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Stalker - Pique-nique au bord du chemin

Arcadi STROUGATSKI & Boris STROUGATSKI

Titre original : Piknik na obotchine, 1972

Traduction de Svetlana DELMOTTE

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 314
Dépôt légal : 1er trimestre 1981
224 pages, catégorie / prix : 2
ISBN : néant
Format : 11 x 18 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
Des Visiteurs sont venus sur Terre.
Sortis d'on ne sait où,
ils sont repartis sans crier gare.
Dans la Zone qu'ils ont occupée
pendant des années sans jamais correspondre
avec les hommes, ils ont laissé traîner
des objets de toutes sortes.
Objets-pièges. Objets-bombes. Objets-miracles.
Objets que les stalkers viennent piller
au risque de leur vie,
comme une bande de fourmis coloniserait
sans rien y comprendre les détritus abandonnés
par des pique-niqueurs au bord d'un chemin.
Les hommes ne sont-ils donc
que des fourmis pour les Visiteurs ?
De ce roman étonnant,
le cinéaste soviétique Tarkovsky
a tiré un film admirable.

Les auteurs :
Les frères Strougatski
sont les écrivains de science-fiction
les plus célèbres d'Union soviétique.
Arcadi, né en 1925,
est spécialiste de langues orientales ;
Boris, né en 1933,
est mathématicien et physicien.
Arcadi vit à Moscou,
Boris à Leningrad.
Présence du Futur a déjà publié d'eux
Il est difficile d'être un dieu,
Le Lundi commence le samedi,
Un gars de l'Enfer.

    Prix obtenus    
Prix de la SF de Metz, roman étranger, 1981

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Albin Michel : La Bibliothèque idéale de SF (liste parue en 1988)


    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Stalker , 1979, Andreï Tarkovski
S.T.A.L.K.E.R. - Shadow of Chernobyl , 2007, GSC Game World (Jeu Vidéo)
S.T.A.L.K.E.R. - Clear Sky , 2008, GSC Game World (Jeu Vidéo)
S.T.A.L.K.E.R. - Call of Pripyat , 2010, GSC Game World (Jeu Vidéo)
 
    Critiques    
 
     Sous le titre de Roadside picnic, Stalker est le livre de SF soviétique qui a eu le plus grand impact sur le marché américain, à tel point d'ailleurs qu'il a obtenu la deuxième place au John William Campbell Award (entre La grande porte de Fred Pohl et Substance mort de Dick) en 1978. Compte tenu du protectionnisme littéraire US, un tel accueil ne pouvait se justifier que par des qualités largement au-dessus de la moyenne. Et c'est vrai. C'est vrai que Stalker est un grand moment de la SF ! Ecrit dans un style dur et puissant (avec des airs de roman noir), il a l'avantage d'être basé sur une idée assez extraordinaire : celle de l'humanité piochant, dans des zones bien délimitées à la surface de la Terre, parmi les restes incompréhensibles d'un passage d'extraterrestres que personne n'a même jamais vus. Dans Stalker, les hommes sont devenus des insectes errants au péril de leur vie au milieu de ce qui pourrait être les détritus laissés par des pique-niqueurs cosmiques. Parmi ces hommes, ceux qui sont le plus exposés sont les « stalkers », ceux qui vont piller les Zones en risquant la mort à chaque pas. Et derrière l'appât du gain et la fascination engendrée par ces innombrables objets incompréhensibles laissés par les Visiteurs, se dresse la quête de la Boule d'Or, pierre philosophale cosmique qui pourrait peut-être amener ce que tout le monde recherche depuis une éternité : « Du bonheur pour tout le monde, gratuitement, et que personne ne reparte lésé ! » Mais comment faire confiance à un objet qui, de toute façon, reste aussi incompréhensible que tous ceux qui jonchent les Zones ?

Richard D. NOLANE
Première parution : 1/5/1981 dans Fiction 318
Mise en ligne le : 21/10/2007

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition DENOËL, Lunes d'Encre (2010)


     L'intrigue de Stalker est axée sur un lieu, la « Zone », l'un des six endroits occupés par des extra-terrestres qui, une fois repartis, abandonnèrent sur place de curieux objets. Nous sommes donc dans une logique où l'enjeu n'est pas le conflit entraîné par une classique invasion alien, mais les conséquences d'une simple visite. Ils sont venus, ils sont partis ; on ne sait pas d'où, on ne sait pas vers où, mais ils ne sont plus là. Et ils ont laissé un sacré tas d'ennuis derrière eux. Les « stalkers » sont des explorateurs hors-la-loi, seuls inconscients à oser pénétrer dans la Zone pour récupérer ces objets miraculeux et les revendre au marché noir. L'histoire nous est racontée par Redrick Shouhart, l'un des meilleurs stalkers, en dépit de son jeune âge (la preuve : il est encore en vie).

