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Et Malville explosa

Alex DÉCOTTE & Jacques NEIRYNCK



FAVRE
Dépôt légal : 1989
Première édition
Roman, 348 pages, catégorie / prix : 138 FF
ISBN : 2-8289-0385-0


Critiques
     Les années 70 eurent leurs romans sur des explosions (on dit maintenant « excursions ») de centrales nucléaires : citons au moins L'explosion, justement, de H-H Zeimann (Lattes) ou L'enfer atomique, de Thomas Scortia et Franck Robinson (les auteurs de La tour Infernale), aux Presses de la cité. Ces romans-là, qui suivaient le courant de la mode catastrophiste, avaient le mérite de l'efficacité au premier degré, même s'ils mettaient en jeu des centrales imaginaires. Puis l'atome fut quelque peu oublié pendant une décennie, avec d'ailleurs tous les autres problèmes de l'environnement. Ce n'était « plus la mode », et l'écologie, pire que d'avoir mauvaise presse, n'avait plus de presse du tout. Il ne se passait rien, il ne se passerait rien, tout n'était que cauchemars de gauchistes ou de baba cool. Puis sonna le tocsin de Tchernobyl. Et il n'est donc pas étonnant, à l'heure où les pires cauchemars gauchistes redeviennent une réalité palpable, que la littérature se reprécipite dans le catastrophisme. Mais pour cette fois se baser sur des faits réels, ou au moins serrer la réalité au plus près.
     L'an dernier paraissait Tchernobyl sur Seine (Calmann-Lévy), un roman signé Hélène Crié (journaliste à Libé spécialiste de l'environnement) et Yves Lenoir (un ingénieur anti-nucléaire connu). Le projet des auteurs était de décrire une excursion à la centrale de Nogent-sur-Seine, qui a commencé à fonctionner il y a un an à cent kilomètres en amont de Paris. Le projet d'Alex Décotte (journaliste suisse) et de Jacques Neirynck (vulgarisateur scientifique) vise une autre centrale, unique au monde celle-là : la surgénérateur de Malville, qui fonctionne (très mal : à dix pour cent environ de ses possibilités théoriques), et qui se trouve au centre d'un triangle formé par Lyon, Genève et Grenoble. L'accident total (un pont roulant s'écrase sur la dalle de béton couvrant le cœur nucléaire, rendant inopérante toute manœuvre d'arrêt, et le cœur explose, crevant le dôme de confinement) a lieu le 21 Août 1991. Le nuage radioactif contenant du plutonium (durée de semi-vie 23.000 ans, mortel pour chaque milligramme ingéré) se répand sur la Suisse dont une bonne partie du territoire devient inhabitable ad vitam aeternam.
     Le tout est admissible, prévisible, crédible, et ne prête guère à sourire (à part une veine nettement anti-française, également admissible de la part d'auteurs suisses : on sait que les anti-Malville les plus virulents sont les Genevois, qui ont effectivement tout à craindre d'un accident au surgénérateur). D'ailleurs Décotte et Neirynck remonter loin leur récit, très exactement à la fameuse manif de Juillet 77, à laquelle participaient (c'est scoop rétroactif) deux, et deux seulement auteurs de s-f : G-J Arnaud et votre serviteur, et ils s'efforcent de ne rien ignorer des réactions et conséquences politiques du drame, à travers des notations souvent vigoureuses et bien senties : « Le Second Empire est mort de la perte de l'Alsace et de la Lorraine. La France vient de prendre, en une seule nuit, la Savoie et le sud de la Franche-Comté avec la différence que ces territoires n'ont été conquis par personne » (p. 246 : un éditorial du Monde, censuré par le Ministre de l'Intérieur). Notations cyniques aussi : « Le bilan des morts par coups de feu atteignait seize personnes : on avait maintenant la preuve qu'une fuite incontrôlée sur les routes aurait coûté plus cher encore en vies humaines » (p. 261). Enfin l'ouvrage est correctement écrit dans le style best-seller, avec des tas petits faits vrais et indices psychologiques : en cela, Et Malville explosa est littérairement plus satisfaisant que Tchernobyl-sur-Seine...
     D'où vient cependant qu'on y ressent moins d'angoisse ? De l'énormité même de la catastrophe ? Du fait que, contrairement à l'ouvrage de Lenoir et Crié, celui-ci passe très (trop ?) rapidement sur l'accident lui-même ? Et que par la suite, mise à part la mort d'une jeune journaliste, les effets à long terme des radiations ne sont pas assez assénés ? Un peu tout cela sans doute, qui fait que ce récit est plus un état de faits qu'un état d'esprit. Ce qui ne veut pas dire qu'il est inintéressant : on aura compris au contraire que ce livre est à lire, et qu'il prendra place dans la bibliothèque consultable atout instant des lecteurs de s-f mais aussi des défenseurs de la vie.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire) (site web)
Première parution : 1/5/1989 dans Fiction 408
Mise en ligne le : 22/10/2003

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