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Structura Maxima

Olivier PAQUET

Science Fiction  - Illustration de KAÏN
FLAMMARION, coll. Imagine n° (42), dépôt légal : avril 2003
378 pages, catégorie / prix : 15 €, ISBN : 2-08-068314-4
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Olivier Paquet, né en 1973, a effectué un parcours universitaire de haut niveau (Sciences-Po, Thèse de Sciences Politiques) qui a alimenté sa réflexion sur la différence et l'altérité. De là à la science-fiction, il ne lui restait qu'un pas à franchir, favorisé par son goût pour la littéra­ture japonaise, qui a développé son intérêt pour la puissance évocatrice dont sont capables nos sens. Sa nouvelle « Synesthésie » (Galaxies, n° 18) a été distinguée par le Grand prix de l'Imaginaire 2002.

     La Structure, c'est un univers vertigineux de poutrelles et de niveaux où s'est développée une civilisation dont les racines se perdent dans la nuit des temps et qui a atteint son point de rupture. Entre la Vapeur, la com­munauté qui produit l'électricité à partir du magma, et les Poutrelles qui, au nom de leur dieu, interdisent l'ouverture du dôme recouvrant la cité, la guerre se prépare.
     Dans cette atmosphère étouffante, Victor Mégare et son fils Jehan cherchent un destin différent. Victimes de la Vapeur et des Poutrelles, ils explorent les origines de cet antagonisme. Que protègent les Poutrelles derrière leurs interdits divins ? Quel but cherche à atteindre la Vapeur en encourageant la Structure tout entière à bouleverser les anciens équilibres ? Et où se trouvent les réponses ? Entre l'ombre et la lumière, dans la vapeur des chaudières et le gigantisme des poutrelles, ou bien derrière le décor, de l'autre côté de la paroi du dôme ?
     Hommage au « Futurisme » italien, un roman à situer entre le baroque des films de Caro et Jeunet et la fureur poétique de Miyazaki.

 
    Critiques    
     Une structure. Immense. Tellement énorme qu'une civilisation entière s'y est établie, et tente de préserver l'intégrité physique de son monde. La Structure est faite de poutrelles supportant plusieurs niveaux dont chacun est quasiment une ville. Les habitants se répartissent en plusieurs castes, dont les deux les plus importantes sont les Poutrelliers — ceux qui entretiennent la Structure et réparent les avaries — et les Vapeuriers — qui s'occupent des chaudières, lesquelles font marcher cet univers en apportant lumière et énergie. Ces deux groupes, qui ont chacun un credo, une philosophie de la vie et une conception bien précise de leur destinée, sont bien souvent opposés. Lorsque commence le roman, la tension n'a jamais été aussi palpable entre les deux clans. Aussi, lorsque le fils du Grand Vapeurier, Jehan Mégare, choisit de devenir Poutrellier, il va cristalliser l'opposition latente.
     On attendait avec une relative impatience le passage au roman d'Olivier Paquet, nouvelliste confirmé (qui obtint le Grand Prix de l'Imaginaire pour « Synesthésie »). C'est chose faite avec Structura Maxima, publié dans la collection Imagine de Flammarion. D'emblée, l'auteur situe son action dans le cadre du « futurisme » italien (mouvement né en 1909, qui dénonçait violemment le côté passéiste de l'art de l'époque, et prônait la révolte et la vitesse), projet bien visible, tous les titres de chapitre et tous les noms de personnages étant italiens — hormis celui du personnage principal, Jehan Mégare, mais comme l'on sait qu'il va être le dynamiteur de toute cette société, cette exception a sa signification. Le choix du présent de narration n'est certainement pas non plus étranger à ce thème, puisqu'il favorise l'immersion du lecteur dans les événements chaotiques qu'il va découvrir.
     Néanmoins, son roman ressemble également, d'un point de vue visuel, à ce qu'ont pu faire Schuitten et Peeters avec les Cités Obscures, ou encore Miyazaki (cité en quatrième de couverture) dans Le château dans le ciel. Ce qui confère une poésie à l'ensemble : comment, en effet, ne pas rester rêveur devant le gigantisme des décors ou le secret de leur origine ? D'ailleurs, l'auteur aurait peut-être dû laisser ce mystère entier, cette Structure hors le temps et hors le monde. Au lieu de cela, il nous permet de voir de l'autre côté du mur, dans un univers plus grand encore qui, s'il élargit le propos — on se gardera bien de trop en dire — n'est pas très convaincant. C'est un peu dommage, car tout ce qui se situe au coeur même de la Structure a visiblement été conçu avec un soin du détail qui produit un saisissant effet de réel (d'où parfois une impression de froideur trop cérébrale, mais c'était sans doute le prix à payer). Heureusement, l'escapade à l'extérieur est relativement courte, et l'on revient vite aux événements de l'intérieur, pour un « finale » impressionnant.
     Rythmé par les chaudières qui sont le cœur de ce monde, Structura Maxima est une histoire mécanique, mais on se gardera bien de le prendre pour du steampunk, malgré l'importance de la vapeur. Ce roman confirme sur le long format le talent d'Olivier Paquet. A l'heure où de nombreux écrivains signent des premiers romans parfois sans grand intérêt, ce livre nous donne à entendre une voix qui prendra sans doute très rapidement sa place parmi les meilleures du domaine.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/5/2003
nooSFere


     La structure. Un monde en cloche, limité par la Paroi, traversé par des poutrelles, des canalisations, des ascenbus, des trains à vapeur. Là, vivent deux strates de la même civilisation italianisante : les poutrelliers et les vapeuriers. Les premiers, supérieurs, sont les serviteurs de Valladolis, leur déité, dont le domaine se trouve au-delà de la Paroi. Les seconds sont principalement des ouvriers, les maîtres du magma qui sert à fabriquer la vapeur.

