Site clair (Changer
 
    Fiche livre     Connexion adhérent
Le Mangeur d'âmes

Mike RESNICK

Titre original : The Soul Eater, 1981
Traduction de Pierre-Paul DURASTANTI
Illustration de Philippe JOZELON

IMAGINAIRES SANS FRONTIÈRES
Dépôt légal : septembre 2002
Première édition
192 pages, catégorie / prix : 13 €
ISBN : 2-84727-010-8
Genre : Science-Fiction



Quatrième de couverture
     Chasseur à la réputation sulfureuse, Nicobar Lane traque les espèces extraterrestres les plus étranges et les plus dangereuses. Rien ne l'arrête, ni les mondes inhospitaliers, ni les risques encourus ! Sa seule motivation affichée ? L'argent. Pourtant, le jour où on lui offre de traquer le « Mangeur d'âmes », Lane refuse. Pourquoi risquer sa réputation à chercher ce que tous — hormis celui qu'on surnomme le « Vieux Marin » — qualifient de chimère ? Lane, le « tueur de choses » comme il aime à se présenter, affiche son dédain pour la légende. Jusqu'au jour où, près d'un trou noir, il rencontre un étrange vaisseau... Et se met en chasse. Le cynisme affiché de Lane ne dissimulerait-il pas le désir de trouver enfin un défi digne de lui ?

     Né en 1942, Mike Resnick est l'un des écrivains américains les plus primés. Aux Etats-Unis il ne compte plus les prix Hugo et Nébula. En l'an 2000, ce fabuleux raconteur d'histoires, passionné par l'Afrique et grand chasseur... d'images, a obtenu le Prix Tour Eiffel de science-fiction. En maître du « planet opera » Resnick nous restitue ses safaris, à travers une œuvre à la troublante vivacité.
Critiques
     A une époque où l'on gaufre le papier pour faire croire au lecteur potentiel que les gros livres sont très gros, un roman de 190 pages seulement en vient à représenter la plus savoureuse des aubaines : un livre où l'auteur n'a pas tiré à la ligne de manière éhontée. Un récit où les idées n'ont pas été diluées dans une crue de mots jusqu'à ce que tout sens soit perdu dans un limbe d'ennui, voilà qui honore son éditeur.

     Nicobar Lane, chasseur d'exception, est un homme riche et réputé. Aussi, lorsqu'un commanditaire lui commande la « peau » du Marchand de Rêves, Lane l'envoie-t-il paître, de même que le ferait tout chasseur se respectant à qui on demanderait une tête de yéti ou de serpent de mer. Mais... Dans un système où il a à faire, il rencontre un étrange objet spatial qui s'échappe aux abords d'un trou noir. En compagnie du « vieux marin », qui affirme avoir jadis croisé le Marchand de Rêves et voudrait prouver qu'il a bien encore la tête sur les épaules, Nicobar Lane finit par se mettre en quête... Un quête qui se fait vite obsession, compulsion. Comme le junkie, Nicobar Lane oscille bientôt entre un tropisme invincible et une violente répulsion pour ce qu'il est en train de devenir, prise de conscience qui renforce son obsession à vouloir la mort de cette créature. On voit Lane se désocialiser progressivement, s'éloigner de ses amis, renoncer à son métier et renier ses engagements, dilapider son capital, arnaquer et finir par sombrer dans le crime pour assouvir son penchant. Après avoir trouvé une arme susceptible de détruire le Marchand de Rêves, il poursuivra la créature par delà les trous noirs...

