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Le Présage

Valerio EVANGELISTI

Titre original : Il presagio, 1999

Cycle : Nostradamus (Le Roman de) vol.

Traduction de Sophie BAJARD

POCKET (Paris, France), coll. Littérature - Best n° 10855
Dépôt légal : février 2002
448 pages, catégorie / prix : 7
ISBN : 2-266-09852-7   
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     Michel de Nostre-Dame étudie la pharmacie et la médecine à Montpellier. Il côtoie François Rabelais et Guillaume Rondelet. Ensemble, ils combattent le fléau d'une époque rongée par l'obscurantisme : la peste. Sa science des oracles est encore hésitante, mais elle fait déjà des merveilles. Le jeune homme a suivi l'enseignement d'Ulrich de Mayence, et sa bibliothèque regorge d'opuscules et de traités de magie. Michel avait prédit que, en ce jour de 1532, une « étoile chevelue » perlerait le ciel de sa traîne flamboyante. Cette nuit si particulière, Michel de Nostre-Dame est devenu Nostradamus.
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition PAYOT, (2000)


     Le Roman de Nostradamus est une vaste fresque qui mêle des aventures historiques échevelées – dans la lignée d'Alexandre Dumas – et un récit aux frontières de la science-fiction et du fantastique – dans la lignée... de Valerio Evangelisti lui-même  ! Il sera en effet difficile d'éviter les parallèles entre l'univers d'Eymerich et celui de Michel de Nostre-Dame.

     “  Ce livre étant un roman, et non un essai, il ne possède aucune ambition de vraisemblance historique, aussi je préviens tout de suite que j'ai pris à cet égard la plus grande liberté. ” avoue-t-il (p. 357). L'auteur affirme donc la nature romanesque des péripéties qu'il nous narre avec son brio coutumier. Pourtant, le contexte historique est remarquablement reconstitué  : la guerre franco-espagnole entre l'empereur Charles Quint et François Premier  ; la peste qui ravage la Provence  ; la médecine tiraillée entre le dogmatisme religieux, le respect des maîtres de l'Antiquité, et la soif de connaissance qui pousse à l'expérimentation défendue  ; l'Inquisition et ses contradictions  ; les statuts des femmes, des juifs et des huguenots ...
     Si l'on croise quelques célébrités, comme François Rabelais ou Lorenzo de Médicis (Lorrenzaccio), le personnage le plus fort – si l'on excepte Nostre-Dame lui-même – est un certain Molinas, un familier, sorte d'espion au service de l'Inquisition. Son obstination et son fanatisme, qui peuvent le mener jusqu'à l'automutilation, en font une figure parfaitement odieuse, un double évident d'Eymerich. Autour de lui, une ronde de personnages féminins également forts, comme Magdalena, femme de Nostre-Dame, Jumelle la prostituée, ou la duchesse Cybo-Varano, qui toutes seront manipulées par Molinas.

     “ Ce qui était inscrit dans le destin se réalisait en une forme quelconque, choisissant parmi mille futurs possibles. Quitte à violer les principes de la physique et de la raison ” (p.13). Evangelisti ne cherche pas réellement à affirmer ni à nier la clairvoyance supposée de Nostradamus. Son intrigue prend une tournure explicitement fantastique  : l'étrange pouvoir du devin est issu d'un monde parallèle situé hors du temps et peuplé de créatures étranges, monde où l'on peut accéder à une vision globale du temps humain.
     Une clé mathématique, symbolisée par Abrasax, ouvre l'accès à cet univers parallèle, à l'aide d'une drogue nommée l'épervière  ; cette manipulation du réel par des substances utilisées de façon “ hérétique ” rappelle une nouvelle fois certaines aventures de Nicolas Eymerich. Comme dans ces dernières, Evangelisti n'hésite pas à réinventer les lois de la physique et de la biologie.

     Dernier point commun avec la série des Eymerich, les agissements des protagonistes ont d'étranges résonances dans le futur, puisque l'un des moteurs de l'intrigue est la volonté d'éviter une apocalypse prévue pour 1999. Pour cela, Nostradamus va réunir dans le monde d'Abrasax ses trois ennemis les plus acharnés, dont Molinas (les deux autres ne seront connus que dans les volumes suivants).

     Cette fresque baroque, vivante et colorée, au rythme endiablé, a donc de quoi surprendre l'amateur de romans historiques “ traditionnels ”. Pourtant, la trame fantastique qui est au cœur de l'intrigue est finalement assez discrète, cédant le pas à la peinture historique et à des péripéties plus conventionnelles. En trouvant ainsi le juste équilibre, Le roman de Nostradamus a de quoi séduire un très large public.

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 10/9/2000
nooSFere


 

Edition PAYOT, (1999)


     Ce n’est pas de la SF. Mais les fans d’Eymerich apprécieront Molinas, sa version abêtie et auto-mutilatrice, lecteur de leur inquisiteur préféré. Ou seront fascinés par un Michel de Nostredame odieux dans sa quête de respectabilité, étroitement catholique pour faire oublier ses ancêtres juifs, tyrannisant son épouse au nom du qu’en-dira-t-on, faisant son malheur et surtout celui d’autrui, et pourtant héros du livre — pousser le lecteur à l’identification, jusqu’au moment où il en conçoit honte et inquiétude, est un moyen pour Evangelisti de déranger, de faire réagir, sans sacrifier le romanesque. On peut aussi aimer le roman historique, la poursuite à travers le XVIe siècle, de Montpellier à Aix via Agen et Paris, croisant Rabelais, Lorenzaccio ou le cardinal du Bellay. Enfin, sans être essentielle dans ce tome, la drogue qui expliquerait les célèbres prédictions ouvre un univers en surplomb du temps, cousin de nos arrière-mondes, Perte en Ruaba de Jeury ou faisceau chromatique de Wagner. Bref, si ce n’est pas de la SF, on est loin des pacorabâneries, et il est plus que probable que les amateurs se délecteront.

