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Wonderful

Sabrina CALVO



Illustration de J.P. KRASSINSKY

BRAGELONNE (Paris, France)
Dépôt légal : janvier 2001
Roman, 304 pages, catégorie / prix : 16,60 €
ISBN : 2-914370-04-0   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     « Vous écoutez Blue FM, la radio qui vous emmène jusqu'au bout de la nuit ! » Si vous avez de la chance... Car demain matin, c'est la fin du monde.
     Ici, au coeur de Londres, le compte à rebours de l'Apocalypse est lancé ; un vent funeste emporte les âmes d'une foule égarée. Dans le ciel, la Lune lance ses derniers rayons blafards : elle se meurt. Pendant ce temps, d'inquiétants hommes en noir commettent une série d'enlèvements. Dans une atmosphère où se mêlent insouciance et résignation, les complots prolifèrent comme une vague d'épidémie. Dans un dernier sursaut, les espions redoublent d'effort et s'affrontent de plus belle. Jusqu'au bout, on nous observe, on nous manipule. Dans les arcanes des cabinets secrets de St Paul, une bataille cosmique se joue.
     Et malgré ce chaos ambiant, rien ne vient entraver les préparatifs du marathon de danse sur Trafalgar Square... Oui, si l'on doit partir, autant le faire en beauté. Alors qu'importe ce film magique qu'on dit pouvoir sauver l'humanité. Ce n'est pas comme si cela en valait la peine. Quoique...

     Né en 1974 à Marseille, David Calvo est journaliste, scénariste de BD, romancier et systématiquement arrêté dans les aéroports pour vérification d'identité. Il ne respecte ni les genres littéraires ni leurs codes. On dit qu'il se nourrit exclusivement de caramel et de thé à la menthe. C'est vrai. Ses oeuvres sont dérangées, oscillant comme lui entre un profond désespoir et une euphorie permanente. Ah oui, il aurait voulu être Walt Disney, mais la place était déjà prise...

    Prix obtenus    
Julia Verlanger, [sans catégorie], 2002
 
    Critiques    
     Quelques heures nous séparent de la fin de l'humanité  : la Lune comateuse se fissure et se fragmente, menaçant la Terre d'une pluie mortelle.
     Que faire en ces derniers instants  ? Est-il encore utile de soigner les malades ou d'écouter la radio  ? Faut-il participer à ce grand marathon de danse prévu pour durer jusqu'à l'inéluctable dénouement  ? Quelle attitude est-elle encore « logique  »  ?
     Plus rien n'est logique justement et Londres semble devenu fou. Les fées envahissent les parcs et les marchands de sable déambulent dans les rues. Un certain Mr Grimm s'est proclamé roi de Londres et cherche l'immortalité dans un kaléidoscope maléfique. Un groupe prétend avoir franchi les barrières du temps et vivre dans XIXème siècle bourré d'anachronismes, prêt à célébrer le retour de la Reine Victoria. Certains fuient vers le pôle Nord, d'autres sous terre telles des taupes.
     Au milieu de cet univers en folie, une série d'événements étranges vont précipiter le Dr Loomis dans un tourbillon de péripéties et de poursuites, à la recherche d'un mystérieux film.

     L'itinéraire de Loomis est ponctué de rencontres bizarres, de scènes burlesques ou poétiques. Sa trajectoire dans un monde de plus en plus absurde évoque évidemment celle d'Alice au Pays des merveilles, l'une des références avouées de ce roman. Pendant les deux premiers tiers du livre, le lecteur est promené dans un univers onirique dont le sens lui échappe mais dont la sensibilité est touchante.
     L'absurde est un genre difficile à manier car la frontière avec la banale incohérence ou le délire gratuit est vite franchie. La grande réussite de David Calvo est qu'il parvient à conserver un parfait équilibre entre le désordre apparent du nonsense et la progression d'une véritable intrigue en forme de conte cosmique. Chaque fois que le lecteur pourrait décrocher, il relance l'intérêt par de nouveaux éléments qui permettent de reconstituer peu à peu la toile de fond à l'échelle du système solaire qui sous-tend l'histoire.

     Certains aspects pourront rappeler le Neverwhere de Neil Gaiman  : le décor londonien bien sûr, ainsi que l'irruption d'éléments fantastiques dans un quotidien banal, mais surtout une certaine parenté d'inspiration et de références. L'ombre de Peter Pan plane sur ces deux romans. Ces points communs demeurent cependant superficiels, car le roman de David Calvo est véritablement et profondément original. Objet Littéraire Non Identifiable, il s'adresse au lecteur curieux qui aime être amusé, surpris, bousculé, excité. Il pourra en revanche déstabiliser l'amateur de récits conventionnels produits en série.

     Sous des dehors légers et loufoques, la rêverie de Calvo est donc un superbe hommage à l'imaginaire et au merveilleux, un roman unique qui pourrait devenir un futur classique  !

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 2/5/2001 nooSFere


     Lisez ce roman. Trois mots. Les seuls valables.

     D'une case à l'autre, le décor a changé. La souris a maintenant projeté sa brique, que le chat reçoit ; il y avait un mur, il y a des arbres. Ça n'a pas d'importance : le mur s'arrêtait au milieu de nulle part, sans plus de raison. Les années 20 : Georges Herriman dessine des planches où une souris tente de lancer des briques sur un chat amoureux d'elle, un chien policier défend le chat, seuls les éléments du décor nécessaires au gag persistent. La vérité du comics se concentre sur le triangle amoureux formé par la souris Ignatz, le chat Krazy Kat, le chien policier. Tout le reste est accessoire. La vie appréhendée par la focale de l'absurde, des questions sans réponse, des sentiments.

     David Calvo place une autre mécanique au centre de son roman : celle du système solaire. La Lune tombe sur la Terre. Rien à faire. Une transgression a été commise, se commet, un meurtre ; Newton avait compris que le ballet des planètes pouvait se détraquer, les planètes ont des sentiments. Écoutez Holst, la Symphonie des Planètes. La puissance aveugle des sentiments, la spirale, le néant.

     Pas d'absurde sans le néant.

     David Calvo expérimente : donnez à vos personnages une durée de vie limitée par la fin du monde, laissez-les effleurer le sublime, anéantissez tout espoir de compréhension. Laissez-les courir, délirer, crever ; ces personnages, c'est un bout de vous-même. La fin du monde pour le roman, la fin de soi pour l'écrivain.

     Estimer que le titre, Wonderful, relèverait d'une ironie cruelle ne tient pas. La haine, le vertige, l'auteur les transcende par de l'amour, tout l'amour contenu dans les fibres de son cœur qu'il presse... De l'amour pour ses personnages, de l'amour pour le sacrifié, de l'amour pour ses lecteurs.

     Il sait que ses personnages vont mourir de sa main, que le David Calvo qui a écrit ce roman ne lui survivra pas, que les lecteurs, la dernière page lue, poseront Wonderful. Dans un cartoon, les créatures folles de Tex Avery tutoient la mort sans jamais en faire l'expérience, tout au plus subissent-elles un expression graphique de leur déconfiture, les carottes ne sont cuites que lorsque surgit That's all, folks !, l'annonce du néant.

     Pourquoi de l'amour ? Crime passionnel.

     Il vous manipulera. Vous pleurerez.

Al' DUROU
Première parution : 1/8/2001 dans Bifrost 23
Mise en ligne le : 10/9/2003


 
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