     « Ah ! si nous autres, stalkers, on pouvait avoir une carte comme ça... Mais en fait, elle ne servirait fichtrement à rien de nuit, quand tu rampes en montrant tes fesses aux étoiles et que tu ne vois même pas tes propres mains... »

     C'est ce qu'on appelle avoir du style. Car, en premier lieu, ce roman surprend par sa forme : les auteurs utilisent un langage parlé, familier, populaire, à la première personne, empreint d'un fatalisme et d'un désabusement assez typiques de la mentalité russe durant l'ère communiste. L'exercice n'est pas nouveau et difficile à maîtriser mais, pourtant, ils parviennent à trouver le ton juste, cet équilibre délicat permettant à une œuvre d'apparaître immédiatement crédible malgré un postulat improbable (et rendons hommage à la traduction pour l'avoir si bien rendu).
     Ensuite, les frères Strougatski démontrent un talent certain de conteurs en distillant au compte-goutte les informations sur cette fameuse Zone, présentée comme un endroit redoutablement dangereux sans que l'on ne sache vraiment pourquoi, et sur ses objets miraculeux désignés par des termes argotiques. La tension monte durant les préparatifs, la paranoïa est constante lors de l'excursion, mais la menace reste floue : résultat immédiat, l'intérêt du lecteur va grandissant. Une technique terriblement simple, mais diablement efficace !

     Les auteurs parviennent donc à faire monter la pression en accentuant progressivement l'aura de cette mystérieuse Zone. Étant donné l'origine russe des frères Strougatski, on pense alors, tout naturellement, à Tchernobyl, d'autant plus que les paysages décrits évoquent une zone industrielle déserte à l'atmosphère mélancolique, et ce malgré le fait que le roman soit paru en 1972 (bien avant l'accident de 1986). Pourtant, les similitudes sont troublantes : le port de combinaisons, la nervosité des stalkers pénétrant dans la Zone, leur vigilance permanente, l'influence du phénomène sur l'apparence des nouveaux-nés... Les ressemblances sont tellement troublantes que les hommes chargés de juguler la catastrophe de Tchernobyl furent baptisés les stalkers, comme l'indique le quatrième de couverture.

     Pour résumer, j'ai ressenti Stalker comme un sinistre présage en prélude à l'accident de Tchernobyl, à travers un roman à l'ambiance et au style absolument incroyables (et je pèse mes mots). L'intrigue est menée de main de maître, et chaque instant où les auteurs viennent à décrire la nature d'un objet de la Zone, d'une menace, d'un piège, éveillant du même coup l'intérêt du lecteur, c'est pour mieux changer de sujet sans lui en révéler davantage 1. L'imagination fonctionne donc à plein régime, et on ne s'en plaindra pas. Le résumé de l'éditeur présente le roman comme un chef-d'œuvre, et pour une fois le qualificatif ne semble pas exagéré. Pour finir, je ne résiste pas à l'envie d'une dernière citation :

     « Je vais m'en sortir, je vais m'en sortir, pensait Redrick. Ce n'est pas la première fois, toute ma vie ça a été comme ça, moi dans la boue et des éclairs au-dessus de ma tête, ça n'a jamais été autrement... Et d'où sort cette saloperie ? Tellement de saloperies... c'est dingue, autant de saloperies en un seul endroit, on les avait apportées de tous les coins du monde. »

Notes :

1. Des explications sur les propriétés des objets rapportés de la Zone et plusieurs hypothèses sur la raison de la Visite seront toutefois émises par les auteurs, mais pour en prendre connaissance il faudra se montrer patient.

Florent M. (lui écrire)
Première parution : 28/12/2010
nooSFere


 

Edition DENOËL, Lunes d'Encre (2010)


[Critique commune à Stalker et L'Île habitée de Boris et Arcadi Strougatski]

     Après Il est difficile d'être un dieu l'année dernière (critique in Bifrost n°56), la collection « Lunes d'encre » poursuit la réédition des œuvres majeures des frères Arkadi et Boris Strougatski avec — toujours sous de très belles couvertures de Lasth — deux titres particulièrement marquants, L'Ile habitée et, bien sûr, le célébrissime Stalker, ou Pique-nique au bord du chemin, probablement le plus fameux roman des frangins du fait de son adaptation cinématographique par Andreï Tarkovski (une adaptation passablement libre, toutefois — même si scénarisée par les Strougatski, mais sous la direction du réalisateur : les mauvaises langues pourront se réjouir de ce que le roman est beaucoup moins soporifique, hermétique et prétentieux que le film...). Un livre qui a assurément marqué de son empreinte son époque et son pays, à tel point, nous dit la quatrième de couverture, que « c'est sous le surnom de stalkers qu'on connaît désormais les hommes et femmes qui ont étouffé le cœur du réacteur en fusion de Tchernobyl, entre le 26 avril et le 16 mai 1986 ». Précision que l'on pourra à bon droit trouver un brin putassière et d'un goût douteux, et dont on fera peut-être bien de se souvenir le moment venu...

