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Album
L'Académie des Beaux-Arts
Série : Le Minuscule Mousquetaire    tome 1  Album suivant

Scénario : Joann SFAR
Dessins : Joann SFAR
Couleurs : Joann SFAR

Dargaud , coll. Poisson Pilote, août 2001
 
Cartonné
48  pages  Couleurs
ISBN 2-205-05123-7
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Quatrième de couverture
     — Et votre reine, comment est-elle ?
     — Sa peau me fait songer à un pain au lait au goût sucré. Et la première fois que j'ai vu ses seins...
     — Non. Je parle de la reine de ce pays.
     — Ah, la reine de France...
     — De Petite France.
     — Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Je m'en fous de la reine de France. Moi, j'ai rendez-vous avec Eulalie Artiguenave.
 
Critiques
     «  Ce monde est sans importance, pensais-je, qu'un promeneur pourrait écraser sous son talon sans se douter de rien. Rien ne peut être grave dans un monde si petit. Je décidai de m'abandonner à la légèreté ambiante.  »

     En absorbant une potion présumée amaigrissante – probablement équivalente à celle du flacon étiqueté « buvez-moi  » d'Alice au pays des merveilles – , un mousquetaire voit sa taille se réduire à quelques centimètres. Il pénètre alors dans un minuscule univers  : la Petite France.
     Si ce voyage extraordinaire peut rappeler le séjour de Gulliver à Lilliput, la balade farfelue à laquelle nous invite Sfar évoque plus les univers absurdes et poétiques de Fred. Pas d'intrigue à proprement parler, mais une quête – celle du retour à la « normalité  » – rapidement remplacée par une errance initiatique où le vaillant militaire s'humanise peu à peu.
     Apprécié pour son cul par une étrange doctoresse, il est ainsi confronté à une philosophie de vie qui lui est étrangère. Cette doctoresse – qui joue le rôle d'un passeur – lui fait percevoir la futilité de sa conception du devoir et du plaisir, puis dénonce la vision romantique ou héroïque de la mort dans une description à la fois simple et hallucinante qui dépeint toute l'horreur d'une mort ordinaire. Soudain conscient de la fragilité de l'existence, notre mousquetaire va s'abandonner à ce royaume dont la capitale est située au sud de la Loire, où les femmes règnent et enseignent  : une version féminine du Siècle des Lumières.
     Le morceau de bravoure de l'album est sans doute la scène où le mousquetaire sert de modèle et où son anatomie intime est détaillée, commentée, expertisée devant un parterre de jeunes femmes... Le mousquetaire est devenu un homme-objet, fragilisé par sa nudité, juste retour des choses.
     On notera ensuite un épisode « épistolier  », rappelant Cyrano, où le jeune amoureux transi finit par utiliser de médiocres croquis plutôt que des lettres d'amour.

     Les scènes se succèdent ainsi, évoquant divers morceaux d'anthologie, mais revisités par la malice de Sfar. Nous accompagnons ce mousquetaire vieillissant, qui a manifestement perdu ses idéaux de jeunesse. En témoigne cet échange, bien peu digne de d'Artagnan, où le mousquetaire avoue ne pas voir la nécessité de venger son ami  ! Devenu adulte, parvenu à un moment critique de sa vie – celui du bilan où la mort approche sans qu'on ait vécu autant qu'on l'aurait souhaité – , le mousquetaire retrouve paradoxalement une insouciance, une légèreté, une seconde jeunesse (il pleure même en entendant une berceuse).

     Sfar aurait pu nous montrer la vie du personnage avant sa réduction, pour accentuer le contraste, mais ce n'était pas indispensable, car le lecteur n'a aucune peine à l'imaginer  : l'inversion des rôles imposée à notre héros est d'ailleurs ainsi moins démonstrative. Mon seul regret est que l'auteur n'ait pas accentué l'étrangeté du décor de la Petite France  : certes des chiens parlants remplacent les chevaux, mais en dehors de quelques détails de cet ordre, l'univers décrit est très proche du monde réel.

     Le dessin de Sfar demeure très personnel et très riche, mélangeant les styles en passant d'une extrême stylisation à des représentations picturales référentielles. Les amateurs de graphismes dits « réalistes  » perdront sans doute un instant leurs repères, mais il est facile de se laisser imprégner par l'ambiance si particulière qui se dégage l' album, puis d'en apprécier la finesse graphique.

     Le Minuscule mousquetaire est donc un album de maturité, où la farce de la vie prend des accents tragiques. Derrière un récit apparemment désinvolte, voire décousu, se cache une véritable réflexion sur l'existence et sur l'héroïsme. Un album subtil et émouvant.

Pascal Patoz          
nooSFere          
01/09/2001          


Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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