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Un homme prénommé Fredric

Hélène OSWALD & Pierre Jean OSWALD

Le Cabinet Noir n°43, mars 2000

Un homme prénommé Fredric

          Fredric Brown a vu le jour à Cincinnati, en 1906, et le prénom que lui ont donné ses parents est bien Fredric et non Frederic ou Frederick, comme nombre de critiques négligents l'appelèrent souvent, même au plus fort de sa notoriété, ce qui avait le don de l'exaspérer.
          Dans sa préface à The Best of Fredric Brown, Robert Bloch 1 se souvient : « A l'époque où nous fîmes connaissance, il était correcteur d'épreuves au « Milwaukee Journal » et habitait un modeste immeuble de la Vingt-septième rue avec sa première femme, Helen, et ses deux pétulants garçonnets. La famille comprenait également un chat siamois baptisé Ming Tan, une flûte à bec, un jeu d'échecs et une machine à écrire. Fred jouait avec le chat, jouait de la flûte et jouait aux échecs. La machine à écrire, elle, n'était pas là pour le plaisir. »
          En effet, après des études médiocres, Brown avait dû exercer divers petits métiers pour nourrir sa famille, dont le principal, qu'il conserva longtemps après avoir commencé à publier, était celui de correcteur de presse. Mais sa machine à écrire lui servit très vite à boucler les fins de mois. Les nouvelles qui en sortaient, il les vendait à un prix très bas aux « pulps », les magazines bon marché de l'époque. Elles appartenaient à tous les genres populaires au début des années 40 : policier, fantastique, suspense, science-fiction.
          A partir de 1947, année de la parution de son premier roman, sa situation matérielle s'améliora, mais il n'en conserva pas moins son métier de correcteur car « il n'était pas disposé à troquer un revenu régulier contre les incertitudes d'une carrière d'écrivain indépendant ».
          A la même époque, il divorce de sa première femme pour épouser un an plus tard Elizabeth Brown qui restera à ses côtés jusqu'à la fin de sa vie. Mais Fredric souffrant de problèmes respiratoires, le couple part s'installer à Taos, une région désertique du Nouveau Mexique. Dès lors, Fredric Brown ne se consacra plus qu'à l'écriture.
          Après une expérience malheureuse à Hollywood où les producteurs avaient espéré trouver en lui un « nègre » capable de traiter tous les sujets, alors que, lui, ne voulait faire que du « Brown », le couple s'installa sur la côte Ouest, dans la vallée de San Bernardo.
          Mais les difficultés respiratoires de Brown s'aggravant, ce fut un nouveau départ.., pour Tucson, en Arizona, où il mourut en 1972.

Un écrivain nommé Fredric Brown

          En 20 ans d'écriture, sortirent de la machine à écrire de Fredric Brown 30 romans et 271 nouvelles appartenant au policier et à la science-fiction.
          Parmi ses meilleurs romans policiers, il faut, bien entendu, citer son premier roman, Crime à Chicago, qui obtint, à sa parution en 1947, l'"Edgar Allan Poe Award", la plus haute distinction décernée par les « Mystery Writers of America ». Ce livre, qui connut un véritable succès populaire, fut suivi, un an plus tard, par Le Fantôme du chimpanzé dont le succès fut tout aussi important. Après quoi il publia de nombreux chefs-d'oeuvre, parmi lesquels : Tuer n'est pas jouer, La Belle et la Bête, La Chandelle et la Hache, La Fille de nulle part, Qui a tué grand-maman ?, Rendez-vous avec un tigre, Maboul de cristal, La Bête de Miséricorde et surtout l'insurpassable La Nuit du Jabberwock où Brown introduit du fantastique dans l'intrigue policière et où l'univers imaginé par Lewis Carroll semble être la seule réalité.
          Ses deux plus grands romans de science-fiction sont L'Univers en folie et Martiens, Go Home. Tandis que, dans Une étoile m'a dit, Lune de miel en enfer, Fantômes et farfafouilles et Paradoxe perdu, on trouvera un grand choix de nouvelles représentatives de l'humour de leur auteur.
          Car, qu'il écrive du policier ou de la science-fiction, Brown est avant tout un humoriste qui sait que l'humour est la meilleure façon de faire accepter des situations graves. Aussi ce satiriste devient-il très vite un moraliste en même temps qu'un observateur aigu de la réalité quotidienne.

À lire actuellement en France

          Dans la collection 10/18 : Crime à Chicago ; La mort a ses entrées.
          Dans la collection Présence du Futur : Une étoile m'a dit 2 ; Martiens, Go Home 2 ; Fantômes et farfafouilles ; Lune de miel en enfer ; L'Univers en folie 2.
          Dans la Série Noire : Vieille canaille (Meurtres en filigrane).
          Chez Encrage : Cincinnati blues.
          Au Fleuve Noir : Les Asticots ne sont pas des anges.
          Et, bien entendu, dans la collection Le cabinet noir : Attention, chien gentil !, Schnock corridor et Homicide mode d'emploi.
          De nombreux autres titres ont été traduits et publiés essentiellement grâce à François Guérif et Stéphane Bourgoin. Mais ils ne sont plus disponibles.
          Le cabinet noir compte bien remédier autant que possible à cette situation.

          La science-fiction de Brown

          Dans son Science-fictionnaire (Présence du Futur, Denoël), Stan Barets écrit fort justement :
          « Lorsque Brown se lança dans la SF, il y vint en gardant l'une de ses préoccupations du policier, à savoir la notion de « chute ». Ses récits, très proches du pastiche, se terminent toujours par un coup de théâtre ou une révélation inattendue et radicale, caractéristique de ses meilleures réussites. Aussi son genre favori, plus encore que la nouvelle, était la « short, short story », sorte de mini-nouvelle de 300 à 400 mots où il pouvait le mieux exploiter l'effet de surprise et l'humour, qu'il sut porter à leur perfection.
          La science-fiction est comme la vie. Il y a des moments d'émotion, de peur, de rêves. Il y a aussi de l'intelligence et de la bêtise. Mais les instants où l'on rit sont rares. Brown est avec Robert Sheckley un des seuls qui pourra vous faire rire aux éclats.
 »
          Pour ce qui est du rapprochement avec la littérature policière de son auteur, et de l'humour, L'Esprit de la chose répond parfaitement à ce jugement.


Notes :

1. Les passages en italiques qui suivent sont extraits de cette préface, traduite par Gérard de Chergé. Tél : 05 46 59 20 50. Fax : 05 46 32 54 45.
2. Vient d'être réimprimé.

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