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Croisades

Jack VANCE

Textes réunis par Pierre-Paul DURASTANTI


Science Fiction  - Traduction de Jacques CHAMBON & Pierre-Paul DURASTANTI
Illustration de Philippe GADY
BÉLIAL' n° (19), dépôt légal : mai 2003
320 pages, catégorie / prix : 19 €, ISBN : 2-84344-049-1
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Quatre grandes aventures aux confins des univers vancéens...
     Il y a Alan Robertson et sa fabuleuse invention qui brise les frontières de l'espace et du temps. Il y a Luke Grogatch qui, dans un monde résigné, se dresse face aux diktats de la bureaucratie. Il y a Sam Salazar sur Pangborn, où l'humanité a oublié ses origines et envisage le génocide. Il y a enfin Dyle Travec qui, parce que sa famille a été capturée puis vendue par des esclavagistes, va mettre Maxus à feu et à sang.
     Quatre hommes qui refusent la fatalité, quatre croisades pour changer la face du monde.
     Recueil inédit, Croisades réaffirme le talent de Jack Vance et s'impose comme le plus concluant des manifestes en faveur de l'un des derniers grands maîtres de la science-fiction et de fantasy mondiales.

     Jack Vance est né le 28 août 1916 à San Francisco. Infatigable bourlingueur, marin chevronné, il cultive depuis toujours un goût marqué pour le dépaysement. D'où l'extraordinaire chatoyance de ses récits, particulièrement lorsqu'il s'attache à élaborer des peintures baroques de paysages imaginaires et de civilisations exotiques, aussi bien dans les domaines du space opera que du planet opera ou d'une fantasy plus traditionnelle. Parmi ses œuvres les plus marquantes, on retiendra tout spécialement Le Cycle de Tschaï, La Geste des Princes-Démons, Lyonesse et La Planète Géante.


    Sommaire    
1 - La Grande bamboche (Rumfuddle), pages 10 à 89, trad. Jacques CHAMBON
2 - Les Œuvres de Dodkin (Dodkin's Job), pages 90 à 137, trad. Jean-Marie DESSAUX rév. Pierre-Paul DURASTANTI
3 - Les Faiseurs de miracles (The Miracle Workers), pages 138 à 230, Roman, trad. Marcel BATTIN rév. Pierre-Paul DURASTANTI
4 - Les Maîtres de Maxus (Overlords of Maxus / Crusade to Maxus), pages 232 à 314, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
 
    Critiques    
     A l'approche de la sortie d'un numéro spécial de Bifrost entièrement consacré à Jack Vance (après ceux dédiés à Dick, Simak puis Moorcock) et en même temps que de nombreuses rééditions en Folio SF, Le Bélial' publie un beau recueil de nouvelles, annoncé comme « inédit ». En réalité, seule une nouvelle sur les quatre est inédite en français. Les trois autres ont été publiées dans les années 1970, en anthologies chez Casterman, ou bien dans Fiction. Il s'agit donc de textes qui n'étaient plus accessibles qu'aux seuls collectionneurs, ce qui justifie pleinement leur reprise en recueil. On pourra juste regretter que cela ne soit pas clairement indiqué sur la quatrième de couverture, de préférence à la mention ambiguë de « recueil inédit ».

     Le point commun entre les quatre textes retenus est celui des « croisades pour changer la face du monde ». En dehors de ce fil conducteur assez lâche, ces récits sont très différents et nous donnent à découvrir plusieurs facettes de l'inspiration de l'auteur.

