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    Fiche livre    

Du pays de la peur

Harlan ELLISON

Titre original : From the land of fear, 1967
Science Fiction  - Traduction de René FOUCART
MARABOUT - GÉRARD, coll. Bibliothèque Marabout - Science fiction n° 424, 1973
256 pages, catégorie / prix : 3, ISBN : néant

Couverture

    Quatrième de couverture    
     La peur : quelque chose qui vous prend à la gorge, vous tiraille le ventre, vous dévore l'esprit...
     La terre se dérobe sous vos pas, l'univers, alentour, vomit des robots et des monstres, des révolutions et des extases. Rien ne va plus : tout s'enchaîne au délire et à l'abomination. Quelques mots suffisent à Harlan Ellison pour vous faire passer de monde à outre-monde.


    Sommaire    
1 - Le Voyageur (Back to the drawing boards), pages 7 à 26, trad. René FOUCART
2 - Le Pleureur (We mourn for anyone…), pages 27 à 51, trad. René FOUCART
3 - Un ami de l'homme (A friend to man), pages 53 à 64, trad. René FOUCART
4 - La Voix dans le jardin (The voice in the garden), pages 65 à 67, trad. René FOUCART
5 - Le Temps de l'oeil (The time of the eye), pages 69 à 84, trad. René FOUCART
6 - Les Cieux enflammés (The sky is burning), pages 85 à 98, trad. René FOUCART
7 - Module de secours (Life hutch), pages 99 à 115, trad. René FOUCART
8 - Mon frère Paulie (My brother Paulie), pages 117 à 129, trad. René FOUCART
9 - Bataille sans étandard (Battle without banners), pages 131 à 151, trad. René FOUCART
10 - Soldat (1ere version) (Soldier), pages 153 à 187, trad. René FOUCART
11 - Soldat (2eme version) (Soldier (script)), pages 188 à 252, trad. René FOUCART
 
    Adaptations (cinéma, télévision, théâtre, radio, jeu vidéo, ...)   
Au-delà du réel ( Saison 2 - Episode 01 : Le Soldat ) , 1964, Gerd Oswald (d'après le texte : Soldat (2eme version)), (Episode Série TV)
Terminator , 1984, James Cameron (d'après le texte : Soldat (2eme version))
 
    Critiques    
     Deuxième recueil d'Ellison chez Marabout, après Ainsi sera-t-il, sorti en 1971. Il s'agit de la traduction d'un volume paru aux Etats-Unis en 1967, et rassemblant des textes écrits pour la plupart avant 1960 (le plus ancien remonte à 1956). Autrement dit, c'est à un très très jeune Ellison, souvent mal dégrossi, que nous avons ici affaire, et ce débutant pas encore sorti de son cocon n'a vraiment qu'un assez lointain rapport avec le personnage fascinant et irritant, important et controversé, qu'est devenu Ellison sur la scène de la science-fiction américaine. Bien sûr, les habituels commentaires qu'il livre sur ses écrits actualisent un peu le portrait (puisqu'ils datent, eux, de 1967, ayant été rédigés pour la publication en librairie). Mais l'Ellison de 1967 a beau développer beaucoup de talent pour nous convaincre que l'Ellison de 1957 et quelque avait des choses à dire, ça n'apparaît pas toujours de façon très convaincante à la lecture. Encore une fois, il faut se souvenir que, sur les onze textes ici présentés, huit sont l'œuvre d'un écrivain qui avait entre 22 et 25 ans à l'époque de leur rédaction. Le phénomène est donc tout ce qu'il y a de plus naturel. II est simplement regrettable qu'on profite de la notoriété actuelle d'Ellison pour offrir en pâture au public, qui n'y verra que du feu, des œuvres de jeunesse qui ne sont pas d'un intérêt bouleversant ni d'une importance capitale pour la compréhension de l'auteur. (Ainsi sera-t-il, d'ailleurs, souffrait aussi du même défaut mais à un moindre degré, puisque la proportion de textes anciens y était moins élevée.)


