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La Nuit du venin

Serge BRUSSOLO



Illustration de Philippe JOZELON

FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions (Paris, France), coll. Bibliothèque du Fantastique n° (14)
Dépôt légal : octobre 1999
608 pages, catégorie / prix : 10,52 €
ISBN : 2-265-06815-2   
Genre : Fantastique



    Quatrième de couverture    
     Serge Brussolo (né en 1951) est l'un des très rares écrivains français à posséder un univers fantastique qui lui soit propre, dans lequel il cultive le baroque et la démesure.
     Les « chroniques d'épouvante » que sont La nuit du venin et Docteur Squelette, sont réunies pour la première fois. Elles relatent les méfaits d'une entité cosmique tombée, il y a des siècles, sur une île plantée au beau milieu d'un lac mortifère. Un jour elle va s'échapper et on la retrouve dans une bourgade d'Amérique du Sud devenue son fief. Ces deux romans hallucinatoires s'affranchissent de toute raison : les ombres portées n'obéissent plus aux corps dont elles émanent, les squelettes se mettent à grandir jusqu'à déchirer leur enveloppe charnelle, des centaines de somnambules nus divaguent, la nuit venue, dans les rues de la ville, etc. Le troisième roman, Catacombes, est l'histoire d'une maison maudite, entièrement peuplée de statues un peu trop humaines et dont le dernier propriétaire a été désossé vif.
     La nuit du venin — Docteur squelette — Catacombes — L'évadé — L'autoroute — Les enfants de Protée — Le piège à chance
     3 roamns et 4 nouvelles en 1 volume

    Sommaire    
1 - François ANGELIER, Brussolo, l'anthropophane, pages 13 à 32, Préface
2 - La Nuit du venin, pages 35 à 180, Roman
3 - Docteur Squelette, pages 183 à 328, Roman
4 - Catacombes, pages 331 à 473, Roman
5 - Serge BRUSSOLO & Jean-Jacques DUL, L'Évadé, pages 477 à 487
6 - Serge BRUSSOLO & Jean-Jacques DUL, L'Autoroute, pages 491 à 517
7 - Les Enfants de Protée, pages 521 à 530
8 - Le Piège à chance, pages 533 à 554
9 - Alain SPRAUEL, Bibliographie de Serge Brussolo, pages 555 à 597, Bibliographie
 
    Critiques    
     Cécile arrive sur une île afin d'y enquêter pour le compte d'une maison de disques. Elle est à la recherche d'enregistrements qu'une cantatrice décédée avait longtemps auparavant décidé de ne pas commercialiser, lorsqu'elle s'est aperçue qu'elle vieillissait. Une enquêtrice, Frane, avait déjà été envoyée, mais elle est morte brûlée vive sous une coulée de goudron en fusion, en tentant de s'injecter de l'encre sous la peau. Comme Frane était de plus un modèle pour Cécile, et le lui faisait sentir en permanence, la jeune femme met un point d'honneur à réussir là où sa devancière a échoué.
     Arrivée sur place, elle déchante rapidement : coincée entre Gove, le majordome au visage toujours poudré, et Amietta, la bonne à tout faire légèrement demeurée, flanquée de son tamanoir, l'ambiance est morbide à souhait. Peu à peu, Cécile apprend le secret de la terrible malédiction de la cantatrice, sort qui s'est étendu à tout son entourage. Gove est le seul rescapé de ce passé, et son aide sera précieuse pour Cécile qui se laisse envoûter.
     Est-ce parce que Brussolo décrit un monde en noir et blanc ? Toujours est-il que ce roman semble moins propice aux logorrhées déliquescentes dont cet auteur est coutumier. Certes, ses visions tordues sont bien présentes (et à ce titre, la scène d'ouverture, relatant la mort de Frane, est l'un des moments les plus durs du livre, ce qui peut en rebuter plus d'un), mais l'atmosphère qui se dégage de ce roman est froide, voire glaciale. Il y a bien pourriture de la chair, mais pourriture discrète, cachée sous des draps... Evidemment, les détracteurs de Brussolo pourront toujours objecter que le déferlement des scènes glauques peut, si l'on n'est pas gagné par le climat du roman, déclencher des crises d'hilarité par leur outrance. Il n'en demeure pas moins que ce roman est admirablement maîtrisé. Et que l'on sent une véritable sincérité dans le propos de l'auteur, loin de l'auto-caricature qu'il allait nous proposer quelques années plus tard (ce roman date de 1987).

