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Pollen

Jeff NOON

Titre original : Pollen, 1996

Cycle : Vurt  vol.

Traduction de Marc VOLINE
Illustration de Corinne BILLON

La VOLTE  n° (4)
Dépôt légal : avril 2006
384 pages, catégorie / prix : 22 €
ISBN : 2-9522217-6-6   
Genre : Science-Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Lundi 1e mai. Plus de 500 grains par mètre cube ce matin. Alerte sanitaire de sa majesté. Le taux de pollen s'élève. Sentir les fleurs est mortel. La ville pleurait. 1607 et à la hausse. Des portes sont en train de s'ouvrir entre les espèces. 1999. Mardi 9 mai Bombe à éternuement.

     Jeff Noon, né en 1957 dans la banlieue de Manchester, est musicien, peintre et dramaturge. Parfois comparé à William Gibson, parfois associé à la génération « trash » d'Irvine Welsh et John King, cet auteur culte en Angleterre construit un univers hallucinatoire, hanté par le Vurt — monde du rêve — et Alice aux Pays des Merveilles.

    Cité dans les pages thématiques suivantes :     
 
    Critiques    
[Chronique de l'édition anglaise parue chez Ringpull en 1995]

     Pollen fait suite à Vurt (publié en France chez Flammarion en mai dernier et critiqué dans Bifrost 06) et confirme l'immense talent de Jeff Noon. On y retrouve une voix sombre et fascinante que l'on a du mal à quitter et qui nous conte les obsessions de l'auteur : Manchester, les labyrinthes, Alice au pays des merveilles et encore et toujours le rêve.

     Manchester est peuplée des enfants de Fertilité 10 : la réponse des autorités à la stérilité causée par l'air noir de Thanatos. Fertilité 10 a permis la naissance de dizaines de milliers de bébés en brisant les barrières cellulaires entre les êtres. Les humains se prennent de désir pour les chiens, les machines, les êtres du Vurt et même les cadavres. De ces unions naissent une pléiade de créatures : hommes purs, hommes-vurt, ombres, hommes-machines, hommes-chiens, chiens-machines et zombies.

     La narratrice de Pollen est une ombre et un flic. Dans un monde où les rêves sont devenus des lieux que tous peuvent visiter, elle souffre d'un manque génétique qui l'empêche de rêver mais lui permet de lire les pensées. Dans une ville ravagée par une épidémie mortelle de rhume des foins elle cherche à trouver l'origine du nuage de Pollen qui augmente en intensité au fil des heures.

     L'histoire qu'elle nous raconte a de multiples facettes. C'est la quête d'une mère pour retrouver sa fille, la fuite d'une fille-taxi pour échapper à ceux qui la tiennent responsable de la mort de l'homme-chien qu'elle aimait, le retour du printemps sur la terre lorsque Proserpine quitte son époux et les Enfers pour retrouver sa mère Demeter. Tous se croisent et se rejoignent, s'allient ou se déchirent et nous entraînent à leur suite, de Manchester aux Limbes et plus loin encore, par delà les portes gardées par Cerbère, jusqu'aux Enfers pour y défier celui qui y règne.

     Le livre commence par un éternuement de trois pages qui donne le rythme. On l'entend résonner tout au long du récit. L'atmosphère a le parfum entêtant d'une multitude de fleurs et la viscosité de la morve d'un chien atteint de rhume des foins. Pollen est une fable sombre et magnifique, la prose de Noon, poétique et envoûtante, fait corps avec son récit et nous engloutit tout entier. Au point que lorsque l'on en sort le bout du nez, on s'étonne de ne pas voir plus de monde éternuer.

Sophie GOZLAN
Première parution : 1/1/1998 dans Bifrost 7
Mise en ligne le : 3/11/2003


     « Il fait peu de doute à présent qu'une des découvertes les plus importantes du siècle dernier fut la possibilité d'enregistrer les rêves sur un support permettant de multiples lectures, une bande biomagnétique recouverte de Phantasme liquide. Cette libération de la psyché, dans la forme la plus avancée, fut bientôt connue sous le nom de Vurt. A travers les portes du Vurt, les gens pouvaient revisiter leurs propres rêves ou, plus dangereusement, visiter le rêve d'une autre personne, le rêve d'un étranger. » (p.13)

     Coyote, un homme-chien chauffeur de taxi est assassiné d'une étrange manière : d'un baiser, Perséphone, sa passagère, lui a planté une fleur dans les poumons. Sibyl, une Ombre-flic, et Zéro, un chien-flic, mènent l'enquête au milieu de zombies, de robos ou d'entités-vurt...
     Cependant, ce mois de mai voit le taux de pollen monter en flèche et un rhume des foins dramatique affecter l'ensemble de la population — à l'exception notable des « Dodos », des individus génétiquement incapables de rêver et donc d'accéder au Vurt. La fièvre gagne...

