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Le Rêveur illimité

James Graham BALLARD

Titre original : The Unlimited Dream Company, 1979
Première parution : Jonathan Cape, 1979
Traduction de Robert LOUIT
Illustration de Bill BOTTEN

CALMANN-LÉVY (Paris, France), coll. Dimensions SF
Dépôt légal : 1er trimestre 1980
Première édition
Roman, 224 pages, catégorie / prix : nd
ISBN : 2-7021-0349-9
Format : 14,0 x 21,0 cm
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     James Blake est un jeune homme solitaire, rêveur et marginal. Son obsession, c'est de pouvoir voler, d'accomplir le premier « vol à propulsion humaine  ». A l'aéroport de Londres, il s'empare d'un petit avion pour accomplir sa première tentative, mais il s'échoue dans la Tamise, à Shepperton, une banlieue tranquille.
     Miraculeusement rescapé de son accident — on lui apprend qu'il a passé onze minutes sous l'eau — il est adopté par les habitants de la petite communauté. Pourtant le doute subsiste : est-il mort, est-il vivant, a-t-il transcendé sa condition de simple mortel ? Dans les jours qui suivent, Blake (dont le nom n'a pas été choisi au hasard) est en proie à des visions prophétiques. Il métamorphose son environnement et bouleverse la vie de sa nouvelle famille. Un paysage tropical recouvre le décor quotidien, une faune exotique envahit les rues et les jardins. Les gens eux-mêmes, par la puissance démiurgique du narrateur, deviennent oiseaux, poissons ou mammifères, et s'élancent enfin dans les airs pour célébrer « l'ultime mariage de l'animé et de l'inanimé, des vivants et des morts  ».
     Agent secret de l'inconscient, J. G. Ballard s'amuse à replacer quelques-uns des plus vieux mythes de l'humanité dans un cadre banlieusard et nous propose une fable sarcastique, un « Petit Prince  » perverti qui est aussi une parabole sur la situation de l'écrivain, seul véritable « rêveur illimité  ».

     Né à Shanghai en 1930 de parents anglais, J. G. Ballard a vécu en Chine jusqu'à l'âge de quinze ans. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il fut interné par les Japonais. Rapatrié en 1946, il entreprit des études de médecine à Cambridqe, mais se tourna rapidement vers la littérature, tout en exercent divers métiers — après avoir servi dans la R.A.F.
     Son premier livre fut publié en 1957. Depuis, J. G. Ballard a écrit une quinzaine d'ouvrages, parmi lesquels, chez le même éditeur, Crash  !. L'Ile de Béton, I.G.H., tout en collaborant à la revue New Worlds, principal organe de la « nouvelle vague  » de la science-fiction britannique.
Critiques
 
[critique du Livre d'or de J.G. BALLARD, anthologie de Robert Louit, Presses Pocket n° 5074 et de Le rêveur illimité par J.G. BALLARD, Editions Calmann-Lévy « Dimensions Sf »]


     Oserons-nous, à propos de ce nouveau Livre d'Or, parler d'explorations de l'Espace Intérieur ?
     Depuis les premiers textes publiés sous label new wave, l'expression s'est bien affadie à l'usage ! Rien de tel donc qu'une petite plongée libre dans l'œuvre de celui qui en a pratiquement inventé la notion, ou, tout au moins, l'a introduite dans la science-fiction.
     Pour ce recueil, Robert Louit a préféré à l'ordre chronologique une ordonnance thématique, et la première partie, Oppressions subtiles, donne d'emblée le ton de l'ensemble. Névroses, déviations mentales et autres joyeusetés s'introduisent peu à peu dans toutes les nouvelles présentées ici, et, contre toute attente, le lecteur imprudent n'a pas l'impression d'émerger d'une plongée nauséabonde. En effet, l'imagination de Ballard dépasse très largement ce thème de base, et son talent fait de toute façon passer bien des choses.
     Ajoutons que la sélection établie par Louit est tout à fait excellente, et ce malgré la ligne directrice de la série, qui impose pour chaque recueil un pourcentage maximum d'inédits — d'où certains fiascos, avec des auteurs surexploités, comme dans le récent Livre d'Or Van Vogt.
     Un Livre d'Or indispensable, donc, avec en prime les introductions à chaque texte, par l'auteur, et le plaisir de retrouver certaines nouvelles dans des traductions enfin de qualité. C'est le cas des deux textes provenant de Billenium (Marabout), sabotés dans leur édition originale.
     Tout aussi important semble être Le rêveur Illimité, dernier Ballard en titre qui vient, très justement, de remporter le B.S.F.A. Award du meilleur roman anglais de l'année.
     Une remarque tout d'abord : l'œuvre moderne de Ballard serait-elle à ce point éloignée de la SF que l'éditeur ait préféré supprimer de la couverture l'habituel logo « Dimensions-SF » ? Il est vrai que le Livre de Poche a, lui aussi, édité (ou plutôt réédité) du Ballard, hors de la collection SF...
     Ce rêveur-là pourrait bien être Ballard lui-même (qui rêve plus qu'un écrivain ?), sous les traits de James Blake, pilote amateur échoué dans la Tamise,. aux abords d'une quelconque banlieue tranquille, après « l'emprunt » d'un petit avion. Banal incident, somme toute, mais aux conséquences pour le moins inattendues.
     Blake mettra un bon moment avant de comprendre la fascination, ou l'horreur, qu'il exerce sur la population de Shepperton. Pardi ! on ne ressuscite pas tous les jours, surtout sans s'en rendre compte...
     Obsédé par le désir de réaliser le premier vol à propulsion humaine (Blake aurait-il lu Léonard de Vinci ?), il contamine peu à peu son entourage... Etrange folie que celle qui fera basculer tous ces gens d'une banalité quotidienne dans un merveilleux surréalisant. Et tout le monde, ou presque s'envolera dans les airs, à la suite du démiurge Ballard...
     Le rêveur illimité est-il encore un roman de science-fiction ? A vrai dire, le problème ne nous semble pas être de la première importance.