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/7/2001 nooSFere


     La Bibliothèque du fantastique, que dirige François Ducos a choisi de donner à lire, en présentant des sortes de « best of », des auteurs ou des œuvres qui n'ont pas, précédemment, touché tout le lectorat qu'elles méritaient. Ce fut le cas pour Christine Renard ou André Ruellan. Avec ce choix de textes, c'est en effet tout un aspect mal connu de l'imaginaire brussolien qui nous est proposé. Bien que les trois romans, La nuit du venin, Docteur Squelette et Catacombes aient été publiés dans la collection Fleuve Noir Anticipation en 1986-1987, ce sont des textes qui n'ont rien à voir avec la science-fiction. Quant aux trois nouvelles qui complètent le recueil, ce sont des textes des débuts de Brussolo, où déjà pointe son refus d'être enfermé dans un genre.
     Comme Stephen King, Brussolo ne craint pas de traiter des thèmes rebattus par la tradition gothique ou fantastique. C'est le cas ici pour les trois romans, qui se situent dans des lieux clos — l'île pour la Nuit du venin, un village pour Docteur Squelette, une maison hantée pour Catacombes. Dans les trois cas, c'est, comme chez Sade, une jeune femme qui est l'héroïne/ victime. Mais ce ne sont pas des héroïnes passives, comme la Justine de Sade. Elles sont même trop curieuses, et les forces qu'elles ont fini par éveiller ne les laisseront plus jamais tranquilles. Ces forces, ou ces choses, ce peut être une météorite contenant ce qui est peut être un cercueil venu de l'espace — et d'où émigrent d'étranges théories d'animalcules intelligents et goudronneux, qui semblent chasser en meute, dans La nuit du Venin. Brussolo exploite de manière différente ici un thème qu'il avait amorcé dans Les semeurs d'abîmes (1983). Ce cadavre maudit, on le retrouve dans le village de San Carmino (Docteur Squelette) avec des effets comparables en intensité d'horreur : somnambules, foules en délire, dépeçage, mises à mort etc. Dans Catacombes, comme dans Shining, c'est le thème de la maison maudite. Ici par sa topologie, elle renvoie à Le moine, ce chef d'œuvre gothique. La maison est bâtie sur un ossuaire, temple souterrain d'anciens cultes, qui ont été plus ou moins ranimés par un vieillard aujourd'hui déchiqueté par les fauves du zoo qui jouxte la maison. Un sculpteur et une masseuse y vivent, plus ou moins frère et sœur, plus ou moins amants. Des légendes macabres courent, que se plaît à entretenir le concierge, Tienko. Une femme répond à une annonce pour servir de modèle. Elle va nous confronter à des horreurs subtilement proposées.
     Brussolo ne se contente évidemment pas d'enfiler des scènes d'horreur, et nous avons très peu de sanguinolence. Toute l'horreur est amenée par petites touches, par des images, par des mises en condition du lecteur, et qui passent par des métaphores, des comparaisons, qui a priori n'ont rien à voir avec le sujet. La phrase qui débute La nuit du venin présente une barque sur un lac. Mais cette barque « déchire les vagues avec une obstination soyeuse de scalpel lancé en une trajectoire d'éventration parfaite ». Tout est posé, rien n'est dit, une atmosphère d'attente horrifiée est créée. Le début de Catacombes présente une maison, et pendant une page entière cette maison est décrite comme « d'extrême mauvais goût » et comme un objet monstrueux. Au point qu'on répugne presque, comme l'héroïne, à avancer sur les dalles qui y conduisent. On le fait pourtant, avec une fascination où se mêlent angoisse et délices.
     Ajoutons que la bibliographie est composée par Alain Sprauel, et qu'elle est quasiment exhaustive. La préface, lyrique mais juste, a été confiée à François Angelier, qui anime l'émission culte Mauvais genres sur France Culture. Un recueil à acheter d'urgence et à lire avec une gourmandise secrète.

Roger BOZZETTO
Première parution : 1/10/1999 dans Ténèbres 8
Mise en ligne le : 3/11/2003


 
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