     Pollen commence comme un roman noir captivant. Le lecteur bascule dans un monde halluciné, onirique, cauchemardesque et pourtant poétique, un monde peuplé d'hybrides étranges et d'entités non-vivantes à la suite d'une étrange manipulation sexuelle — nommée « Fécondation 10 » — qui a permis aux humains de s'accoupler avec des animaux, des cadavres, des rêves ou des machines.
     Progressivement le récit passe ensuite le miroir d'Alice pour acquérir une dimension mythique, aux côté d'Hadès et de son épouse, tandis que le Flower Power semble vouloir surgir du monde des rêves pour faire tomber la barrière entre les deux réalités, au son des éternuements et des tubes des années 1960 que rediffuse Gombo YaYa, hippy défoncé et animateur de radio pirate...

     Pollen est sans doute une oeuvre que l'on peut qualifier de difficile, non pas en raison du style sombre et envoûtant de l'auteur, mais parce qu'il nécessite de s'immerger pleinement dans un monde insolite qui possède sa propre logique, sans que Noon cherche à le rendre vraiment rationnel. Il faut donc sans doute le déconseiller aux lecteurs qui aiment garder le sens des réalités, pour au contraire le conseiller vivement à tous ceux qui apprécient d'être menés dans des territoires mouvants et inexplorés, de perdre leurs repères et de plonger de l'autre côté du miroir — par exemple dans un monde sensuel où l'on ferait l'amour avec les plantes...
     Voilà donc un univers fortement personnel et original, que La Volte se propose de nous faire découvrir en publiant tous les romans s'y déroulant, à commencer par la réédition dans une nouvelle traduction de Vurt en septembre 2006 (paru chez Flammarion en 1997), puis par les inédits Pixel juice et Nymphomation en 2007.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 8/5/2006 nooSFere


     Jeff Noon, anglais, est l'auteur de six romans (Vurt — 1993, récompensé l'année suivante par le Prix Arthur C. Clarke ; Pollen — 1995 ; Automated Alice — 1996 ; Nymphomation — 1997 ; Needle in the Groove — 2000 ; Falling Out of Cars — 2002 — Pollen et Nymphomation furent en leur temps critiqués d'après leur V.O. dans les Bifrost7 et 11) et de deux recueils de nouvelles (Pixel Juice — 1998 ; Cobralingus — 2001).

     Son œuvre, en sus d'être d'une exigence littéraire qui la rendra rebutante au lecteur de base et incompréhensible au lecteur habitué à Isaac Asimov ou David Gemmell, est labyrinthique : la Celia Hobart de Nymphomation fait le lien entre l'hommage à Lewis Carroll, Alice Automate, et le diptyque Vurt/Pollen. Tout est lié, tout est permis. Voire pire : Cobralingus tient plus de la rave party littéraire et de la poésie (sans doute un gros mot pour la plupart des lecteurs de S-F), que du recueil de nouvelles tel qu'on le conçoit d'habitude. Cependant, peu de surprises dans ce tableau littéraire quand on sait que Jeff Noon est aussi musicien et qu'il ne lit pas de science-fiction.

     Jusqu'à ce que La Volte s'intéresse au cas Noon, deux de ses romans seulement avaient paru en français, chez Flammarion : Vurt, massacré à la traduction par Michèle Albaret, et Alice Automate, totalement passé inaperçu. Il a longtemps été question que Denoël continue à publier l'auteur, sous la houlette d'Héloïse d'Ormesson, alors transfuge de Flammarion et fan inconditionnelle de Noon ; puis Jacques Chambon a émis le souhait, quelque temps avant sa mort, de republier l'auteur de A à Z dans son horrible (je parle des couvertures) et excellente (je parle du choix des textes) collection « Imagine ».

