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Theodore Sturgeon

(USA ; 1918-1985)

Denis GUIOT

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, 1987

          Lire Theodore Strugeon, c'est entrer de plain-pied dans le royaume de la solitude, une solitude écrasante et inacceptable, née de l'infirmité mentale ou physique, de la différence, des conventions et des tabous, de l'isolement géographique, de la peur, de la haine ou de la frustration, de l'inadaptation foncière de l'individu dans la société.
          A lire l'intéressante biographie écrite par Marianne Leconte en préface au Livre d'Or de Theodore Sturgeon (Presses Pocket, 1978), nul doute que cette sensibilisation de l'écrivain aux affres de la solitude ne provienne de son enfance, passée dès l'âge de onze ans aux côtés d'un beau-père autoritaire avec qui il ne s'entendra jamais. D'où, très jeune, l'expérience de l'introversion et de ce sentiment qui découle d'une trop grande solitude, la haine. Haine qui sera exorcisée au fur et à mesure de l'oeuvre littéraire — une oeuvre pour l'essentiel constituée de nouvelles et qui débute en 1939 dans les pages d'Astounding — dans des textes comme Le contact de ta main (The touch of your hand, 1953, in le recueil d'Alain Garsault L'homme qui a perdu la mer, Livre de Poche, 1978) ou le fameux roman un des deux chefs-d'oeuvre de Theodore Sturgeon — Cristal qui songe (J'ai Lu, The dreaming jewels, 1950) qui conte les mésaventures du jeune Horty, obligé de fuir la maison de ses parents adoptifs qui le martyrisaient et de se réfugier dans un cirque de passage.
          Mais du fond de sa solitude engendrée par son anormalité, le héros sturgeonien puise dans son désespoir même les raisons de ne pas désespérer. Inlassablement, il lance des bouteilles à la mer, appels au secours qui, comme dans Une soucoupe de solitude (A saucer of loneliness, 1953, in Les songes superbes de Theodore Sturgeon, anthologie composée par Alain Dorémieux, Casterman, 1978) trouvent leur écho. La rencontre entre deux êtres solitaires est un sujet cher à l'écrivain. Que l'on songe au débile mental de Parcelle brillante (Bright segment, 1955, in Livre d'Or) ou à la jeune fille atteinte d'un cancer dans Sculpture lente (Slow sculpture, 1971, in Livre d'Or). Mais comment communiquer, comment mettre bas les masques et jeter les vieilles défroques, les fausses pudeurs, tous les égoïsmes, comment atteindre ce noyau de l'être humain, cette partie de lui qui n'a pas peur, qui comprend et se fait comprendre ? Tout Sturgeon tourne autour de cette notion d'éveil : « Si, écrit-il dans La peur est une affaire (Fear is business, 1957, in La sorcière du marais, anthologie établie par Stephane Bourgoin, Nouvelles éditions Oswald, 1981, et précédée d'une étude de Klein), tout être humain, quels que soient sa langue, son âge, sa formation comprenaient exactement les désirs de tout autre humain et savait en retour qu'on le comprendrait aussi complètement, cela changerait la face de la Terre. En une nuit ».
          Dans sa quête de la communication optimum, il était inévitable que Sturgeon débouche sur le concept d'« individu collectif » dont le plus connu est l'Homo Gestalt enfanté dans le bouleversant roman Les plus qu'humains (J'ai Lu, More than human, 1953) : où comment un simple d'esprit, deux petites jumelles noires, une enfant télékinésique et un bébé mongolien découvrent qu'ils forment, à eux tous, un être nouveau aux immenses pouvoirs. Mais l'optimum, comme le rappelle L'homme hébété (Dazed, in Galaxie n° 93), un des tous derniers textes de l'auteur, ce n'est pas l'immobilisme, la « perfection » statique et mortifère, mais un état dynamique ressemblant au vol de la mouette ou à un surfer sur les vagues, mêlant souffrances et joies, noir et blanc, Yin et Yang dans un éternel mouvement.
          Oeuvre exemplaire que celle de Theodore Sturgeon, véritable « connaissance-fiction » qui prend sa source dans l'exil intérieur d'un enfant prénommé Edward Hamilton Waldo et s'épanouit dans la construction d'une Ethique adaptée à l'homme de demain. Sturgeon aimait rappeler qu'un de ses ancêtres avait vécu à Haïti et que le mot vaudou dérive de waldo ; et de confier à Patrice Duvic  : « Oui, je suis aussi un gourou, ça m'en a tout l'air » (Galaxie n° 103)

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          Lecture :
          — Venus plus X (Titres SF, Venus plus X, 1960).
          — Amour, impair et manque (Titres SF, recueil composé par Marianne Leconte, 1981).
          — Les talents de Xanadu (J'ai Lu, The worlds of Theodore Sturgeon, 1972).
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