Éric VIAL (lui écrire)
Première parution : 1/12/1999
dans Galaxies 15
Mise en ligne le : 17/5/2001


 

Edition PAYOT, (2004)


     Ce qui est inscrit dans le destin se réalise sous une forme imprévisible, violant apparemment les principes de la physique et de la raison. Sauf pour Michel de Nostre-Dame, qui est initié à des secrets refusés à n'importe quel mortel. Dans une extase naturelle ou provoquée qui lui donne d'autres perceptions, il a le pouvoir de recevoir les messages obscurs d'un univers autre, où le démon qui lui parle reste caché dans les ténèbres.
     Toute époque troublée se déroule sur fond de mort. Celle de Nostradamus (et aussi de Rabelais et de Du Bellay, qu'il côtoie) n'échappe pas à la règle. La menace de l'Inquisition, les persécutions religieuses, la peste omniprésente lui donnent une coloration macabre. Or les arts divinatoires naissent de l'incertitude de la pensée. Sciences occultes, inquiétudes et difficultés de vivre se conjuguent. Et Nostre-Dame se trouve particulièrement exposé, puisque Ulrich de Mayence, le Roi d'Effrayeur, lui a confié certains de ses secrets, en un temps où magie et astrologie conduisent au bûcher. Car l'ombre d'Eymerich plane sur Le présage, qui se déroule deux siècles plus tard. L'Inquisition est toujours là, luttant pour la chrétienté menacée par les Luthériens, les Juifs et les sectes qui prolifèrent dans le désordre.
     Molinas, « familier » du Grand Inquisiteur, recherche Abrasax, le Dieu-Nombre. Curieux personnage que ce Molinas, qui domine ce premier roman d'une série à venir de son fanatisme sans scrupule et de sa noirceur. Avec des exigences impitoyables à l'égard de lui-même, il se blesse ou se mutile quand il s'est montré défaillant. La Bête sommeille en Molinas, qu'il s'efforce de tenir en bride par son ascétisme et sa rigueur. Il poursuit sans trêve Nostre-Dame, le jeune médecin qui peut le mettre sur la piste d'Abrasax.
     Il y a du suicidaire dans Nostre-Dame tel que le décrit Evangelisti. C'est un personnage peu ragoûtant, plein de contradictions qu'il n'arrive pas à assumer. Tristement conformiste (sauf en médecine), issu d'une famille juive convertie, jaloux de ses collègues, faible avec les puissants, tyrannique avec sa femme qu'il conduit à la mort avec ses deux enfants pour n'avoir pas su tenir son rang. Le souci de sa respectabilité, de son statut social et sa peur de la mort obnubilent ses actes et il va jusqu'à dénoncer un ami huguenot venu le prévenir qu'un danger le menace.
     Ce qui rend ce personnage négatif intéressant, c'est le mystérieux pouvoir qu'exerce sur lui une plante qui le met hors du temps et lui permet d'accéder à Abrasax et de connaître l'avenir, en visitant des abîmes étoilés où l'humanité, et toute son histoire avec elle, peut être embrassée d'un seul regard. Il fait exploser les barrières temporelles dans un équilibre instable sur le temps qui lui permet de saisir simultanément passé et futur comme s'ils étaient dans le présent.
     Détenteur de l'Arbor Mirabilis, objet de la convoitise de Molinas, qui cherche le sens caché sous les mots codés en espérant y trouver le secret d'Abrasax. Nostre-Dame fuit, Molinas le pourchasse, et cette traque fait la trame du récit.
     Ce roman intelligent (à la façon d'Umberto Eco, mais dans un domaine différent), se lit d'une traite et rend impatient de connaître les volumes suivants. Stimulant, remarquablement construit et écrit, enlevé, prenant, il pose, à partir de la situation du voyant interdit, mais attractif, des questions métaphysiques comme l'intolérance ou la peur de l'autre, le déséquilibre que la place de la mort peut amener dans la vie quotidienne d'un homme instruit pour l'époque. Sans négliger les incultes. La scène la plus éprouvante se produit quand, dans l'espoir d'assurer leur salut, une foule de paysans illuminés apeurés se battent pour embrasser une jeune fille morte de la peste qu'on a fait passer à leurs yeux pour une sainte.
     L'auteur, connu en Italie et révélé par la publication en France sur deux ans des quatre romans du cycle d'Eymerich, occupera une place de plus en plus importante dans les romans du genre. Signalons enfin que vient de paraître la traduction de Fragments d'un miroir brisé : anthologie de la science-fiction italienne. Pour son parcours exemplaire, le Prix Urania a été décerné à Valerio Evangelisti pour Nicolas Eymerich Inquisiteur et il vient de faire une intervention remarquée au Festival du Futuroscope de Poitiers, où le Grand Prix de l'Imaginaire a été décerné au mois de novembre.

Roland ERNOULD
dans Phenix 54
Mise en ligne le : 1/1/2004




 
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