     Aujourd'hui, happé par le manque de courage des uns et des autres, c'est La Volte qui met les doigts dans la prise Jeff Noon, entreprise courageuse, vaguement suicidaire, et sans doute un tantinet trop ambitieuse pour une maison d'éditions assez jeune, manquant d'expérience dans le domaine de la traduction. Je m'explique : si on ne peux que louer le courage — moi chasseur Zéro, toi Pearl Harbour — de l'éditeur (Mathias Echenay, dont le nom n'apparaît nulle part dans le livre), on ne peut s'empêcher d'être (un petit peu) déçu par le produit fini : pas mal de coquilles ont survécu aux différentes relectures, la traduction regorge de mots anglais (dogboys qui aurait pu être traduit par garchiots ou garchiens selon le contexte ; sans parler des Smokey, Fiery, Skinner et autre surnoms/adjectifs faciles à traduire). Dans un livre où on ne peut pas traduire foultitude d'expressions (comme fish&chips) ou de titres de chanson (A Day in the Life, Strawberry fields), il est clair qu'il fallait aller un peu plus loin dans l'adaptation, s'éloigner un peu plus de la V.O. Il manque un bon mois de polissage, jugement sévère, mais inévitable quand on adore un auteur ; voilà pour les regrets qu'il convient de modérer car Marc Voline a, avant tout, fait un travail formidable, rendant globalement très agréable à lire un auteur aussi difficile à traduire que William S. Burroughs ou K.W. Jeter. Deux écrivains tarés qui ne sont pas cités ici par hasard, tant Noon semble être le fils techno du premier et le frère poétique de l'autre. Il y a plus de poésie chez Noon que chez Jeter, certes autant de morbidité, mais celle de Noon est beaucoup moins éprouvante car chargée de couleurs et de références pop. En fait, à bien y réfléchir, Jeff Noon a un frère dont il ignore l'existence : c'est évidemment le saxophoniste, scénariste et écrivain Jacques Barbéri (qu'on retrouvera très vite au sommaire de Bifrost, si j'en crois mon rédac'chef préféré).

     « De quoi parle Pollen ? » est une question qui évoque grandement un classique de la vieille devinette littéraire chausse-trappe : « Peut-on résumer Finnegan's Wake ? »... à la différence qu'il y a un fil conducteur, une histoire, dans Pollen, pas dans Finnegan's Wake.

     Pollen... C'est — liste non exhaustive — l'histoire d'une ombreflic qui enquête sur la mort d'un taxichien tué par des fleurs alors que le taux de pollen dans l'atmosphère atteint des sommets insoupçonnés. C'est l'histoire de Manchester écartelée entre rêve et réalité, peuplée d'humains, d'ombres, d'hommes-chiens, de chiens, de robots... et de zombies, à la périphérie, voire au-delà. C'est l'histoire d'un monde où la musique, la drogue et la nécrophilie ont une importance centrale. C'est l'histoire d'une société où, après la catastrophe « Fécondité 10 », tout s'est mélangé et hybridé. On ne copule pas impunément avec son grille-pain...

     Extrait : « Il s'appelle Dove. Thomas Dove. Il surfe sur la tête des étrangers comme une plume. C'est ce qu'il est : corps de skater, crête de cheveux orange, une paire d'ailes-de-flic et un circuit sanguin bourré de Vurt. Le torrent du rêve. Tom est le meilleur ange Vurt des flics de Manchester, et il vole vers Rio de Bobdeniro avec un paquet de tests pour les phantasmes locaux. Son boulot de flic est de traquer et détruire les rêves illégaux ; trouver les Vurt de contrebande. Ecoutez le battement de ses ailes prismatiques colorer la fumée de l'esprit. Audace. Tom Dove : une route propre, humaine, vers la fantaisie ; si bon qu'il n'a pas besoin de prendre de plumes. Il est principalement humain, bien sûr, si ce n'est ces épaisses traînées de Vurt qui vivent dans sa chair. » (Page 111.)

     Pollen... Un ressenti... Un petit parfum de Brazil, des effluves acidulées du Festin Nu et d'autres, plus lourdes et capiteuses, échappées du diptyque Instruments de mort/Le Marteau de verre, une composition florale lourde comme du napalm qui mériterait pourtant de faire fureur jusqu'à la saison des feuilles mortes.

     Atchoum !
     N'oubliez pas votre Sneeza Freeza, à moins que vous ne désiriez rapidement fleurir votre propre tombe !

Gilles DUMAY
Première parution : 1/7/2006 dans Bifrost 43
Mise en ligne le : 17/9/2007


     En 1997, les éditions Flammarion publiaient dans leur collection de littérature étrangère un premier roman remarquable, Vurt (1993), alors auréolé d'un prix Arthur C. Clarke. Jeff Noon, son auteur, avait imaginé un monde futuriste totalement déjanté dans lequel le continuum des rêves et des espaces intérieurs interférait (de manière limitée) avec le Réel. Les habitants de Manchester accédaient au Vurt en suçant des plumes ( !) dont la couleur désignait la fonction (plume rose pour un trip porno, bleue pour un shoot relaxant, etc.). Prégnant, original, Vurt était pourtant passé relativement inaperçu ; Alice automate, publié en France l'année suivante, encore plus. Nous aurons l'occasion d'y revenir, puisque les éditions La Volte ont annoncé la parution prochaine d'une nouvelle traduction de Vurt (et d'autres œuvres de Jeff Noon).