     Quel décor ! On se croirait chez Rintaro et son Metropolis, chez Miyazaki et son Château dans le ciel (d'ailleurs, Paquet rend un hommage appuyé à ce réalisateur : on se ballade dans Laputa et on rencontre une télépathe nommée Noshikaa). Dans ce paysage fabuleux, ce premier roman nous narre alternativement l'histoire d'un père, Victor Mégare, et de son fils, Jehan. Le géniteur a été blessé par la vapeur (en fait un sabotage) ; Jehan, lui, a fait son choix, il sera poutrellier et vivra loin de la vapeur et de ses dangers, il rencontrera sa marraine Marquisa, changera de nom et d'amis. Mais la vie n'est jamais simple et un rapport des mineurs va tout compliquer, pousser les uns et les autres sur des voies inattendues ; en effet, la structure va bientôt se trouver à court de minerai de fer, ce qui pourrait bien déclencher une guerre entre les poutrelliers et les vapeuriers. On s'en doute dès le départ, ce que l'auteur veut nous montrer, hors une classique lutte de classes, c'est la guerre, ses origines, son déroulement, ses victimes...

     Voilà un roman bien écrit (à l'exception notable des dialogues, d'une platitude à faire passer Jane Birkin pour un kit sexuel de montagnes russes), un roman construit avec rigueur qui laisse néanmoins une assez tiède impression. Le tout semble scolaire, aurait mérité d'être resserré et au final ce texte libère un ennui discret (comme certaines nouvelles d'Ursula K. Le Guin ou de Brian Stableford, trop professorales pour être passionnantes). On sent, presque à chaque page, que Structura Maxima est un livre réellement intéressant, ambitieux, mais il manque quelque chose, une étincelle de folie, un peu d'ambiguïté, un peu de méchanceté ou de sentiments exacerbés. Et puis il y a tous ces mots en italien, ces insupportables notes de bas de page qui font gadget. Dommage, surtout quand on s'attarde à penser que Structura Maxima risque fort d'être le meilleur premier roman francophone de l'année 2003.

CID VICIOUS
Première parution : 1/7/2003
dans Bifrost 31
Mise en ligne le : 1/8/2004


     La Structure est un univers clos, ruche de Niveaux empilés au sein de la Paroi. Sa société est rigide, dominée par la rivalité de deux corporations : les Poutrelliers qui entretiennent les armatures de la construction, et les Vapeuriers qui distribuent l'énergie géothermique à toute la cité. Jehan, fils de Victor Mégare, Grand Maître de la Vapeur, s'en va rejoindre les Poutrelliers à la fin de ses études secondaires, et se retrouve au centre d'un conflit armé et sanglant. Mais alors que la Structure s'entredéchire, se pose la question de l'existence (vigoureusement déniée par le clergé) d'un monde extérieur...
     Le décor reflète l'esthétique de tous les films qui, depuis Brazil, peignent le futur aux couleurs de la rouille et du désuet, et la démesure architecturale des BD de Schuiten et Peeters. L'usage de la vapeur renvoie, comme un calembour conceptuel, à ce XIXe siècle tant prisé de tout un secteur de la SF et du fantastique français. Mais le contexte politique renvoie aussi à la Troisième République ; si les Poutrelliers, soumis aux aléas du vertige, sont mystiques et soudés autour des prêtres, les Vapeuriers sont des ingénieurs positivistes, élevés dans des écoles décidées à combattre l'obscurantisme. En faisant passer son protagoniste d'un groupe à l'autre, Paquet se garde de prendre position (même si son cœur est en fin de compte du côté de la science). Quand conflit il y a, il n'est pas du fait des grands chefs — des modérés qui se connaissent et s'estiment — mais des têtes brûlées de chaque camp, armées de certitudes dogmatiques et prêtes aux pires crimes pour parvenir à la tuerie qu'elles désirent.
     Le roman suit les destins d'une audacieuse variété de personnages, pris dans des conflits politiques et personnels. Victor Mégare, le père, aurait pu être le personnage principal ; un accident industriel l'a transformé en demi-cadavre, reflétant sa personnalité bourrée de remords et d'hésitations (et ô combien attachante). Sur la fin du livre, le procédé imaginé par l'auteur pour rendre la main aux modérés manque un peu d'originalité (et emploie au passage un incongru cliché du roman d'aventures : tomber amoureux de la fille du chef...), mais découle de la logique du livre. Petit regret : que la question linguistique ne soit pas approfondie (référence au manifeste futuriste, le peuple de la Structure semble être de langue maternelle italienne ; elle est réprimée au profit de l'usage du français, sans explication. Les Mégare sont seuls à porter des prénoms français, cela prédestine-t-il à la grandeur ?). Et grand regret : que le ton soit souvent grandiloquent, laissant la part trop belle à l'intervention autoriale et à l'introspection des personnages. On y perd de l'empathie.
     Cependant, comme le décor et les personnages sont complexes et réussis, ce premier roman très attendu vaut le détour.

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/6/2003
dans Galaxies 29
Mise en ligne le : 21/1/2007


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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