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Album
Livre 2/2
Série : Fraternity    Album précédent tome 2 

Scénario : Juan DIAZ CANALES
Dessins : José-Luis MUNUERA
Couleurs : SEDYAS

Dargaud , octobre 2011
 
Cartonné
Format 320 x 240
56  pages  Couleurs
ISBN 978-2205-06764-4
 
Quatrième de couverture
     Depuis l'aube des temps, l'homme cherche sans succès un modèle de société parfaite. Au milieu du XIXe siècle, Robert McCorman, un riche visionnaire, croit que le moment attendu est enfin arrivé.
     Soutenu par un groupe hétérogène d'hommes et de femmes portés par des idéaux, il fonde la colonie de New Fraternity, aux États-Unis, véritable semence au coeur du nouveau monde. Hélas, la jeune nation américaine se déchire dans une guerre fratricide, réveillant ainsi de vieux démons.
     Émile, un garçon sauvage, est découvert dans la proche forêt : il rejoint la colonie sous la protection de Fanny Zoetrope, une femme d'exception.  Émile sera alors le témoin d'événements dramatiques qui s'enchaîneront après l'intrusion de déserteurs. Pendant ce temps, une étrange et inquiétante créature rôde autour du village, semant le doute et nombre d'interrogations.
     Quel est le lien entre cette créature et Émile ?
     New Fraternity survivra-t-elle à cette nouvelle menace ?
 
Critiques
     Au milieu du XIXe siècle, le révérend Benz réunit un groupe d'idéalistes et fonde New Fraternity. Le but est de créer une société, retranchée du monde, basée sur un partage équitable du travail et des biens, vivant en quasi autonomie. Une petite troupe de chasseurs traque un prédateur et capture... un enfant sauvage. Un homme le prend sous sa coupe, l'intègre dans la communauté et le baptise Émile.
     Cinq ans ont passé. L'enfant ne parle toujours pas et garde une attitude défensive. Il est le souffre-douleur d'un groupe d'enfants. Pour leur échapper, il se réfugie au fond d'un labyrinthe rocheux où personne n'ose s'aventurer par superstition. Robert McCorman a acheté les terres à Benz et en a fait don à la communauté.
     Les représentants élus, lors d'une réunion, évoquent une situation difficile, le grenier est presque vide et l'usine sur le point de s'arrêter. Ils s'opposent aux tenants d'une ligne, tenue par Josiah Walker, qui prône l'absence de contraintes. Êtres libre est son credo et celui des parias qu'il représente. Les divisions s'aggravent encore avec l'arrivée de quatre déserteurs et la capture d'une créature monstrueuse qui semble proche d'Émile.
 
     Juan Dias Canales, à qui nous devons déjà les scénarii de Blacksad et de l'étonnant diptyque Le signe de la lune, propose l'idée d'une société humaine idéale où les hommes partageraient égalitairement le fruit de leur travail. Cependant, au-delà des principes, il met en scène, dès le départ, deux conceptions qui ne semblent pas faciles à réunir, à fédérer, à mettre en harmonie. D'un côté, les tenants d'une liberté totale, voulant vivre sans effort des fruits de la terre. De l'autre, une forme plus structurée qui génère des élus, des responsables et des productifs. Ce modèle engendre, de fait, deux catégories : ceux qui sont investis d'une représentation et ceux qui ont délégué le soin des choix, des décisions. Les premiers prennent vite une haute opinion de leur fonction et s'octroient le commandement. Peu à peu, les rôles dérivent, les élus prennent le pouvoir et n'entendent plus que l'on discute leurs choix. Le scénariste exprime, avec une grande intelligence et impartialité, ce clivage, cette cassure.
     Il oriente son récit vers la prérogative d'un matérialisme au détriment d'une foi en une force supérieure à l'homme. Il oppose la raison à la superstition où à des croyances plus ou moins nées de la peur et de l'ignorance. Il illustre ainsi, la peur de l'autre, de la monstruosité, de l'inexpliqué malgré la volonté de pragmatisme. Il montre aussi que le rejet d'une foi pour l'homme éduqué en son sein, n'est jamais évident. Il reste un fond qui, dès que les premières difficultés apparaissent, ressort et fait penser à une punition, une condamnation divine. Les dieux se vengent, est une crainte ancrée dans la nature humaine.
 
     Le dessin de José Luis Munuera est de plus en plus beau à chaque album. Son trait léger, le dynamisme dont il empreint les actions, le travail sur l'expressivité des gestes et des visages, les décors somptueux emportent l'adhésion. Il réalise quelques planches qui sont de véritables chefs-d'œuvre.
 
     La mise en couleurs de Sedyas, avec ses teintes sépia, ses fonds sombres relève toute la beauté graphique.
 
     Fraternity est un diptyque remarquable, un conte philosophique d'une grande sensibilité. C'est aussi la démonstration par un maître, certes, que la Bande Dessinée est parfaitement appropriée pour des scénarii intelligents.
 

Serge Perraud          
nooSFere          
12/02/2012          


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