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Un auteur tricéphale

Hélène OSWALD & Pierre Jean OSWALD

Donald Edwin WESTLAKE, Le Cabinet noir n° 37, novembre 1999

 
          Nous remercions Claude Mesplède et Jean-Jacques Schleret dont l'ouvrage Les Auteurs de la Série Noire (Joseph K. éditeur) nous a apporté de nombreux renseignements, ainsi que François Guérif qui a réalisé, dans le numéro 22 de la revue Polar, une interview dont sont extraits les passages entre guillemets de ce texte.

 


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          Donald Edwin Westlake est né en 1933 à Brooklyn (New York). Il fit des études universitaires à Binghamton (New York). Après deux années (1954/56) dans l'armée de l'air, il devint rédacteur à la célèbre agence Scott-Meredith.
          Mais, de son propre aveu, il fut toujours un écrivain : « À l'âge de onze ans, j'ai découvert que j'aimais jouer avec les mots plus qu'avec autre chose. J'aimais fabriquer des phrases qui avaient une résonance très dramatique. D'après les livres que j'avais lus et les films que j'avais vus, j'ai compris que c'était ma nature. Cela m'a pris des années pour découvrir quelle sorte d'écrivain j'étais, mais j'étais sûr d'en être un. J'ai fait d'autres métiers car l'écriture ne suffisait pas à me faire vivre pendant un certain temps. Mais j'étais écrivain quand même, et je n'ai pratiquement rien fait avant d'écrire. »
          C'est en 1958 qu'il écrit son premier roman, Le Zèbre, qui paraîtra deux années plus tard, et sera vite suivi de quatre autres. Selon lui, ces cinq premiers romans, « construits comme des thrillers, dans le genre thriller », appartiennent finalement plus au genre qu'à lui-même.
          Avant d'écrire et de publier Le Pigeon d'argile, son sixième roman, dont il s'est dit en l'écrivant  : « Celui-là va être drôle », Westlake a écrit et publié de nombreuses nouvelles dont beaucoup sont d'une drôlerie irrésistible qui fait penser à Fredric Brown. « L'humour, a-t-il dit à propos du Pigeon d'argile, était un moyen pour faire naître l'émotion et la peur. »
          Après Le Pigeon d'argile (1965) se succéderont plus de soixante romans sous les trois noms de Donald Westlake, Richard Stark et Tucker Coe, ce que son épouse a commenté ainsi : « Quand il est d'humeur sombre, il signe Tucker Coe, quand il est d'humeur enjouée, il signe Westlake, quand il est d'humeur aventureuse, il signe Richard Stark.  »
          Mais, en fait, il a signé Westlake la plus grande partie de son œuvre.
          Cinq romans seulement ont été signés Tucker Coe : « La série des Tucker Coe mettait en scène un ancien policier paralysé par un sentiment de culpabilité. Les cinq livres traitaient de cette culpabilité confrontée ou associée à la culpabilité des autres personnages. Après cinq histoires, il devait être guéri ou devenir emmerdant. »
          Quant à Richard Stark, dont vingt et un ouvrages ont été traduits en français, son principal héros, Parker, est un truand qui n'hésite pas à tuer s'il est en danger. La personnalité de Parker a été popularisée au cinéma par Le Point de non-retour de John Boorman où Lee Marvin est si convaincant que Stark lui-même en sera influencé.
          En plus de ses trois principales signatures, Westlake utilisa occasionnellement quelques autres pseudonymes : Curt Clark pour un roman de science-fiction, Anarchaos, Timothy J. Culver pour un roman de politique-fiction, Ex Officio/Power Play, J. Morgan Cunningham pour un roman parodique, Confort Station.
          Westlake a également signé plusieurs scénarios de films. À la question : « Un auteur de romans policiers peut-il vivre de sa plume ? », il répondit : « Oui, il peut en vivre s'il a de la chance et peut vendre ses romans au cinéma ou à la télévision : il vit alors comme sur un héritage. S'il ne vend pas au cinéma ou à la télévision, il doit écrire vite, toute sa vie, s'il veut vivre seulement de ses écrits. »
          Alors que, pourtant, il doit aujourd'hui vivre « sur un héritage », il n'a jamais cessé d'écrire. Son dernier roman traduit en français, Le Couperet, date de 1997 et a paru en France en 1999, II y fait le procès d'un monde uniquement tourné vers le profit. Le livre a été salué comme un chef-d'œuvre par les critiques américains, et aussi par de nombreux critiques français. Le Washington Post Book World a pu écrire à son propos : « Si notre sinistre société avait une autre échelle de valeurs, Westlake aurait reçu le prix Pulitzer... et il aurait sa statue dans les jardins publics.  »

 

          Dernière heure  : Le Trophée 813 du meilleur roman étranger vient d'être décerné au Couperet, traduit par Mona de Pracontal dans la collection « Rivages/Thriller » de François Guérif.