     Mais parlons (enfin) du roman. De mystérieux extraterrestres sont venus sur Terre. A l'instar de ceux de l'excellent Génocides de Thomas Disch, on ne les verra jamais, et on ne les connaîtra qu'au travers de leurs manifestations. Toutefois, à la différence de ces derniers, il semblerait qu'ils soient tout simplement repartis, et qu'ils n'aient donc fait qu'une « Visite » éclair sur Terre. Mais la Visite a laissé des traces, plusieurs « Zones » réparties sur la surface de la planète, où ils ont abandonné des objets de toute sorte, au fonctionnement et à l'utilité mystérieux, tels les « creuses ». Mais les Zones sont avant tout des endroits dangereux, émaillés de pièges qui semblent à première vue défier les lois de la physique, quand ils ne font qu'en appliquer de différentes : « calvities de moustiques », « gelées de sorcières », « hachoirs », « gais fantômes », et tant d'autres encore...

     La Zone a ses spécialistes, mais elle a surtout ses contrebandiers, ses trafiquants, ses guides : ce sont eux, les stalkers, qui ont baptisé ainsi les pièges et les objets que l'on y trouve. Le roman — court mais dense, divisé en quatre long chapitres — nous invite essentiellement à suivre les pas de l'un d'entre eux, le rouquin Redrick Shouhart, de la Zone de Harmont. Le premier chapitre pratique plus ou moins l'attaque en force, en nous plongeant très vite au cœur de la Zone et de ses mystères meurtriers. Mais, si le roman sait se montrer palpitant, il saura aussi adopter par la suite un ton plus posé, et les scènes les plus passionnantes, finalement, auront lieu en-dehors de la Zone, dans le monde gris cendré des hommes, mesquin et triste, avec ses petites intrigues, ses petites bassesses... et ses interrogations sur l'objet de la Visite. Les hommes ne seraient-ils que des fourmis, se jetant sans rien y comprendre sur les débris abandonnés par des pique-niqueurs au bord du chemin ? C'est ce dont débattent, dans le chapitre 3, Richard H. Nounane, le meilleur ami de Redrick, et le prix Nobel Valentin Pilman ; les perspectives qu'ils dégagent, dans tous les cas, sont plutôt humiliantes pour l'humanité...

     Mais l'espoir demeure, pourtant, incarné dans certains mythes propres aux stalkers, et notamment celui de la « Boule d'or », un artefact laissé par les Visiteurs et qui serait à même d'exaucer tous les vœux. Un mythe ? Et si c'était vrai ? S'il était possible de changer les choses, de sortir les hommes de leur insupportable condition ? Le jeu en vaudrait la chandelle, non ? Et le sceptique et soiffard Redrick Shouhart pourrait bien finir, lui aussi, par se mettre en quête de la Boule d'or... mais pourrait-il la comprendre ? Et elle, comme tous les objets de la Zone, pourrait-elle comprendre les humains ? La communication est-elle seulement possible ?

     N'y allons pas par quatre chemins : Stalker est un chef-d'œuvre. Mais il fonctionne tel « l'effet Ballard » (ce qui tombe bien, au regard du dossier du présent Bifrost), comme une bombe à retardement, de manière très insidieuse : une fois le livre refermé (ce qui arrive vite, il est très court), on sait qu'on a lu quelque chose de bon, voire très bon, et ce n'est qu'alors, dans un sens, que le véritable travail débute, que les images apparaissent, que les idées, superbes, viennent à s'exprimer dans toute leur force. On reste alors sous le choc de l'intelligence du propos, et de la maestria avec laquelle les frères l'ont amené. Un chef-d'œuvre, donc, et pour une fois le qualificatif n'est pas galvaudé.

     Si L'Ile habitée [...] 1

     [...] La collection « Lunes d'encre » nous a gâtés avec ces deux très belles rééditions des frères Strougatski. On en conseillera vivement la lecture à tous les amateurs de grande science-fiction, quelle que soit ses origines : la meilleure littérature n'a jamais eu de frontières.

Notes :

1. La partie consacrée à L'Île habitée dans cette recension n'a pas été reproduite ici. [note de nooSFere]

Bertrand BONNET
Première parution : 1/7/2010
dans Bifrost 59
Mise en ligne le : 29/11/2012




 

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