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Interview de Christophe Vacher

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Jean-Pierre FONTANA

Science-Fiction Magazine n° 25, juillet 2002

          Christophe Vacher est encore peu connu dans le microcosme de la science-fiction en France, sinon des professionnels de l'illustration. Mais ce ne peut être qu'un commencement. Son talent, qui a explosé outre-Atlantique, ne devrait pas tarder à attirer l'attention des éditeurs de l'hexagone. D'autant que nos proches voisins européens ont déjà commencé à s'intéresser à lui. Natif d'Issoire, dans le Puy-de-Dôme, où il a passé toute sa jeunesse, il vit actuellement aux Etats-Unis. Par chance, lors d'un récent séjour en France, il est venu me rendre visite. Bonne occasion de converser un peu avec lui et de donner un coup de chapeau à ce garçon exceptionnel que j'avais connu à ses débuts et qui, au prix d'un travail acharné, a gravi peu à peu les échelons de la réussite.

          J.P.F. — Les lecteurs d'Asphodale ont découvert ton existence avec la parution du n° 3 de cette revue dont la couverture reproduit l'une de tes peintures. Ce n'est cependant pas ta première œuvre ?
          C.V. — Non, en effet, plusieurs d'entre elles ont été retenues pour des couvertures de magazines et de livres aux U.S.A., ou ont été commissionnées spécialement pour cela. J'ai également eu l'occasion de le faire en Europe, ainsi que pour des CD et des jeux videos.

          J.P.F. — Tu ne vis pas en France.
          C.V. — Non. Je l'ai quitté en 1996 pour m'établir à Los Angeles. Plus exactement à North Hollywood, en Californie.

          J.P.F. — C'est arrivé comment ?
          C.V. — Je travaillais pour les studios d'animation Walt Disney, à Montreuil. Le Roi Lion a eu un tel succès que tous les studios américains voulaient ouvrir des départements d'animation. J'ai saisi l'occasion. Après avoir engagé un agent américain depuis la France, j'ai obtenu plusieurs offres de différents studios. Finalement, c'est Disney m'a fait la meilleure offre pour que je reste chez eux. J'ai alors demandé à travailler à Los Angeles dans leurs studios de Burbank. Et j'y suis resté.

          J.P.F. — Mais comment as-tu fait pour rentrer chez eux ?
          C.V. -J'ai été engagé par Disney en 1993 comme décorateur. Mais auparavant, à partir de 1989, j'avais travaillé dans plusieurs autres studios d'animation en tant que designer de personnages, puis dessinateur de layouts, décorateur ; et enfin chef décorateur. En fait, tout a commencé lorsque je suis rentré à la société IDDH qui avait introduit Goldorak et Albator en France et qui co-produisait à ce moment-là les Tortues Ninjas. Ce fut mon premier job en animation.

          J.P.F. — Nous nous sommes connus en 1986. Rappelle-moi où et à quelle occasion ?
          C.V. — Ah ! souvenirs, souvenirs. À ce moment-là, j'avais 19 ans. Je voulais faire des couvertures de livres... et je me suis retrouvé à organiser une exposition sur l'histoire de la bande-dessinée avec notre regretté ami commun, René Sol, pour le premier Festival de l'Imaginaire de Clermont-Ferrand dont tu étais l'organisateur et qui s'est déroulé en novembre 1988. C'est à cette occasion que j'ai rencontré Philippe Caza qui allait, un peu plus tard, me proposer de travailler avec lui.
          J.P.F. — A ce propos, n'éprouvais-tu pas à l'époque un vif intérêt pour la bande dessinée ?
          C.V. — Oui ! En fait, au départ, la B.D., c'est ce que je voulais faire. J'avais déjà eu plusieurs expériences semi-pros et je voulais vraiment me lancer. Quand j'étais étudiant, j'avais eu l'occasion de participer à plusieurs fanzines de BD avec des copains de la fac et des Beaux-Arts.

          J.P.F. : Donc, tu disais, Caza... ?
          Après notre rencontre en 1988, Philippe et moi étions restés en contact. En 1990, il m'a proposé de réaliser avec lui un album d'héroïc-fantasy dont il écrirait le scénario et que je dessinerais. Il m'a envoyé le synopsis et une séquence. Je voulais vraiment faire cet album. Malheureusement — pour l'album — , le destin en a décidé autrement. Après avoir gardé le synopsis sous le coude pendant quelques temps, j'ai dû le rendre à Philippe car un nouvel événement dans ma vie se concrétisait de manière incontournable : mon départ pour les USA.

          J.P.F. — Au fait, tu as bien suivi les cours des Beaux-Arts ?
          C.V. — En effet ! J'habitais Issoire (en Auvergne) depuis mon plus jeune âge et je n'avais guère de choix si je voulais faire une carrière artistique. Internet n'existait pas encore et je ne voyais pas comment trouver de sérieuses infos sur le milieu de l'animation ou l'illustration. J'ai donc fait un an de Beaux-Arts à Clermont-Ferrand. Et puis j'ai réalisé que je n'y apprendrais pas grand chose d'un point de vue purement classique (merci l'Art Moderne !). J'ai donc décidé de m'inscrire à la faculté. Ça me permettait d'apprendre tout en percevant une bourse — ce qui soulageait mes parents d'un point de vue financier — . Je suis resté deux ans en Histoire de l'Art où j'ai appris pas mal de choses sur l'architecture gothique, romane et l'Antiquité. Ça m'a beaucoup servi plus tard pour mes recherches artistiques personnelles.

