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Les Carnets de Papy Péji

Pascal J. THOMAS

Yellow Submarine, janvier 1993

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LES CARNETS DE PAPY PÉJI
n° 17 : Canne brandie, Papy traverse l'autoroute...
paru in Yellow Submarine n° 122 (janvier 97)

     Canne brandie, Papy traverse l'autoroute... de l'information, bien entendu. Comme le font remarquer en ricanant mes jeunes amis cyberpunk (puisque la dernière pluie d'accès au réseau a fait surgir ces champignons que sont les cyberfans), j'ai un accès à l'Internet depuis 1986, et cela n'a pas fait de moi un surfer du réseau. J'avais, au demeurant, un accès à la mer depuis belle lurette, sans que cela fasse de moi un surfer tout court.

     Mais depuis 1986, j'avais entendu parler de « SF lovers », le grand-père, non seulement de tous les forums SF, mais encore de tous les forums de l'Internet lui-même. Ouaip. Avant même que n'existe le fabuleux Net, existait le fandom, et il lui a en un sens donné son visage.

     Pas possible, Papy, tu veux dire que les gens savaient lire quand il n'y avait pas d'écrans, que, *gasp !* on écrivait des romans avant Gibson ? Eh oui. Bien avant les réseaux informatiques, le fandom avait inventé la structure des forums de discussion : cela s'appelait, et s'appelle encore, une APA — Amateur Press Association — . Procédé destiné au départ à économiser de l'argent sur les envois postaux en confiant à un organisateur central l'expédition à tout une collectivité d'abonnés des exemplaires des fanzines écrits par chacun, il a vite donné naissance à des cercles de correspondance au sein desquels s'échangent, par la magie de la ronéo (et maintenant de la photocopie), opinions, polémiques, renseignements, plaisanteries... Il n'y a guère eu qu'une APA durable dans le fandom français de SF (AAAPA), et on y parle beaucoup d'écologie et de nains de jardin, et peu de SF, mais cela est une autre histoire...

     Parmi les employés de l'industrie informatique, parmi les chercheurs civils ou militaires qui aux USA dans les années 60 avaient accès aux premiers réseaux informatiques, on comptait beaucoup de fans de SF. La firme Digital, à Boston, est célèbre pour sa contribution au fandom de cette ville (et à son association super-organisée, la NESFA). Très rapidement, les réseaux informatiques ont servi à échanger des informations sans rapport avec le travail, et à parler de SF. Une des premières listes de distribution créées sur le réseau a été « SF Lovers » — une liste de distribution, c'est l'équivalent électronique et beaucoup plus rapide d'une APA : chaque message envoyé est envoyé à tous les membres de la liste, et peut suscite de multiples réponses croisées...

     Première ou pas, « SF Lovers » a grandi suffisamment vite pour encombrer les boîtes aux lettres informatiques. Elle fut donc une des premières listes de distribution à se transformer en forum sur les « news ». Les « news » sont des paquets d'informations disponibles sur le réseau, mais auxquels on n'accède que sur demande, morceau par morceau — au lieu d'avoir une copie complète sur sa propre machine, comme c'est le cas quand on reçoit des messages. L'équivalent en quelque sorte d'un affichage sur la place publique, au lieu d'une correspondance postale.

     Aujourd'hui, les « news », qui ont engendré tout le foisonnement de données disponibles sur le réseau, ont beaucoup grandi et ont dû se fragmenter pour refléter une spécialisation des intérêts des utilisateurs. On trouve des forums consacrés, non à la SF entière, mais à un auteur en particulier... ou à un groupe de rock en particulier. Par exemple. Cette fragmentation est nécessaire : la quantité d'information nécessaire a largement dépassé les capacités de tamisage d'un individu. Aussi doué et oisif soit-il.

     Autant le dire tout de suite, je ne suis ni l'un ni l'autre, et ne vais jamais regarder les « news » — j'ai même abandonné la seule liste de distribution SF dont j'ai pu faire partie (« sffranco », créée par Jean-Louis Trudel), pour cause de manque de temps. Plus de possibilité de transmission de l'information, cela signifie que des tombereaux vont se déverser sur votre écran — comme si je n'avais pas suffisamment de livres non lus à la maison ! Je laisse la mission de dépouiller le tout à de plus courageux que moi, et me consacre pour ma part au délicat massage de mes pauvres neurones endoloris (oui, oui, chacun des trois qui me restent).

     Ajoutons que, comme l'ordinateur personnel est devenu aussi utile que le stylo — je dirais même plus : aussi utile que la Gestetner 1 — le réseau est devenu plus utile que le téléphone, car il permet de transmettre des informations beaucoup plus variée, jusqu'aux sons et aux images quand on dispose des protocoles d'accès du World Wide Web (qui permet aussi des recherches par sujet extrêmement performantes). Bien entendu, les éditeurs professionnel se sont mis de la partie, et on peut désormais trouver leur publicité sur la Toile Mondiale...

     À la convention mondiale de Glasgow, l'an passé, on pouvait observer les traces de cette contamination de plus en plus poussée du fandom : rare était la discussion qui ne dérivait sur des problèmes d'étiquette du courrier électronique, ou du futur de la publication sans papier. Quant aux quelques malheureux qui ne testaient pas encore réseaupositif, ils contemplaient sans le comprendre, tels des monstres laissés sur le côté de l'autoroute, le progrès étourdissant de la nouvelle humanité.
     On peut m'écrire, donc, à l'adresse suivante : [...] 2
     ...mais on est prié de ne pas en abuser, puisque c'est une adresse professionnelle. N'oubliez jamais : ceux qui abusent du réseau peuvent être punis par ses utilisateurs. Ça s'appelle une flame, et ça peut faire mal...


***

     Si le courrier électronique, malgré son côté démodé par rapports aux nouveaux produits nourris par le réseau, vous plaît encore, vous pouvez vous en servir pour écrire un mot aux Krazy Kroats : les fans de Zagreb ont décidé de présenter une nouvelle fois leur candidature pour une convention mondiale. Ah, pour sûr, cela aurait un air bien différent du grand cirque des conventions américaines (ou même écossaises). L'année qu'ils ont choisie est 1999, avec un bonus : le mercredi 11 août 1999, ils nous promettent une éclipse totale du soleil. Voilà une promesse qu'ils sont sûrs de tenir (bon, si le temps est couvert, ça manquera de spectacle), et qui ne leur coûte pas cher ! J'aime bien l'humour de ces mecs. Vous pouvez leur écrire à [...] 2

Notes :

1. Papy Péji parle ici d'une ronéo [note de nooSFere]
2. Adresse supprimée pour ne pas faire le jeu des robots de spammers [note de nooSFere]

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