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Album
L'Enfant-tronc
Série : Alef-Thau    tome 1  Album suivant

Scénario : Alexandro JODOROWSKY
Dessins : ARNO

Humanoïdes Associés (Les) , 1983
 
Cartonné
Couleurs
 
Critiques
     (note : critique simultanée du John Difool n°3 et de Alef-Thau n°1)

     Quels que soient les dessinateurs avec qui il travaille, Jodorowsky reste fidèle à sa thématique (on la retrouve aussi dans ses films) de la quête initiatique. John Difool, le « privé » issu d'un futur à la Blade Runner et accompagné de personnages emblématiques, et Alef-Thau, le bébé (puis jeune garçon, puis adolescent), né sans bras ni jambes (il en aura une et demie à la fin du premier tome de cette nouvelle série à suivre) dans un décor d'heroic fantasy, sont frères dans leur itinéraire obscur, où la manipulation est reine.
     Les « différents » dessinateurs, écrivais-je il y a quelques lignes ? Justement, Arno, qui vient doubler Moebius, semble être un de ses petits enfants les plus fidèles — à tel point que L'enfant tronc dégage un plaisir de l'œil incomparablement plus fort que celui de Ce qui est en bas. La matière de l'heroic fantasy y est certes pour quelque chose, avec ses forêts aux arbres gigantesques, ses peuplades de lutins, d'elfes, de reptiles humanoïdes et de monstres cuirassés — alors que la troisième aventure de John Difool abandonne les cités grouillantes pour des déserts abstractisants, quand ce n'est pas pour des jonglages géométriques et métaphysiques arides (p. 52 et suivantes). Aussi (influence du fond sur la forme, ou paresse cyclique de Moebius ?), le traitement de Ce qui est en bas reste en deçà des capacités habituelles de Giraud qui, à trop vouloir faire du Jacobs, nous livre ici un dessin d'une sécheresse qui touche parfois au sclérosant. Arno par contre soutient la comparaison avec le meilleur Moebius, celui d'Arzach ou des plus belles pages du Garage hermétique, avec de larges compositions bourrées de personnages en mouvement, et soutenues par de somptueuses couleurs, chaudes et sensuelles.
     Est-ce parce qu'Arno et son scénariste ont voulu viser un public plus jeune que celui de John Difool ? Le côté ésotérique de Jodorowsky est ici en retrait, ce qui soulage la dynamique du récit. On pourrait souhaiter voir un film d'animation tiré de cette bande — mais on peut aussi penser que L'enfant tronc a réussi pleinement ce que Moebius et Laloux ont raté avec Les maîtres du temps, film et bédé. Qu'on me comprenne bien : je ne veux pas du tout accabler Moebius, qui reste un des créateurs majeurs de la bande dessinée contemporaine ; simplement, il s'agissait pour la circonstance de rendre hommage au plus doué de ses continuateurs actuels... Ce qui est aussi une manière de saluer Giraud. Comme quoi tout est dans tout, n'est-ce pas ?

Jean-Pierre Andrevon          
Fiction n°346          
01/12/1983          


Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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