          J.P.F. — Comment t'est venu ce goût pour l'illustration et la peinture ?
          C.V. — Je m'entraînais à dessiner avant même de savoir écrire. Je voulais faire de la B.D. et, petit à petit, cette envie s'est transformée et je me suis intéressé à la peinture.
          J'étais également fasciné par le cinéma, mais c'était pour moi un rêve totalement inaccessible. Je me souviens que, dans les années 80, je regardais les dessins animés en me disant : « Ah, si seulement je pouvais travailler dans l'animation, ne serait-ce que pour des séries télévisées — ne parlons même pas des films Disney aux USA ! — . Mais il y a probablement des millions d'artistes qui rêvent de la même chose et qui sont cent fois meilleurs que moi ! Et puis, je ne connais rien de la technique du dessin animé, je vis dans un patelin paumé d'Auvergne. Je n'ai absolument aucune chance. Ce sera déjà beau si j'arrive à faire de la BD et à en vivre ! » Et puis, grâce à un acharnement et une discipline de vie qui me vient, sans doute, de ma deuxième passion, les Arts Martiaux, de fil en aiguille, j'ai fait mon chemin et je suis en quelque sorte arrivé à réaliser tous mes rêves (ou presque) en un seul. Comme quoi, tout arrive...

          J.P.F. -Tes premières illustrations ? Ta première exposition ?
          C.V. — J'ai d'abord réalisé mes premières illustrations pour des fanzines et magasins locaux. À cette époque, j'étais étudiant à Clermont-Ferrand et je travaillais également comme responsable des activités artistiques du Centre Régional des Oeuvres Universitaires et Scolaires. Puis, j'ai fait quelques dessins publicitaires pour des boîtes locales, et j'ai même travaillé quelques mois pour une compagnie d'architectes bâtisseurs. C'est aussi à ce moment que tu m'as demandé de réaliser l'affiche du Festival International de l'Imaginaire de Clermont-Ferrand. Après cela, j'ai commencé de vraiment travailler sur mon portfolio. Une de mes tantes avait un contact à la compagnie IDDH, et je me suis dit que c'étais le bon moment pour essayer d'y entrer. J'ai été engagé, d'abord comme designer de personnages, puis designer de layouts (décors en noir et blanc), puis peintre décorateur, et enfin, chef décorateur. J'ai bossé pour des séries comme Les tortues ninjas, Prince Valiant, Bucky O'Hare, Le petit Vampire, Conan l'Aventurier, Back to the future,etc...

          J.P.F. — Quand tu es entré chez Walt Disney pour le film Dingo et Max, tu as été engagé pour quoi ?
          C.V. — J'ai été engagé comme décorateur. Et quelques mois plus tard, j'ai finalement été promu chef décorateur sur le film. Puis le studio Disney de Montreuil où je travaillais — et qui produisait uniquement pour la section TV de Disney (Dingo et Max était pour la première fois un long métrage destiné pour le cinéma mais financé par la section TV) — le studio Disney de Montreuil, donc, a été repris par la section Feature Animation de Disney qui était à cette époque en train de réaliser Le Roi Lion. Disney Feature Animation a complètement remodélisé les studios, investi énormément d'argent, augmenté les salaires, et complété la formation des artistes. Dans le même temps, ils ont envoyé leurs propres superviseurs en France. Ils nous ont beaucoup apporté. Nous avons « refait nos premières armes » sur le court-métrage Runaway Brain, puis sur Le Bossu de Notre-Dame. À ce moment-là, l'animation marchait tellement bien aux U.S. après Le Roi Lion que tous les gros studios ont ouvert des départements pour faire des longs métrages animés. Les artistes ont commencé de s'acheter à prix d'or.

          J.P.F. : C'est à ce moment-là que tu as négocié ton départ aux U.S.A. ?
          C'est ce que j'avais toujours eu envie de faire. J'ai obtenu les coordonnées d'un avocat/agent américain et je l'ai engagé depuis la France. Il a négocié pour moi avec plusieurs studios puis, comme je te l'ai dit, après avoir reçu plusieurs offres, je suis retourné voir Disney qui, en définitive, m'a fait la meilleure proposition. Je suis donc resté avec Disney, mais j'ai demandé à partir aux Etats-Unis dans leurs studios de Burbank. Et là-bas, j'ai commencé de travailler en développement visuel (conception artistique) sur Dinosaur, puis en décors et conception artistique sur des films comme Hercules, Fantasia 2000, Tarzan et Treasure Planet.