     Le Mangeur d'âmes est davantage un roman psychologique qu'un livre d'action. C'est un roman sur l'obsession, cette volonté de contrôler ses désirs qui doit supprimer le dégoût de soi-même éprouvé pour avoir cédé à la jouissance. L'obsession conduit Lane à perdre la maîtrise de tous les autres pans de sa vie pour n'en contrôler qu'un, celui qui l'obsède. Le Marchand de Rêves apparaît alors comme une métaphore de l'altérité radicale de l'objet lacanien du désir et, tout au long du roman, on voit Nicobar Lane perdre sa dimension symbolique dans son déficit de « Parole », on observe sa chute hors de l'Humanité. Page 183, Resnick utilise les mots « amoureuses » et « reconnaissantes », qui sont du registre symbolique et pourraient ouvrir sur la rédemption si Lane n'était allé trop loin. S'il échappe toutefois à la damnation, ce n'est que pour le purgatoire...

     Voilà un bon roman, agréable, certes, mais pas uniquement. Mine de rien, ce petit space opera intimiste est bien plus près de la littérature, du roman psychologique que l'on ne s'y attend de prime abord. N'est pas Vance qui veut, aussi le dépaysement n'est-il pas vraiment au rendez-vous. Mais l'intérêt est ailleurs. On imagine tout l'ennui que ce roman aurait sécrété étendu sur 500 pages. Ici, en à peine 200, il prend toute sa mesure. Le Mangeur d'âmes est une bonne surprise.

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/1/2003 dans Bifrost 29
Mise en ligne le : 20/2/2004


     Ce court roman, publié pour la première fois en 1981, est un vrai concentré de Mike Resnick, qui préfigure d'autres récits plus tardifs comme La Belle Ténébreuse, Ivoire, ou Markham et la Dévoration.

     Nous découvrons (enfin !) l'histoire de Nicobar Lane, cité à maintes reprises à travers les livres de Resnick comme une référence légendaire. Chasseur galactique professionnel, il traque sur les mondes les plus divers (et les plus hostiles) des espèces extraterrestres rares et dangereuses pour le compte des musées et des collectionneurs privés (mais pas des zoos ; sa carte de visite précise : « JE TUE DES CHOSES »). Solitaire et cynique, seul l'argent l'intéresse et sa seule foi réside dans ses propres talents et son sang-froid. Un homme comme Lane ne croit pas à ces histoires colportées par les vieux marins concernant le « Marchand des rêves », une créature qui habiterait l'espace interstellaire et se nourrirait directement d'énergie, et il refuse les offres les plus alléchantes pour partir à sa recherche. Du moins jusqu'au jour où, aux abords d'un trou noir, il rencontre lui-même la bête en question. Et elle est dotée d'un moyen de défense insolite qui finira par abolir la distinction entre chasseur et proie. Au bout d'une quête qui tourne à l'obsession, Lane connaîtra le nom qu'elle mérite véritablement : celui de « Mangeur d'âmes ».

     L'auteur reprend bien sûr, à son propre compte et de façon très épurée mais diablement efficace, l'histoire d'un certain capitaine Achab et de sa « lutte cosmique » avec une baleine blanche. Au-delà de ce recyclage du modèle (très noble) de Melville, on retrouve dans ce roman beaucoup d'éléments qui marqueront par la suite toute l'œuvre resnickienne : la critique de l'exploitation de la nature par l'Homme, un héros apparemment invulnérable miné par ses idées fixes, les rapports intimes entre le désir et la mort, et puis cette fascination pour le processus par lequel les exploits des hommes deviennent l'étoffe des légendes. En mettant en scène ce face-à-face radical entre l'individu et l'inconnu, Le Mangeur d'âmes est donc une belle introduction à l'univers de Mike Resnick, mais aussi un très bon texte pour les novices en matière de science-fiction tout court, ainsi qu'un rappel aux lecteurs plus avertis des raisons qui les ont peut-être poussés à l'origine vers cette littérature.

Tom CLEGG (lui écrire)
Première parution : 1/12/2002 dans Galaxies 27
Mise en ligne le : 2/9/2004

retour en haut de page

Dans la nooSFere : 76754 livres, 88016 photos de couvertures, 72607 quatrièmes.
8552 critiques, 41779 intervenant·e·s, 1600 photographies, 3744 adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous contacter.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres et ne publions pas de textes.
Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2022. Tous droits réservés.