[cette critique est co-signée par Pascal J. Thomas & Francis Valéry]

Francis VALÉRY
Première parution : 1/6/1980 dans Fiction 309
Mise en ligne le : 16/12/2010

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (1989)

     Blake est un drôle d'oiseau. Dieu ou dément ? Magicien ou charlatan ? Quand l'avion qu'il vient de voler plonge dans la Tamise, il entrevoit un tableau apocalyptique avec dans le fond de la toile sa propre mort. Il ne sait pas encore les liens qui vont le retenir prisonnier de Shepperton, la localité de la banlieue londonienne qui accueille sa chute. Il ne devine pas encore grand-chose de ce qui l'attend. Par exemple, il ignore qu'il est mort et qu'il entame sa seconde vie.
     Ce rêveur illimité est avant tout un créateur, un artiste. Il modèle le réel à sa volonté mais de cette volonté il est l'esclave. Il génère plante et oiseaux, poissons et mammifères. Il enferme Shepperton dans une jungle et apprend à ses habitants le vol humain.
     Etrange roman où la réalité se noie dans l'esprit de Blake ; esprit confus, angélique, fou, hors du temps.
     Autant le dire tout de suite, ça n'est pas le livre de Ballard que je préfère. Je lui reproche un excès d'onirisme qui déroute le lecteur et le conduit à mener une lecture lointaine est sceptique. Ce lecteur dérouté et sceptique, c'est moi bien sûr. D'autres apprécieront ce que justement je regrette...
     Je me suis un peu ennuyé à la lecture de ce roman statique, en dépit de sa poésie tropicale et aérienne. J'ai contemplé en froid spectateur cet « ultime mariage de l'animé et de inanimé, des vivants et des morts ».
     Il m'a manqué les clefs qui m'auraient permis d'ouvrir les portes de cette histoire. Je vous souhaite de les trouver. Il n'est jamais bon de rester sur le seuil à regarder dans le trou de la serrure.

Éric SANVOISIN
Première parution : 1/7/1989
dans Fiction 410
Mise en ligne le : 9/10/2003


Edition POCKET, Science-Fiction / Fantasy (2010)

     « Quels que fussent la voie que je m'étais tracée, le soin que j'apportais à tenter de suivre une orientation nouvelle, je volais droit sur le mur de briques le plus proche », dit Blake, le narrateur. Pour échapper à son destin — ou plutôt pour le trouver, car il conserve « une foi tenace en lui-même » — , il vole un avion — accessoire fréquent du théâtre ballardien, cf. « Appareil volant à basse altitude » -, mais s'écrase en flammes dans la Tamise, près d'une petite ville banlieusarde : Shepperton, au ciel enveloppé d'une lueur prémonitoire. Recueilli par les habitants d'une propriété qui s'avère être une clinique, il tente de quitter les lieux à pied, mais échoue, piégé par l'autoroute, tout comme Robert Maitland, victime d'un accident automobile, échouait à quitter son Ile de béton.

     Mais, alors que Franz dans « Urbi et orbi », qui lui aussi rêvait d'abord de voler, est ramené à son point de départ (temporel autant que spatial) par le train, instrument d'une fatalité sociale, c'est ici une fatalité intériorisée qui joue, comme dans L'Île de béton, comme dans I.G.H., comme dans « L'Ultime plage » (« il s'arrangeait invariablement pour se retrouver coincé »).

