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G. R. R. Martin

Patrice LAJOYE

Palinods n°2, p. 22-23, janvier 1994

     Note du 11 mai 2009. Ce texte a été rédigé à l'époque sans l'aide qu'on peut avoir de nos jours avec internet. Beaucoup des éléments présentés ici ne sont que des hypothèses déduites des rares notices et interview de l'auteur disponibles alors. Certaines choses sont sans doute maintenant fausses. Pour mémoire donc... P.L.

 

« Des réponses, il leur faut tout le temps des réponses.
Mais les question sont tellement plus jolies.
Pourquoi ne peuvent-ils pas laisser les choses comme elles sont ? »

 

     On en parle dans tous les ouvrages spécialisés (La Science-Fiction, de Guiot, Andrevon et Barlow ; Le science-fictionnaire, de Stan Barets...), on l'a salué comme un nouveau grand de la S. F. à chaque sortie de ses livres, et ce dans des revues tout aussi spécialisées (Fiction, Univers...) quand elles existaient encore. Il est plusieurs fois titulaire des prix Hugo et Nebula, les grands prix de la S. F. américaine. Pourtant, qui actuellement en France connaît George Raymond Richard Martin ? Pas grand monde, hélas pour lui et hélas pour les lecteurs français !
     Il faut dire aussi que les publications de George Martin en France sont rares. On sait déjà peu de choses sur lui-même. Il est né en 1948, dans le New Jersey. Puis il a déménagé souvent, passant notamment à Chicago. Il a été journaliste et semble aussi avoir exercé bien d'autres métiers ( ?) avant de devenir écrivain à plein temps, en 1973. Il dirigea dans les années 80 la série d'anthologies américaines de S. F. New Voices. Je crois aussi pouvoir dire qu'il est un fan de Kris Kristofferson et de Simon et Garfunkel, au point de les citer plusieurs fois dans ses oeuvres.
     Martin est apparu en France avec la nouvelle Solitude du deuxième type, dans Univers 17, en 1979. Qu'a-t-on découvert alors ? Un homme, instable psychologiquement suite à une série d'échecs sur le plan affectif, et engagé volontaire dans une station spatiale située au fin fond du système solaire. Et Martin nous décrit la solitude de cet homme, solitude qui l'entraîne vers la folie meurtrière. Rien de bien original là-dedans. Et pourtant quelle réussite ! « ...Une écriture simple et limpide. A méditer, jeunes loups de la S. F. française », en disait alors Yves Frémion, le rédacteur en chef d'Univers.
     George Martin se décrit lui-même comme un romantique impénitent, son but avoué étant de parler de l'éternelle confrontation entre le romantisme et le réalisme, le premier étant toujours anéanti par le second. Et un univers ne fut pas un cadre trop grand pour y achever un but aussi ambitieux. Martin en créa un, un univers aux multiples planètes, aux inconnues nombreuses, tellement vaste que tout peut arriver sans que cela n'étonne personne. On y rencontre ainsi un directeur d'hôtel mélancolique tentant vainement d'empêcher des scientifiques de démystifier sa planète (Au matin tombe la brume), un amoureux éperdu préférant se bercer d'illusions plutôt que de reconnaître son échec (Tour de cendres), un milliardaire organisant un complot contre lui-même pour se donner une raison de vivre (Les fugitifs). Toutes ces histoires pourraient s'inscrire dans ce que j'appellerai « le cycle de Baldur », Baldur étant la planète centrale de cet univers brillant et sombre à la fois, toujours mélancolique.
     Le couronnement de ce cycle eut lieu, bien que d'autres nouvelles aient été écrites après, avec la parution en 1977 du roman L'agonie de la lumière. L'édition française de ce roman connut bien des vicissitudes. Il parut d'abord comme n°1 de la collection « Le Masque de l'avenir », mais celle-ci étant une copie du CLA des éditions Opta, elle fut retirée de la vente et interdite. Il fallut attendre 1986 pour que les éditions J'ai Lu se décident à rééditer ce roman. Heureusement ! Quel chef d'oeuvre que ce livre, qui est un space opera classique, certes, mais bien loin de ceux d'Asimov ou d'Anderson. L'histoire se passe dans le décor d'une planète mourante, ayant servi durant sa gloire passée de vitrine à d'autres mondes en voie de développement. Là encore le romantisme, personnalisé en Dirk t'Larien (encore un amoureux éconduit), est détruit par le réalisme de Gwen Delvano, l'ancienne compagne de Dirk, et Jan Vikary, le nouveau mari de celle-ci. Là encore le romantisme n'a aucun avenir, mais il reste le plus beau concept qui soit.
     En 1985, les éditions La Découverte font paraître dans leur collection « Fictions » un bien étrange ouvrage : Armageddon Rag. A première vue, on pourrait se demander s'il s'agit bien d'un roman de George Martin. Finis les planètes étranges, les sombres personnages romantiques ; place au réalisme pur et dur.
     Le livre commence comme une simple histoire policière pour s'achever en plein fantastique ; fantastique au sens littéraire du terme, c'est-à-dire qu'on ne sait toujours pas, après avoir fini de lire, si des événements surnaturels ont eu lieu ou pas. En cela, l'auteur a réussi une réelle prouesse, en regard de ses nombreux confrères qui multiplient à tour de bras les loups-garous sanguinaires et autres ectoplasmes ne demandant qu'à détruire le monde. Mais peu importe l'histoire, si réussie soit-elle, car je crois qu'avant tout, à travers le thème de la résurrection d'un groupe mythique de la fin des années 60, le Nazgul, ce qu'à voulu faire l'auteur est un bilan de toute une génération : celle des hippies, celle qui pensait pouvoir refaire le monde. Que sont devenus ces hippies ? Des agents commerciaux, des professeurs tout ce qu'il y a de plus rangés, des sectateurs, des « gentils paumés »... ou bien des écrivains.
     Car Armageddon Rag est aussi un bilan de la vie de l'auteur lui-même. En effet, le personnage principal, Sandy Blair, lui ressemble comme deux gouttes d'eau : même physique, même âge, même profession, même passé, mêmes goûts.
     Et Martin n'est pas tendre avec lui-même, s'accusant d'avoir renié ses idéaux, de s'être laissé engloutir et assimiler par cette société qu'il dénonçait. Armageddon Rag est-il un roman auto-biographique ? Pas tout à fait puisqu'il y a une histoire imaginaire. Mais c'est tout de même un roman vécu, et c'est ce qui fait sa force.
     Depuis Armageddon Rag, plus rien de George Martin n'a été publié en France. D'abord par le fait que l'auteur lui-même a cessé d'écrire, se tournant vers son travail d'anthologiste et vers l'occultisme. Et aussi parce qu'il n'y a plus en France de revue ou de maisons d'éditions capables de publier, comme l'avait fait J'ai Lu au début des années 80, les nombreuses nouvelles restant à traduire ; les revues de S. F. ayant tout bonnement disparu, et les maisons d'édition s'étant maintenant données pour but la recherche de profits qu'un auteur sérieux pourrait ne pas attirer. C'est bien dommage.
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