 


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Donald Westlake, Richard Stark et Tucker Coe en France

 

          Sous ses trois noms, Westlake fut d'abord essentiellement un auteur « Série Noire », bien que d'autres éditeurs, comme Les Presses de la Cité dans la collection « Un mystère » ou Denoël, l'aient également publié. Mais, avec 15 titres parus, il est devenu aujourd'hui un auteur « Rivages ».
          Sur le grand nombre de ses romans qui ont été traduits en français, voici ceux qui sont actuellement disponibles :

 

          Chez Rivages, dans les collections « Rivages/Noir » et « Rivages/Thriller » :
          — Aztèques dansants
          — Faites-moi confiance
          — Histoire d’os
          — 361
          — Moi, mentir ?
          — Drôles de frères
          — Levine (nouvelles)
          — Un jumeau singulier
          — Ordo
          — Kahawa
          — Le Couperet
          Trop humains

 

          et, sous le nom de Richard Stark :
          — La Demoiselle
          — La Dame
          — Comeback

 

          Chez Gallimard, dans la « Série Noire » :
          — Bon app' !
          — L'Assassin de papa
          — Un loup chasse l’autre
          — Festival de crêpe
          — Le Pigeon d’argile
          — Les Cordons du poêle
          — Pris dans la glu
          — Le Pigeon récalcitrant
          — Pierre qui brûle
          — Le Paquet
          — Château en esbroufe
          — Ça n'arrive qu'à moi

 

          sous le nom de Richard Stark :
          — Comme une fleur
          — En coupe réglée, également paru sous le titre Parker fait main basse

 

          sous le nom de Tucker Coe :
          — Chauffé à blanc
          — Le Poster menteur

 

          Et, dans la collection « Folio » :
          — Festival de crêpe
          — Un loup chasse l'autre
          — Le Paquet
          — Pierre qui brûle
          — Pris dans la glu
          — L'Assassin de papa
          — Château en esbroufe

 

          Chez d'autres éditeurs :
          — Anarchaos (Denoël, collection « Présence du Futur »)
          — Adios Schéhérazade (Seuil)
          — Pour une question de peau (Minerve)

 


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          La première édition de cette anthologie, chez NéO, en 1981, comportait une belle préface de Michel Martens à qui nous empruntons les passages suivants qui restent une bonne introduction à Donald Westlake et à ses nouvelles.

 

          « Faire rire l'écriture est une des choses les plus ardues qui soient. (...) Westlake sait que le meilleur rire est celui qui succède à un grand moment de tension surtout si l'événement — souvent dramatique — auquel on s'attend fait place à une incongruité, une pirouette, ou tout bonnement un délire verbal qui rend le reste de l'action lointain et banal — particulièrement quand le reste de l'action tire sa substance de l'univers du polar le plus noir.
          Car Westlake non seulement sait ourdir les énigmes policières, mais encore il sait les courcircuiter en faisant zigzaguer au milieu des énergumènes qui descendent en droite ligne des Marx Brothers. (...) Mais si Westlake sait faire fonctionner plusieurs degrés au sein d'une même histoire, c'est qu'il est lui-même double et même triple.
          II s'est inventé sous le nom de Richard Stark une saga à personnage identique, celui de Parker. Le vrai professionnel. Un braqueur, un organisateur hors pair.
          Puis, comme Parker occupe Stark à plein temps, Westlake s'est trouvé un troisième larron sous le nom de Tucker Coe où passe sa vision noire, sceptique, du monde.
          Dans ce recueil de nouvelles, le grand avantage pour le lecteur va être de trouver tous ces ingrédients mêlés.
          Bien sûr, c'est signé Westlake, et vous y trouverez l'humour et même l'humour noir de Westlake, mais vous y trouverez aussi le fantastique constructeur d'histoires que sait être Stark, et vous y trouverez également la vision désenchantée de Tucker Coe. »

 

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