soit un dieu créateur ou une simple machine, importe peu au regard de l'essence éminemment humaine et symbolique du mythe.

     Cette nouvelle édition bénéficie d'une impressionnante préface de Gérard Klein, initialement destinée à la réédition de Destination vide. Sa lecture nous permet d'apprécier L'Incident Jésus à sa juste valeur. Il s'agit certes d'un roman difficile, trop cérébral sans doute pour bénéficier d'un public aussi large que d'autres œuvres plus populaires, mais on peut penser, à l'instar de Gérard Klein, que Frank Herbert reste malgré tout l'un des rares écrivains à avoir su traduire l'indicible avec autant de vérité — les tourments métaphysiques de Nef, la sentience d'Avata — et conjuguer les interrogations philosophiques les plus abstraites et les visions les plus extravagantes.

Olivier NOËL
Première parution : 1/9/2003
dans Galaxies 30
Mise en ligne le : 28/11/2008


Edition Robert LAFFONT, Ailleurs et demain (1982)

     Quand l'ordinateur de la Nef devint conscient, il se prit pour un dieu. C'est sur cette conclusion logique que nous laisse Frank Herbert à la fin de Destination : vide. Bien des générations plus tard, la situation a évolué. Les clones — les neftiles — vénèfrent Nef tout en obéissant à Morgan Oakes qui nie sa divinité et ne voit en elle qu'un vaisseau spatial un peu plus perfectionné que les autres. Oakes manipule les clones en vue de conquérir la planète autour de laquelle tourne Nef : Pandore, peuplée de créatures agressives et dangereuses. De son côté. Nef délègue Rajah Lon Flatterie -devenu Rajah Thomas — pour apprendre aux neftiles à le vénéfrer correctement.
     C'est à une réflexion sur la divinité et la religion — principalement judéo-chrétienne — que nous convient Frank Herbert et Bill Ransom.
     Qu'est-ce qu'un dieu peut exiger de sa créature ? D'être adoré. La prière constitue la preuve ainsi que la condition de la divinité. Mais demander à être vénéré suppose jalousie, autoritarisme, et humilie la créature. Cette façon humaine de considérer les relations entre Dieu et ses créatures souligne la dépendance de la créature par rapport à sa divinité, alors qu elle désire s'en affranchir. C est l'une des causes de l'abandon aujourd'hui de la religion catholique.
     Mais l'homme ne pourra s'affranchir de son Dieu qu'en prouvant qu'il est capable de vivre sans lui. Il lui faut pour cela découvrir ce que signifie être humain. Nef lui donne cette occasion avec la planète Pandore, habitée par l'Avata. En se mesurant à une intelligence non-humaine, les caractéristiques de l'humanité apparaissent.
     C est la profession de foi des auteurs : leur religion, c'est l'humanité unie et adulte, sevrée de ses dieux au terme de leur éducation.
     A ceux que la lecture de Destination : vide aurait rebuté par son aridité précisons que cette suite na rien à voir avec le premier volume et se lit aisément.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/1/1982
dans Fiction 325
Mise en ligne le : 5/1/2007

Critique de la série par Jean-Pierre LION
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