Serge BERTRAND
Première parution : 1/8/1973
dans Fiction 236
Mise en ligne le : 28/10/2002


 
     Critique de : Du Pays de la Peur de Harlan Ellison, Marabout SF n° 424 et Parlez-moi d'Horreur... de Robert Bloch, Marabout SF n° 425

     Avec ces deux titres, la Bibliothèque Marabout permet de rapprocher deux recueils de récits essentiellement « noirs », dus à des auteurs aux personnalités très différentes. Il y a, d'une part, Harlan Ellison, porte-parole convaincu et véhément d'une « vague nouvelle » dans l'art d'écrire de la science-fiction, lequel cherche avant tout à persuader son lecteur qu'il croit à ce qu'il raconte, dans le sens que les fantasmes exprimés par sa plume ont leur origine dans des aspirations ou des refoulements profonds de son être ; et cet aspect du personnage est souligné par les petites introductions précédant chacun des récits de son livre, introductions dans lesquelles Ellison tient à s'expliquer, presque à se justifier en tant qu'écrivain d'imagination. Et il y a, d'autre part, Robert Bloch, célèbre auprès du grand public grâce à Psycho et par Hitchcock interposé, lequel n'a jamais fait mystère de ce que ses récits sont écrits « à froid », en vue de produire un effet déterminé d'angoisse ou d'épouvante : essentiellement parce que Bloch sait que c'est là ce que son lecteur attend de lui, et parce qu'il peut répondre à cette attente en appliquant des procédés maîtrisés au cours de sa carrière d'écrivain ; le recueil de Bloch (qui comporte, en plus de récits parus en anglais dans The living démons, des nouvelles publiées dans le magazine californien BP Singer features) ne comprend aucune introduction, aucune communication de l'auteur au lecteur ; et il est bien connu que lorsque Bloch choisit de faire de telles communications directes, il adopte en général un ton éminemment désinvolte et humoristique, comme pour montrer que l'horreur est simplement pour lui le domaine d'un travail dont il peut fort bien se détacher.
     Cette différence d'attitude explique sans doute que le caractère « noir » soit beaucoup plus profondément marqué dans les récits de Harlan Ellison. Plus exactement, on a l'impression que l'auteur s'enferme souvent dans un univers qu'il a voulu sombre et oppressant. D'où le sadisme du Temps de l'œil — qui n'a rien à faire avec la science-fiction, et dont le seul élément partiellement fantastique est dû à ce que l'action se déroule entre psychopathes — ou le désespoir de Bataille sans étendards. Ce dernier récit présente une tentative de révolte dans une prison : le lecteur qui partage l'optique d'Ellison sera ému par le sort des infortunés détenus ; le sceptique remarquera que rien, dans le récit, n'indique des condamnations imméritées. Les tensions nerveuses d'un inadapté fournissent la substance de Mon frère Paulie, avec le postulat — démenti par la réalité de l'exploration spatiale — qu'un astronaute ne saurait triompher du milieu psychologiquement hostile du cosmos qu'en étant obnubilé par une obsession personnelle (vraie ou fausse, peu importe : l'effet de « chute » final ne modifie guère ce postulat). En revanche, le héros de Module de secours apparaît comme un être exceptionnel dans l'univers d'inadaptés et d'infirmes dans lequel Ellison se complaît : il parvient en effet à triompher du piège que lui tend un ordinateur trop littéralement programmé — comme dans divers récits de Robert Sheckley, dont le sens de l'ironie fait souvent défaut à Ellison.
     Souvent, mais pas toujours. La société du Pleureur, dans laquelle des professionnels sont engagés pour se lamenter ostensiblement — contre salaire — aux funérailles de chers disparus, témoigne de l'observation lucide des excès commis dans ce domaine particulier par diverses chaînes d'entreprises de pompes funèbres « Mourez, nous ferons le reste... »). Il est simplement dommage qu'Ellison n'ait rien trouvé de mieux, en guise d'action devant ce décor, qu'un triangle usé de vaudeville comprenant mari, femme (disparue) et amant (pleureur).
     Il vaut la peine de rapprocher ce triangle classique de celui que Robert Bloch met en scène dans Les esprits inventifs. Ce récit est simplement policier — et d'ailleurs le recueil de Bloch est présenté avec la désignation « fantastique », bien qu'il comporte quelques nouvelles de science-fiction. L'esprit inventif est celui du mari, dont Bloch raconte minutieusement la vengeance : un mouvement d'horlogerie délicatement préparé pour supprimer ceux qui l'ont bafoué, en les faisant apparaître comme victime et coupable respectivement aux yeux de la police. Le ton détaché que Bloch prête à son mari-narrateur est parfaitement à sa place dans un tel épisode.
