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Guerre

Denis GUIOT

Le Monde de la Science-fiction. M.A. éditions, juin 1987

          La science-fiction n'en finit pas de parler de la guerre. La première anticipation datée, The reign of George VI 1900-1925 (livre anonyme anglais paru en 1763) conte les exploits d'un futur roi d'Angleterre écrasant une coalition franco-russe et coiffant la couronne de France après vingt ans de guerre. Dans son étude Voices prophesying war 1763-1984 (1966), le professeur I.F. Clarke a recensé plus de 300 « guerres imaginaires » parues essentiellement en français, en anglais et en allemand entre 1871, date de La bataille de Dorking de Sir Georges Chesney (The battle of Dorking ou l'invasion de l'Angleterre par l'Allemagne) et 1914, un conflit bien réel celui-là (cité par Bernard Cazes dans sa monumentale Histoire des futurs). Pierre Versins, lui, a comptabilisé le nombre de pages « bourrées de haine maladive » écrites par le capitaine Danrit (pseudonyme de Emile-Auguste-Cyprien Driant 1855-1916, mort à Verdun) à « casser » de l'Allemand, du Musulman, du Noir, du Jaune, de l'Anglais : 7616 pages ! Wells, bien sûr, ne pouvait que se pencher sur cette sinistre activité humaine, cette continuation de la politique des Etats par d'autres moyens, selon la définition de Clausewitz. Il le fera avec La guerre dans les airs (1908) et The world set free (1914) où il décrit le premier conflit atomique.
          Cependant c'est avec La guerre des mondes (1897), prototype fantasmatique de toutes les invasions, que Wells se hausse au-dessus de la simple anticipation sociologique, ou de ce que certains appellent aujourd'hui la politique-fiction. Car prophétiser dans les moindres détails le prochain conflit, comme le fait le Général Sir John Hackett dans La guerre planétaire (LdP — The third world war : the untold story, 1982) ne peut intéresser que les politiciens ou les militaires, c'est-à-dire des professionnels de la chose armée. L'amateur de science-fiction, lui, lira des romans comme Et la planète sauta... de Bruss (LdP), L'assassinat des Etats-Unis de Will Jenkis — pseudonyme de Murray Leinster — (Ray.Fant — The murder of the USA), tous deux écrits en 1946 aux lendemains du traumatisme de la Seconde guerre mondiale et de sa conclusion atomique, ou bien Le dernier rivage de Nevil Shute, trois romans dont les titres se passent de commentaires.
          Mais le sommet de l'horreur nucléaire est atteint avec deux nouvelles très brèves, incluses dans Histoires de fins du monde : sur une terre réduite en cendres où il ne reste plus aucun survivant depuis longtemps, des bombardiers automatisés continuent imperturbablement leur sinistre besogne (Le vaisseau fantôme de Ward Moore, Flying Dutchman, 1951). Dans le deuxième texte, la Terre agonise, frappée à mort par des milliers de têtes nucléaires. Il ne reste aucun espoir, nulle part au monde. La scène finale se passe dans le Q.G. des Forces Armées, entièrement détruit :
          « — Dire que nous avons été battus, chuchota-t-il.
          L'éclat rouge des flammes augmenta, et dans cette lumière il vit le visage exultant, presque joyeux, du général.
          — Que voulez-vous dire ? dit le fier guerrier en se rengorgeant. NOUS AVONS GAGNÉ » (Le jour se lève de Robert Bloch, connue aussi sous le titre de A l'aube du grand soir — Daybroke, 1958).
          Bien sûr la SF militariste possède aussi ses partisans. Heinlein on s'en doute, qui, certainement déçu d'avoir dû abandonner la carrière militaire en 1934 à la suite d'une grave maladie, se rattrape en dédiant son Etoiles, garde-à-vous ! (qui était un roman pour jeunes ! ) « à tous les adjudants de tous les temps qui ont œuvré pour faire de jeunes garçons des hommes », Gordon Dickson dont le cycle de Dorsaï, raconte l'histoire de mercenaires et de généraux génétiquement programmés (Dorsaï / The genetic général, 1959, Pour quelle guerre... / Soldier, Ask not, 1967, La stratégie de l'erreur / Tactics of mistake, 1971 — Gbis), Larry Niven, Jerry Pournelle, Van Vogt aussi avec son slogan, tiré des Armureries d'Isher, « Etre armé, c'est être libre » et bien sûr tout un courant du space opera qui « joue à la guerre » avec des armes dont la puissance défie l'imagination (l'Akka de Williamson, capable d'anéantir toute une galaxie en une fraction de seconde, dans La légion de l'espace), et qui a trouvé son apothéose au cinéma avec le fameux Star Wars de Georges Lucas.
          La guerre hante les couloirs de l'inconscient collectif au point que nombre d'auteurs ont imaginé, dans des uchronies, ce qui se serait passé si les Sudistes, les Nazis ou l'Invincible Armada l'avaient emporté ; ils ont inventé des nouveaux théâtres d'opérations avec la guerre temporelle, de nouvelles technologies pour réutiliser presque à l'infini la piétaille soldatesque, cryogénisée dans Soldat lève-toi ! de Stephen Goldin (But as a soldier, for his country, 1974 — in Images de la Troisième guerre mondiale, anthologie de P.K. Rey, Londrey, 1986) ou carrément ressuscitée dans Si le tueur rouge de Robert Sheckley (If the red slayer, 1970 — in Mourir au futur, antho. de P. Hupp, 10/18, 1976), et des nouvelles manières de faire la guerre..., en temps de paix (La guerre en douce de F. Pohl / The coolwar, 1976, La Découverte), ce qui en fiche un coup à ce pauvre Clausewitz !
          Mais comme l'écrit Jacques Goimard dans son introduction à Histoire de guerres futures (LdP, 1975), « il n'est pas sans intérêt d'observer que la SF a absorbé le problème du comment de la guerre avant de se poser la question du pourquoi ». De son expérience algérienne, Gérard Klein tirera matière à plusieurs récits. « Mais en un sens, écrit-il dans la préface à l'anthologie de SF française En un autre pays, mon 'vrai' roman sur la guerre d'Algérie reste Les seigneurs de la guerre qui tente de suggérer, entre autre choses, que si les guerres ont bien évidemment des origines économiques et sociales, elles deviennent, sitôt déclenchées, des structures autonomes qui se nourrissent des destructions et des souffrances qu'elles engendrent et qui ne peuvent être défaites que de l'intérieur en les conduisant à se prendre pour proies et se dévorer elles-mêmes ». De son côté, Marc Laidlaw démonte les mécanismes de l'escalade nucléaire dans une grinçante parabole, Papa, maman, l'atome et moi (PdF — Dad', nuke, 1985), tandis qu'Orwell, avec 1984, expliquait tous les « bienfaits » de la guerre permanente. Or, s'attaquer au pourquoi de la guerre revient à poser le pourquoi de l'agressivité humaine. Vaste problème, que nous n'aborderons pas ici. Signalons simplement qu'Eric Frank Russel dédouane l'homme, en mettant nos tendances destructives sur le compte d'êtres invisibles qui se repaissent de nos émotions (Guerre aux invisibles). Comme quoi, la guerre c'est toujours la faute de l'Autre...
 
          Lecture
          — Bill, le Héros Galactique de Harry Harrison
          — Années lumière, années de guerre de David Gerrold (Temps Futurs — Yesterday's children, 1972)
          — L'épouvante, de Daniel Walther
          — La troisième guerre mondiale n'aura pas lieu, antho. de Joe Haldeman (Livre d'Or de la SF, PP — Study War no more, 1977)

 

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