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Questions aux traducteurs

Lucie CHENU

Onire.com, janvier 2003

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     1°) Quelle(s) langue(s) traduis-tu, et dans quel sens ?

     Je traduis de l'anglais vers le français (classique, mais bon...).


     2°) Est-ce que c'est long de traduire un texte de... mettons 100 pages ? Y a-t-il parfois des recherches particulières à faire (je pense à des termes techniques ou anciens, par exemple) ?

     Je n'ai encore traduit que des nouvelles. Par ailleurs, ce n'est pas mon métier et je fais ces traductions après le boulot, après les devoirs des gosses, etc. Ce que je préfère, c'est y aller petit à petit et prendre mon temps, laisser s'écouler quelque temps avant de relire...
     J'ai disposé de 15 jours pour traduire une longue nouvelle de Le Guin (28 pages). En y passant deux heures tous les soirs, ça se fait, bien que la relecture finale ait par force été très très rapide.
     J'ai eu quelques difficultés à trouver quelques termes techniques sur des textes de SF (merci le web). Je peux aussi citer le cas d'une exclamation en yiddish d'un personnage principal, dont l'auteur semblait penser qu'elle coulait de source, mais que j'ai préféré rechercher pour la traduire. Dans la prochaine nouvelle, il y a plein d'expressions en thaï !


     3°) Les éditeurs imposent-ils parfois des contraintes particulières (coupure ou rallonge de texte) ? Les textes sont-ils remaniés ou corrigés après être passés entre tes mains ? Comment est rémunéré un traducteur ? fixe ? droits d'auteurs ?

     Je n'ai pas eu à gérer de contraintes jusqu'à maintenant.
     Les nouvelles que je traduis sont relues d'abord par une collaboratrice bénévole, chargée spécifiquement de relire les traductions, puis l'éditeur les relit lui-même.
     Je suis bénévole pour les traductions et « rétribuée » par un exemplaire de chaque numéro auquel j'ai collaboré..


     4°) Je te connais comme traducteur de romans ou de nouvelles, t'est-il arrivé de traduire des BD, films, où autre chose ? ou de faire de la traduction/interprétation orale ?
     J'ai aussi traduit quelques articles ou interviews dans le domaine de la SF.
     Je rédige de la documentation technique en anglais (plus exactement en américain) à longueur de temps pour mon boulot, mais je suppose que ça ne compte pas. Il m'arrive régulièrement de traduire des audio-conférences techniques en direct pour des collègues à l'anglais oral défaillant.


     5°) T'est-il déjà arrivé de co-traduire, et comment cela se passe-t-il ?

     Je n'ai jamais essayé.


     6°) Es-tu aussi écrivain(e) ? Si oui, est-ce fondamentalement différent ? Publies-tu sous un autre nom ? Si non, est-ce quelque chose que tu regrettes ?

     L'écriture et la traduction n'ont strictement rien à voir, amha.
     Quand on écrit, c'est dans son univers, avec ses personnages, son histoire et ses rebondissements et le reste, longuement mûris et bichonnés dans les recoins de son petit cerveau pendant le temps qu'il faut.
     Quand on traduit, on se contente de recevoir l'histoire d'un autre et d'essayer de la restituer en conservant l'intention et le niveau de langage de l'auteur et une facilité de lecture pour le lecteur francophone, quitte à sacrifier dans la précision.
     La seule ressemblance, c'est que dans un cas comme dans l'autre, on peut relire et relire sans jamais être pleinement satisfait de ce que l'on a fait.


     7°) Que signifient pour toi les termes « sourcier » et « cibliste » et comment te situes-tu dans ton approche de la traduction ?

     Je dirais que sourcier essaie de coller au mot-à-mot et que cibliste restitue l'esprit.
     Au début, il est plus simple d'être sourcier, mais c'est beaucoup plus laid. L'anglais use et abuse de répétitions qui ne sont pas tolérables en français, par exemple. Il m'est arrivé de sucrer un paragraphe entier qui reprenait presque mot pour mot ce qui avait déjà été expliqué deux pages auparavant. Dans les dialogues, l'anglais n'hésite pas à rajouter « he said », « she said » après quasiment chaque échange, ce qui est beaucoup trop lourd en français.
     Restituer les niveaux de langages (d'une société primitive, d'un enfant...) n'est pas non plus évident et ne peut pas se faire au mot-par-mot.
     En traduisant au mot-à-mot, on peut aussi trahir l'esprit. Allez, un exemple : dans le Trône de Fer de GRR Martin, traduire le surnom de Sandor Clegane, « the Hound » par « le Limier » est un contresens, même si c'est correct du point de vue du dictionnaire. Clegane est une brute et un tueur instinctif et pas du tout un enquêteur. J'aurais mis : « le Dogue ».
     Bref, je préfère l'esprit cibliste, même si c'est beaucoup plus compliqué.


