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Tu enfanteras dans la couleur
par Arnaud Malherbe

(article paru dans L'Express n°2586, 25 janvier 2001)

N'importe quel dessinateur vous le dira, c'est à ses qualités de coloriste que l'on reconnaît une bonne épouse. Nombre d'auteurs qui, par paresse ou incompétence, rechignent à assurer la mise en couleurs de leurs albums sous-traitent volontiers... en famille. Ainsi, c'est Petra (Vance) qui met le marron sur le blouson de XIII, Claudine (Blanc-Dumont), le bleu sur l'uniforme de Blueberry (La Jeunesse de Blueberry)... La liste est longue. On ne compte pratiquement aucun homme dans la profession. « C'est un travail d'orfèvre qui demande patience, méticulosité, persévérance : des qualités féminines ? » se demande Evelyne Tran-Lé, coloriste de Valérian — depuis 19 albums — que dessine son frère, Mézières. Tombée dans le métier par accident, comme c'est le cas pour la plupart de ses collègues, Evelyne a appris le souci du détail à ses débuts, en 1968, avec les « petits clous dorés de la ceinture d'Astérix » et les « rayures de la culotte d'Obélix ». Astérix et le bouclier arverne : « Un enfer ! » La coloriste doit, à chaque coup de pinceau, faire preuve de modestie. « Une couleur est réussie quand elle ne se voit pas, remarque Brigitte Findakly, 41 ans, qui illumine les Lapinot de Lewis Trondheim, son mari. Nous sommes là pour faire naître un personnage, un ciel, un objet, pas pour gueuler. » Avec plus ou moins de latitude, selon le maître d'œuvre. Evelyne pose ses mélanges de gouache en suivant des indications chirurgicales, griffonnées au crayon à papier par son frère : « Ici, une ombre ; là, concentre-toi sur le paysage, retiens le bleu du ciel, oublie l'astronef. Ici, glauque ; là, inspire-toi de cette photo dans les tons ocre... » Brigitte est plus à son aise. Collaboratrice fidèle de la « nouvelle vague » de la bédé — Joann Sfar (Professeur Bell, Dargaud), Manu Larcenet (Les Cosmonautes du futur) ou David B. (Uranie, avec Christophe Blain, Dargaud) — elle a abandonné ses pinceaux pour l'outil informatique. Depuis cinq ans, c'est la grande tendance de la profession : « Là où une bavure pouvait gâcher une journée de travail, le logiciel permet de changer en un clic toute la tonalité d'une planche. On bosse quatre fois plus vite. » En enchaînant les réussites, des coloristes ont commencé à faire parler d'elles. Récemment, Brigitte et quelques autres ont vu leur nom apparaître sur la couverture des albums, à côté de ceux des auteurs. « Une révolution de surface, soupire-t-elle. Quand je suis invitée à un Salon de BD, c'est toujours en qualité d'épouse de dessinateur ! »

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