          J.P.F. — Parallèlement, tu as continué à peindre ?
          C.V. — J'avais commencé de développer certains thèmes personnels et, dès que je suis arrivé aux Etats-Unis en 1996, j'ai entrepris de montrer mes oeuvres dans diverses expositions et salons. En 1997, à la suite de la gigantesque Artexpo de Los Angeles à laquelle je participais, mes travaux ont été acceptés au sein de la galerie Morpheus (la seule aux US à exposer les oeuvres de H.R. Giger, celui qui a conçu la créature du film Alien ). Depuis, mes thèmes ont évolué et j'ai commencé à exposer dans d'autres galeries (Carla à San Francisco et Kaleidoscope Gallery à Mission Viejo et Laguna Beach). Mon travail s'est tourné vers quelque chose de plus romantique, de moins sombre que ce que je montrais à Morpheus, mais tout en restant dans un cadre fantastique.

          J.P.F. — Tu as quitté les studios Walt Disney en 2002. Pourquoi, et que fais-tu depuis ?
          C.V. — Depuis pas mal de temps, j'avais envie de faire un break avec le monde du cinéma et de l'animation et de voir si je pouvais me faire un nom dans le milieu de la peinture et de l'illustration. En fait, comme j'avais déjà « préparé le terrain » alors que j'étais encore chez Disney, ça s'est fait relativement bien. J'ai poussé le travail pour les galeries, notamment avec Kaleidoscope Gallery qui marche bien pour moi. Et puis des éditeurs et compagnies de différents horizons ont commencé à me contacter pour des couvertures ou des cartes et affichettes. Entre-temps, certains de mes travaux ont été acceptés dans l'anthologie annuelle « Spectrum », depuis le numero 8 en fait. Cette année (2003), qui marque leur 10ème anniversaire, ils ont même choisi l'une de mes peintures pour leur couverture. C'est un accomplissement incroyable pour moi. De plus, une autre de mes toiles figurant dans le livre a été nominée aux Chesley Awards dans la catégorie Unpublished color artworks. Les résultats ont été annoncés le week-end dernier à Toronto mais je ne les connais pas encore. En parallèle, je voudrais continuer à faire du travail de conception visuelle pour le cinéma si mon temps me le permet.

          J.P.F. — A l'occasion du Festival de Roanne, Philippe Caza m'a appris que tu travaillais avec Dreamworks ?
          C.V. — J'ai travaillé un peu pour eux en Juin dernier. Ils m'ont fait une offre pour rester chez eux mais, pour l'instant, je suis occupé ailleurs, donc je reste en négociations. On verra ce que ça donne. Je regarde aussi du côté d'autres studios comme Sony ou Warner, ou des boîtes de jeux vidéos.

          J.P.F. — Je me souviens que tu es passé à l'émission « Capital » sur M6 il y a quelques années. C'est arrivé comment ?
          C.V. — Par un ami français, Didier Levy, qui avait été contacté par M6. Il travaillait à l'époque en effets spéciaux chez Sony et il avait eu droit à une page dans Le Figaro magazine. M6 lui a demandé s'il connaissait d'autres Français dans le milieu du cinéma à Los Angeles car ils avaient entendu parler du big boom dans le milieu de l'animation et de l'inflation des salaires. Il les a branché sur les Français qui travaillaient à Dreamworks et sur moi qui travaillait à Disney.

          J.P.F. — Comment se fait-il qu'une de tes peintures se soit retrouvée en couverture d'Asphodale ?
          C.V. — Eh bien ! il semble que c'est un peu grâce à toi. Je crois que tu avais parlé de moi à Sylvie Miller qui collabore à cette revue. Elle est allé sur mon site : www.vacher.co Ce que je fais lui a plu. Elle en a parlé à Lionel Davoult, éditeur de la revue. Il a aimé mon travail et m'a contacté. Voilà.

          J.P.F. — Un dernier mot ?
          C.V. : Je pars pour le Japon. Un voyage organisé à travers le Japon historique. Ça
          me donnera une première approche... pour éventuellement y retourner plus tard peut-être.

          Petit addenda à l'entretien :
          Un mois plus tard...
          J.P.F. — Alors Christophe, du nouveau ?
          C.V. : Oui, en un mois, il s'en passe des choses. Je travaille avec un jeune éditeur français (Editions Sidh & Banshees) qui publie mes images en cartes et affichettes. Mais j'essaie de ne pas me ruer trop vite dans la publication car je me rends compte que de plus en plus de professionnels sont intéressés par mon travail. Comme ils demandent souvent une certaine exclusivité, je me dois de les choisir très soigneusement. Par ailleurs, en plus des trois couvertures de livres qui viennent de sortir, une de mes peintures vient de remporter un prix sur Internet, ce qui me conduit à un contrat avec une très grosse boite internationale de reproduction de « Fantasy » sur T-Shirt. Et enfin, je viens de recommencer de travailler pour Dreamworks, en concept artistique, sur un film en collaboration avec les Studios Ardman à Londres (qui avaient fait Wallace & Gromit de Nick Park). Je devrais rester ici pendant un peu plus d'un an et demi. Je suis aussi en train de finir une couverture de livre (la suite de « Mortal Engines ») et une aquarelle pour la galerie d'Art qui me représente.

          J.P. F. — Donc, beaucoup de pain sur la planche ?
          C.V. : C'est le cas de le dire.
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