     Ainsi, La Grande Bamboche est une curieuse variation sur les univers parallèles et les voyages temporels. Bienfaiteur de l'humanité, Alan Robertson a inventé des portes spatio-temporelles qui permettent de se rendre dans les infinités d'univers parallèles possibles et donc, par exemple, de posséder son propre monde privé. Lorsque Duray s'aperçoit que quelqu'un a fermé de l'intérieur les accès à son monde, il va suspecter Robert Robertson, l'excentrique organisateur de la Grande Bamboche, une fête pour le moins mystérieuse ... Malgré des idées intéressantes et une certaine fantaisie, j'avoue avoir trouvé ce texte assez long, plutôt laborieux et confus. En somme, peu convaincant.
     Les Œuvres de Dodkin est un texte qui relève peu de la SF. Il s'agit d'une satire qui stigmatise les lourdeurs de l'administration et de la hiérarchie : parce qu'il s'oppose à une directive imbécile, Luke Grogatch explore les rouages complexes d'une administration écrasée par son propre poids. Il est aidé en cela par son culot, mais aussi par la crainte qu'ont ses interlocuteurs de tomber en disgrâce s'ils se font remarquer, et par leur vanité qui les rend incapables d'imaginer qu'un inférieur puisse les solliciter. C'est au bout du compte une variante assez classique des satires de la bureaucratie, comme on peut en trouver aussi bien chez Tchekov, Cohen-Solal ou Kafka, pour ne citer qu'eux. Mais cette caricature, qui débouche ironiquement sur une réflexion sur le véritable pouvoir, s'avère très amusante.
     Les Faiseurs de miracles est un récit plus typiquement vancéen. Il nous fait découvrir une planète étrangère, où vit un peuple « primitif » difficile à appréhender. Le principal intérêt est l'inversion des valeurs : pour les hommes de Pangborn, la science de leurs ancêtres apparaît comme « miraculeuse » tandis que la magie — essentiellement des « envoûtements » basés sur une forte suggestion — est considérée comme un phénomène naturel. Voilà un excellent exemple de « science fantasy » réussie, et probablement la meilleure nouvelle du lot.
     Enfin, Les Maîtres de Maxus, le seul inédit du recueil est également un texte d'aventures exotiques typiquement vancéennes. Maxus est une planète où l'esclavage est un droit et plusieurs personnages vont s'unir pour y mettre fin. Comme à son habitude, Vance émaille son récit rythmé et coloré de détails sur les coutumes, la politique, la religion. Un bon texte malgré un dénouement assez quelconque.

     Les univers vancéen sont toujours un peu à l'étroit dans le format de la nouvelle — même longue comme c'est ici le cas — et l'on demeure donc assez loin des chefs-d'œuvre du maître, mais Croisades est somme toute un recueil agréable et de bon niveau, notamment grâce sa diversité. Les textes accusent peut-être leur désuétude, mais cela participe au charme de la lecture pour qui apprécie Vance. Et si ces Croisades ne changeront sans doute pas la face de notre monde, on aurait tort de se priver du plaisir de découvrir des aspects moins connus de l'œuvre de Vance.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 23/9/2003
nooSFere


     Concocté par le maître d'œuvre du présent Bifrost, Croisades présente quatre novellas — trois rééditions de textes traduits chez nous dans les années 70 et un inédit. Le volume s'ouvre sur un récit tout à fait atypique de Jack Vance, « La Grande Bamboche » (1973), une histoire d'univers parallèles ambitieuse mais desservie par une certaine confusion — peut-être était-ce inhérent au thème — , et à laquelle il manque sans doute une véritable chute pour entraîner l'adhésion du lecteur. Un récit vraiment curieux, qui en surprendra plus d'un. Avec « Les œuvres de Dodkin » (1958), c'est plutôt du côté de Kafka que lorgne Vance lorsqu'il décrit un monde futur stratifié et bureaucratique, où l'absurdité règne en maîtresse. Parti à la recherche de l'origine d'une directive qu'il juge stupide — et le lecteur avec lui — , un personnage plus ou moins individualiste et asocial appartenant à l'une des couches les plus basses de cette société va non seulement découvrir certains vices et subtilités du système, mais aussi et surtout y trouver enfin sa place lors d'une excellente chute finale. Ironique, sarcastique et diaboliquement efficace, c'est à mon goût le meilleur texte du recueil. « Les faiseurs de miracles » (1958) décrit l'un de ces mondes coloniaux que Vance affectionne. Cette fois, tout repose sur l'affrontement en diverses factions constituées des descendants d'armées venues s'échouer des siècles plus tôt sur une planète dont les nouveaux venus ont repoussé les autochtones dans les forêts. De belles scènes de bataille servies par un humour grinçant, un peuple extraterrestre à l'esprit bien tordu comme il faut, une savoureuse inversion des valeurs entre la science et la magie, le tout conduisant à un retournement final tout à fait réjouissant. Du pur bonheur. Quant à l'inédit, « Les maîtres de Maxus » (1951), il traite d'esclavage et de vengeance, deux thèmes qui reviendront souvent dans les œuvres ultérieures de Vance, préfigurant plus ou moins la Geste des Princes-démons ou les Chroniques de Durdane. On y trouve aussi un de ces portraits de cynique absolu comme Vance sait si bien les dessiner. Bien qu'il soit le plus ancien du volume et que sa narration soit un peu légère — notamment dans la description des cultures rencontrées, souvent fragmentaire — , voilà un texte qui n'a pas pris une ride. Et c'est d'ailleurs le compliment que l'on peut faire à l'ensemble de cet excellent recueil.