     8°) Il y a certaines particularités des différents langages qui sont intraduisibles. Par exemple : comment choisir entre le « tu » et le « vous » anglo-saxon ? entre Bilbo Baggins et Bilbon Sacquet ? Comment traduire « axeman » ? Des jeux de mots intraduisibles y compris dans les noms propres ? Y a-t-il d'autres exemples de ce genre dans la (les) langue(s) que tu traduis ?

     — Entre le « tu » et le « vous », c'est selon le contexte. Je n'ai jamais eu à hésiter sur cette question.
     — « Bilbon Sacquet » est sans doute plus proche de l'esprit dans lequel ce nom a été généré par Tolkien, mais j'avoue qu'à la lecture, je préfère Baggins, ne serait-ce que parce que sinon, on en arrive à des noms improbables et que si on se lance là-dedans, il faut tout traduire... L'anglais est plus condensé que le français et les noms sonnent mieux. Maintenant, s'il y a une subtilité dans le nom d'un individu, il faudra bien la rendre à un moment ou à un autre.
     Il m'arrive aussi de changer un nom parce qu'il a une signification phonétique en français que l'auteur n'a pas voulue. Par exemple, Le Guin avait appelé une forme de magie tekel en langage indigène. Un petit teckel frétillant, c'est pas ce qu'il y a de plus évocateur pour une ambiance occulte, exotique et étrange et j'ai donc traduit par ketel (et non, « teckel » n'est pas un nom d'origine anglaise, mais allemande ; en anglais, les chiens de cette race sont appelés « dachshund »).
     Parfois, l'euphonie du nom est importante aussi : le Slytherin de Harry Potter siffle tout de même mieux que Serpentard.
     Je ne parle même pas des références obscures, connues peut-être seulement de l'auteur, à des textes antérieurs, des personnages de fiction. Traduire, c'est prendre le risque de trahir. Et encore, en anglais, les références de l'auteur ont plus de rapport avec celle du lecteur que celles d'un auteur japonais ou malgache.
     — « Axeman » ? Je traduis par « soldat » et je précise à un moment judicieusement choisi qu'il tient une hache en mains.
     — Les jeux de mots sont un cauchemar et oui, il y a en a aussi dans les noms propres. Je pense que la plupart du temps, la seule façon de faire est l'abominable note de bas de page...


     9°) T'est-il arrivé de traduire des textes que tu n'aimais vraiment pas (je ne te demande pas de nom ;-)) et comment l'as-tu géré ?

     Pour le moment, j'ai eu de la chance...


     10°) Pour ton plaisir, lis-tu des livres en langue étrangère ou non ? Pourquoi ? Et les films ?

     Il est exceptionnel que je lise des romans anglais en version traduite. En lisant dans la version anglaise, je suis plus proche de l'esprit de l'auteur et il ne me saute pas aux yeux toutes les manœuvres réalisées pour traduire telle ou telle tournure.
     Les exceptions peuvent être les textes trop littéraires (Samuel Delany par exemple), ceux ayant un vocabulaire trop spécifique (Excession de Iain M. Banks fut limite dans les dialogues entres intelligences artificielles ou dans un autre style, j'aurais eu du mal avec les termes militaires médiévaux très précis du Cendres de Mary Gentle).
     Je regarde les films en VO quand je les regarde chez moi sur DVD. Au cinéma, je le fais si l'occasion se présente (je n'habite pas la région parisienne) et si je n'y emmène pas les enfants.


     11°) A ta connaissance, la situation des traducteurs (travail, statut...) est-elle différente en France et dans les autres pays francophones ? Je pense en particulier aux pays bilingues comme le Canada ou la Belgique... Le vocabulaire « français de France » ou « français du Canada » est parfois bien différent ; comment cela se reporte-t-il sur ton travail ?

     Étant bénévole, je ne connais pas les statuts professionnels. Je traduis pour la France et désolée pour les Québécois.


     12°) Quels sont ton pire et ton meilleur souvenir de traduction ?

     — Le pire, c'est le jeu de mots sur lequel repose toute la nouvelle de Esther Friesner, Such a deal. J'y ai pensé pendant des semaines...
     — Le meilleur, c'est la beauté des nouvelles d'Ursula Le Guin (Solitude et The birthday of the world), qui furent un plaisir et un honneur.


     13°) Es-tu en contact avec un (ou des) auteur(s) que tu traduis ? Comment est-ce que ça se passe ? Des anecdotes à raconter aux lecteurs de nooSFere ?

     Je n'ai pas jusqu'à maintenant contacté les auteurs que je traduisais.


     14°) Y a-t-il une question que j'aurais dû te poser ou que tu aimerais poser à l'un de tes collègues assis sur la même sellette ? Dans ce cas, je me ferai un plaisir de la retransmettre !

     Joker...


     15°) Last but not least (super ! je sais au moins dire ça ;-)) Un grand merci à tous de votre participation !

     Don't mention it.

Propos recueillis par e-mail en octobre 2005 par Lucie Chenu
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