     Pollen (1996), inédit en France, est le deuxième roman situé dans l'univers du Vurt — ou plutôt, dans l'un des univers du Vurt, puisque d'un livre à l'autre, celui-ci recouvre des réalités différentes. Cette fois, Noon délaisse ses héros junkies accros aux plumes codées pour nous conter les hauts faits d'un combat titanesque opposant le Vurt au monde réel. Au passage, nous apprenons qu'une drogue aphrodisiaque vurtuelle désormais interdite, « Fécondité 10 », avait jadis rompu les barrières génétiques qui interdisaient les accouplements entre espèces différentes. Résultat de cette gigantesque orgie : Manchester, où les « Purs » se font rares, est peuplée d'êtres hybrides de toutes sortes, comme des hommes-chiens ou ces zombies des Limbes, rejetons monstrueux d'unions nécrophiles...

     Taxi-chien à la cool, Coyote est tué par une jeune fille mystérieuse répondant au nom de Perséphone, d'une façon plus qu'étrange — d'un baiser, la tueuse a introduit dans la gorge de sa victime une fleur létale dont les racines s'implantent dans les poumons — alors qu'il la convoyait à Manchester. Tandis que Sibyl l'Ombre-flic (qui peut capter les dernières pensées d'un mort) et Zéro le chien flic enquêtent sur ce meurtre -sous le regard désapprobateur du chef de la police, Kracker -, Boda, malheureuse conductrice d'Xcab, fuit les sbires de Colombus chargés de l'éliminer. Heureusement, le DJ hippy Gombo Yaya, défoncé 24h/24, entreprend d'aider Boda au nez et à la barbe d'une police un peu dépassée par les événements — d'autant que, pour couronner le tout, le taux de pollen dans l'atmosphère mancunienne ne cesse d'augmenter... Peu à peu la fièvre gagne les habitants, les éternuements se multiplient, la morve coule à flot. Seuls les « Dodos » (celles et ceux qui ne peuvent rêver et n'ont donc pas accès au Vurt), semblent immunisés : ce pollen empoisonné serait-il d'origine vurtuelle ?

     L'enjeu de ces « futurs mystères de Manchester » (le Vurt de Pollen, contemporain de La balle du néant, est assez semblable à la Psychosphère de Roland C. Wagner) n'est rien de moins que la tentative d'invasion du Réel par l'une des plus puissantes créatures du Vurt, John Barleycorn, et son épouse Perséphone. Barleycorn, dans ce réservoir d'inconscient collectif qu'est le Vurt, est la représentation personnifiée du Mal ; il est Satan, il est Lucifer, il est Hadès. On a souvent comparé Jeff Noon à William Gibson. Ce n'est pas immérité, mais nous dirions plutôt que Noon serait un Gibson sous acide, amateur de Dali plutôt que d'informatique, et qui aurait laissé libre cours à son imagination. Dans Pollen les standards du rock se succèdent, des Stones au premier album des Pink Floyd ; les éternuements s'étalent sur trois pages ; les hommes baisent tout ce qui bouge, y compris des plantes vertes... Bref, Jeff Noon invente le flowerpunk. Certes, le récit, qui commence comme un roman noir extravagant pour plonger ensuite dans un véritable tourbillon d'images surréalistes, menace plusieurs fois de se perdre dans les limbes du n'importe quoi. Mais Jeff Noon déploie un tel talent narratif, une telle maîtrise des dialogues, que jamais la frontière du ridicule n'est franchie.

     Néanmoins, quand Vurt et sa bande de junkies pathétiques émouvaient, et évoquaient non sans génie les conséquences de la possible convergence, dans un avenir proche, des drogues et des réalités virtuelles, Pollen se veut davantage ludique — lire : davantage superficiel. Noon s'amuse visiblement comme un fou à inventer un univers littéraire avec ses lois et sa logique propres, qui s'impose moins, ici, comme une allégorie ou une réflexion sur le Mal, que comme un pur exercice de style, brillant mais un peu vain. Ça manque donc un peu de rationalité et de profondeur, c'est un peu gratuit sur les bords, mais c'est du concentré d'imaginaire, c'est délirant, c'est des-troy, c'est poétique, c'est psychédélique et complètement barré : c'est Pollen.

Olivier NOËL
Première parution : 1/6/2006 dans Galaxies 40
Mise en ligne le : 15/2/2009


 

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