Roland C. WAGNER
Première parution : 1/9/2003
Bifrost HS2
Mise en ligne le : 9/1/2005


     À l'exception d'un inédit, les quatre récits qui composent ce recueil, plus proches du court roman que de la nouvelle, datent des années 50 et ont été traduits en France dans les années 70. Ce n'est pas seulement un hasard du calendrier si Pierre-Paul Durastanti a dédié ce recueil à Jacques Chambon : le regretté compilateur (rappelons qu'il avait composé et préfacé le Livre d'Or consacré à Vance), traducteur, directeur de collection avait en effet sélectionné deux de ces textes pour des anthologies chez Casterman, dont un qu'il a lui-même traduit — la seule traduction que Durastanti n'a pas révisée.

     La Grande Bamboche présente une société éclatée sur une infinité de mondes depuis la découverte d'univers parallèles. La Terre originelle demeure un lieu de rencontres et de tourisme, mais Gilbert Duray y reste bloqué, pour avoir refusé une invitation. Ses tentatives pour rejoindre sa femme et ses enfants permettent de comprendre comment certains oisifs s'amusent aux dépens des cognats, les alter ego des personnes vivant dans des univers proches du nôtre.

     Les Œuvres de Dodkin illustre de façon satirique un paradoxe des sociétés complexes : ce ne sont pas les dirigeants qui gouvernent mais les fonctionnaires de l'ombre, dont les directives, quand elles remontent par la voie hiérarchique, deviennent des recommandations puis des textes de lois. Cette démonstration par l'absurde du fonctionnement bureaucratique, plus dans la veine des auteurs des pays de l'Est, n'étonnera pas de la part d'un écrivain qui s'est attaché à décrire tous les types de cultures et de sociétés.

     Les Faiseurs de miracles appartient à une veine plus classique, entre space opera et fantasy, mettant en scène les lointains descendants de colons terriens pratiquant la magie et ayant tout oublié de la technologie de leurs ancêtres. Engagés dans une lutte sans issue avec les autochtones, ils redécouvrent, par l'intermédiaire d'un apprenti maladroit mais têtu, les vertus de l'expérimentation scientifique, leur donnant l'occasion de conclure la paix, seize siècles après leur arrivée.

     Sur le thème de l'esclavage, Les Maîtres de Maxus plaide la défense des opprimés du capitalisme : quarante millions d'individus détiennent les secrets technologiques exportés à travers la galaxie et utilisent comme main d'oeuvre des esclaves enlevés sur les autres planètes. Dans sa quête pour racheter les membres de sa famille, Dyle Travec va inverser ce rapport de forces.

     Dans les quatre récits, les croisades initiées par des individus isolés dépassent les motifs personnels pour embrasser une problématique sociale, voire socialiste. Jack Vance, sous les couleurs de l'aventure, se révèle un auteur plus engagé qu'il n'y paraît après une lecture superficielle. On ne peut qu'être comblé avec ce choix judicieux en cette année où le dernier grand maître vivant de la SF sera à l'honneur, avec des rééditions mais aussi des adaptations BD et des jeux de rôle, en attendant son prochain roman, prévu pour 2004 aux États-Unis.

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/9/2003
dans Galaxies 30
Mise en ligne le : 25/11/2008


 
Base mise à jour le 18 juin 2017.
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