     Blake est lié à Shepperton par son destin, par sa nature ; et ce lien lui apparaît d'abord comme une « frénésie sexuelle », qui le pousse vers la jeune doctoresse Miriam, vers sa mère Mrs St. Cloud, vers trois enfants handicapés, vers tous les habitants, enfin, sans distinction de sexe ni d'âge, et plus tard même vers des animaux sortis d'un « modeste zoo »... ou peut-être de lui-même : car le sexe qui, dans Crash !, se mariait à la mort, est ici source de vie.

     Sur le passage de Blake, et souvent des gouttes de son sperme intarissable, germent des fleurs colorées, des plantes tropicales, toute une végétation luxuriante qui envahit la bourgade britannique en même temps que des créatures de l'eau, de la terre et des airs peu communes sous ces latitudes. Les apparences que prenaient parfois ces lieux pour les studios de cinéma qui y ont leur siège deviennent réalité. Décor paradisiaque où, avec une innocence adamique, Blake d'abord, puis les autres à son instar, vont dévêtus : « Il était heureux de sa nudité, heureux d'exhiber son corps bariolé. »

     Au lieu de chercher à « échapper à cette ville étouffante », Blake ne songe plus qu'à l'ouvrir, pour une évasion collective de tous ses habitants, en les fécondant et en les libérant. Il s'agit pour lui à la fois de « repeupler Shepperton en plantant dans le ventre de ses ménagères sans défense les graines d'un cortège de créatures extravagantes », et d'opérer une « réorganisation de la réalité au service d'un dessein plus vaste et plus authentique, qui permettrait aux appétits les plus bizarres et aux instincts les plus dévoyés de trouver leur véritable sens ».

     Puisque la fuite horizontale est rendue impossible par une sorte de barrière mystérieuse qui, dans l'autre sens, empêche aussi les étrangers d'entrer et même de savoir ce qui se passe, c'est verticale qu'est la voie : vers le bas, la terre et l'eau ; vers le haut, l'air et peut-être le feu puisqu'une lueur d'incendie surnaturel baigne le ciel de la ville.

     Ces quatre éléments auxquels Blake a échappé, il y mène les banlieusards : ils côtoient dans les bois les cervidés qui s'y sont multipliés, ils nagent dans la Tamise parmi des cétacés en lesquels ils se métamorphosent peut-être éphémèrement, et bientôt ils voleront. Car l'union de Blake avec Miriam vêtue de blanc est aussi un envol à deux, puis en foule, littéralement un essor nuptial.

     Jusqu'à sa mort, Blake est un « messie en attente de message ».

     Peintre visionnaire qui, même à l'intérieur de l'homme, trouve des paysages ; chirurgien obsédé par les blessures ; c'est aussi architecte que Ballard se montre, dans la construction de chaque roman et de l'ensemble de son œuvre.

     Chaque partie a sa fonction dans l'ensemble, le moindre détail est lié à tous les autres et à leur somme par un réseau serré de relations, rien n'est laissé au hasard, tout se répond et se correspond, s'équilibre et s'enchaîne, tout est cohérent... et tout est fou ! On pense à ces gravures d'Escher où les lois de la perspective sont retournées contre elles-mêmes : un escalier qui ne cesse de monter ramène finalement au rez-de-chaussée, et l'eau qui ne cesse de tomber de cascade en roue de moulin se retrouve à sa source tout en haut. Si Ballard avait pratiqué l'architecture, nul doute qu'il eût su construire « La Maison biscornue » (à quatre dimensions) évoquée par Heinlein !

     Très loin, bien sûr, de la science-fiction optimiste qui peignait des lendemains qui chantent, où les projets et les recherches d'aujourd'hui s'épanouiraient en conquêtes et en pouvoirs merveilleux ; mais au-delà aussi de la science-fiction pessimiste qui dissèque les erreurs et les crimes de notre temps pour en déduire les servitudes et les désastres des lendemains qui déchantent, Ballard, avec nos espoirs et nos horreurs, avec ses fantasmes et sa culture, construit un monde personnel, clos sur lui-même et parsemé pourtant de fascinants hiéroglyphes, tracés par le vent ou par les eaux, par le sperme ou par le sang, messages indéchiffrables d'une transcendance inaccessible, sur lesquels pourtant l'homme ballardien ne cesse de se pencher.

George W. BARLOW
Première parution : 1/7/2010
dans Bifrost 59
Mise en ligne le : 3/1/2013

Prix obtenus


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