     Pour en revenir à Ellison, il est juste de souligner que les récits qui composent ce Pays de la peur sont relativement anciens (le livre parut aux Etats-Unis en 1967, mais certaines nouvelles étaient parues en magazine jusqu'à dix ans auparavant). Un de ces récits anciens est excellent. Il s'agit des Cieux enflammés, qui renouvelle dans un climat de poésie mélancolique le thème des envahisseurs arrivant sur la Terre — des envahisseurs qui ne sont ni curieux ni hostiles, car ils ont depuis longtemps dépassé ce stade de préoccupations. Sur un ton différent, et beaucoup plus proche de celui que Harlan Ellison adopte habituellement, les deux versions de Soldat (nouvelle et « script » de télévision) évoquent la triste barrière entre le militaire-militant trop bien endoctriné (venu du futur, dans ce cas particulier) et l'homme de bonne volonté qui essaie de comprendre, et surtout de se faire comprendre. Harlan Ellison parvient ici à se montrer passionné et incisif sans cesser d'être naturel : sans doute parce qu'il parle d'un problème bien réel, celui de la propagande — militaire ou politique — laquelle finit par ne laisser voir et penser que selon les orientations préalablement sélectionnées par les laveurs de cerveaux. Les personnages mis en scène sont parfaitement conventionnels, mais le problème de leurs situations respectives est évoqué avec la vigueur contrastée propre à établir le contact avec le téléspectateur moyen. L'habileté professionnelle d'Ellison apparaît clairement dans ces pages, même si elle est parfois compromise par la préoccupation du « message » dont il s'estime porteur. Cela dit, le niveau du recueil, dans son ensemble, ne suffit pas à justifier la considération qui entoure actuellement le nom de l'auteur dans le monde de la science — fiction.
     Au contraire, Robert Bloch 1 raconte simplement des histoires — qui ne sont d'ailleurs pas toutes des histoires d'horreur — et il lui arrive bien entendu de remplacer l'inspiration par le métier. Il est assez conventionnel dans ses récits d'envahisseurs extraterrestres, comme Bienvenu, l'ami ! et La fille de Mars, dans Machin — machine-malchance qui présente une variation sur la connaissance du futur par un savant légèrement farfelu sur un fond de gangstérisme, ou encore dans L'esprit indien qui brode sur les sciences occultes. Tous ces récits sont menés avec adresse, ils comportent parfois des notations originales, mais ils ne sont guère mémorables.
     L'intrigue, il n'y a que ça présente d'autre part une pénétration intéressante d'un personnage réel dans le monde de l'imaginaire, alors que Les fiançailles de l'innommable constituent une autre échappée sur ce même motif, dans une atmosphère quelque peu grand-guignolesque et avec une conclusion assez effrayante. La belle ou la bête ? se fonde sur le motif de la possession, mais une possession plus sinistre que d'habitude, ainsi que le révèle le titre. Des questions de principe est une simple farce macabre dont la « chute » se devine assez aisément bien avant que l'auteur la dévoile, tandis que Marché noir raconte un pacte avec les ténèbres, de façon assez convaincante. Le tout est placé sous le signe d'une horreur qui n'est pas plus inquiétante que celle des extraterrestres sollicités par Lovecraft pour la fin de ses récits ; mais, contrairement au créateur des Montagnes hallucinées, Robert Bloch laisse deviner plus d'un petit clin d'œil à son lecteur. En revanche, il ne semble pas que le traducteur de ces récits, Armand Degen, fasse de tels signes de complicité lorsqu'il parle (p. 53) de mobilier Regency pour du mobilier Régence, lorsqu'il crée l'audacieux néologisme (p. 51) entièreté alors qu'il existe en français au moins deux termes établis par l'usage, intégrité et intégralité, ou encore (p. 265) lorsqu'il qualifie un chaudron de vénéfique, restant sur ce point hermétique pour le soussigné. Le recueil de Harlan Ellison, d'autre part, a été traduit de façon convenable par René Foucart.
     L'un et l'autre de ces livres se lisent sans effort, mais sans être mémorables pour autant. Si celui de Harlan Ellison déçoit plus que celui de Robert Bloch, c'est en fin de compte surtout parce qu'il est présenté — à travers les introductions — comme si ses pages offraient des aperçus importants sur les mécanismes créateurs d'un écrivain de premier plan. Ce premier plan, on peut estimer que Ellison l'a atteint par la suite {ou qu'il y a vainement aspiré : cela dépend du goût et de la réceptivité du lecteur) ; objectivement, ce Pays de la peur montre simplement Ellison comme un faiseur en général prétentieux. La déception du lecteur est directement liée à la prétention de l'auteur

Notes :

1. A noter que ce recueil de Bloch avait déjà été abordé dans la Revue des livres de notre n° 237. (N.D.L.R.)


Demètre IOAKIMIDIS
Première parution : 1/11/1973
dans Fiction 239
Mise en ligne le : 6/11/2016


 
Base mise à jour le 18 mars 2017.
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