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Carbone modifié

Richard MORGAN

Titre original : Altered Carbon, 2002
Science Fiction  - Cycle : Takeshi Kovacs vol.

Traduction de ANGE
Illustration de Alain JANOLLE
BRAGELONNE n° (41), dépôt légal : mars 2003
400 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 2-914370-42-3

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Au 26ème siècle, l'humanité s'est répandue à travers la galaxie. Le Protectorat des Nations unies maintient une poigne de fer sur les nouveaux mondes, avec l'aide de ses troupes d'élite : les Corps diplomatiques. La technologie a apporté ce que la religion ne pouvait garantir ; quand votre conscience peut être stockée dans une pile corticale et téléchargée dans un nouveau corps, même la mort n'est plus qu'un dérangement mineur. Tant que vous avez les moyens de payer... L'ex-Diplo Takeshi Kovacs avait déjà été tué, avant ; mais sa dernière mort en date a été particulièrement brutale. Injecté à travers des années-lumière, il est réenveloppé dans un corps à San Francisco, sur la Vieille Terre, à la demande d'un riche magnat qui souhaite élucider sa propre mort. La police a conclu à un suicide. Mais pourquoi se serait-il suicidé alors qu'il sauvegardait son esprit tous les jours, certain de revenir parmi les vivants ? Balancé au centre d'une conspiration vicieuse, Kovacs réalise bientôt que la cartouche qui a troué sa poitrine sur Harlan n'était que le début de ses problèmes...

     Richard Morgan vient d'abandonner son poste de lecteur l'université de Strathclyde (GB) pour devenir romancier à plein temps. Carbone modifié est son premier roman. Il a été optionné dès sa sortie par Joel Silver (producteur de Piège de Cristal, L'Arme Fatale et Matrix), qui l'adapte actuellement au cinéma pour la Warner.


    Prix obtenus    
Philip K. Dick, roman, 2003
 
    Critiques    
     La quatrième de couverture nous apprend que Carbone modifié fait déjà l'objet d'un projet d'adaptation à Hollywood. On comprend vite pourquoi : ce récit de SF survitaminé s'avère en effet extrêmement visuel, impeccablement rythmé et diablement cinématographique. Un peu trop peut-être... Car à force de jouer avec les codes et la construction type du thriller hollywoodien, Carbone modifié finit par ressembler de près à un caricatural scénario « clé en main », jusqu'à son dénouement grotesque, prétexte sans doute à un déluge d'effets spéciaux dans le film à venir.
     XXVIe siècle. Laurens J. Bancroft, magnat de la finance, s'est fait pulvériser la tête par une arme laser. La police a conclu au suicide, mais Bancroft n'en croit pas un mot. Pourquoi se faire sauter la cervelle en effet, quand vous êtes un math (comme Mathusalem), un presque immortel assez riche pour bénéficier d'une sauvegarde régulière de votre esprit via une liaison satellite ? Bancroft, réincarné dans son propre clone, engage un privé pour enquêter sur sa propre mort — sa dernière sauvegarde étant trop ancienne pour avoir mémorisé l'événement et l'identité du coupable. Takeshi Kovacs entre alors en scène, guerrier endurci originaire d'une planète lointaine, voué à changer d'enveloppe corporelle au hasard de ses missions. Sur cette Terre décadente où l'âme est téléchargée dans une simple pile et où les apparences sont forcément trompeuses, Kovacs va mettre la ville à feu et à sang, prisonnier de son conditionnement de machine à tuer. Au programme : sexe torride, drogues vaudoues et fusillades musclées.
     Dans sa première moitié, Carbone modifié ne connaît pas de temps mort. On pense à un Blade Runner sous amphétamines, les péripéties se succèdent avec un punch inouï dans un décor interlope, bref, on est heureux ! Hélas, l'accumulation de clichés finit par lasser et la tension s'estompe en cours de route, comme si l'auteur avait concentré son capital d'idées fortes dans la première partie. Plus gênantes encore sont cette ultra-violence complaisante et cette désinvolture affichée envers les victimes de la folie meurtrière de Kovacs. Éloge de la vengeance, usage systématique de la force, retour à l'ordre moral : il n'est guère surprenant que les producteurs de Matrix se soient emparés de ce thriller pyrotechnique...
     Son intérêt réside plutôt dans sa déclinaison populaire d'une idée jusqu'ici souvent réservée à la hard science : la copie numérique de l'âme humaine. Richard Morgan a compris qu'un tel postulat de base pouvait se montrer extrêmement fertile en situations rocambolesques, et ouvrir la porte à des considérations plus volontiers philosophiques. Ainsi Kovacs, non-fumeur, doit lutter constamment pour résister à l'appel de la cigarette suscité par le précédent occupant de son enveloppe charnelle, fumeur invétéré ; illustration brillante du débat sur la nature de l'âme : si l'on change de corps, est-on encore le même ?

Olivier NOËL
Première parution : 1/6/2003
dans Galaxies 29
Mise en ligne le : 21/1/2007


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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