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Le Styx coule à l'envers

Dan SIMMONS


Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE
Illustration de Guillaume SOREL

DENOËL (Paris, France), coll. Présence du futur n° 622
Dépôt légal : mars 2000
368 pages, catégorie / prix : 3
ISBN : 2-207-25089-X
Format : 11 x 18 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Dan Simmons est l'auteur de L'Echiquier du mal et du monumental cycle d'Hypérion, Endymion, véritables best-sellers. D'autres livres -plus intimes-, comme L'Homme nu ou Les Larmes d'Icare, ont parachevé son image d'écrivain contemporain incontournable.

     Une virée dans un Viet-nâm reconstitué où de riches touristes jouent à la guerre. L'Enfer tel que l'a imaginé Dante débarque sur Terre, mais juste pour les télévangélistes et leurs ouailles. Le cancer reste une énigme pour la science. Enfin... plus quand on sait à qui profitent vraiment les métastases.
     Voici quelques-uns des douze voyages au bout de l'Enfer auquel vous convie Dan Simmons — quelques pièces maîtresses posées sur l'échiquier de sa création.

(Préface de Harlan Ellison)

    Sommaire    
1 - Harlan ELLISON, Préface, pages 9 à 20, Préface, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
2 - Le Styx coule à l'envers (The River Styx Runs Upstream), pages 21 à 40, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
3 - Vanni Fucci est bien vivant et il vit en Enfer (Vanni Fucci is Alive and Well and Living in 'Hell'), pages 41 à 60, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
4 - Passeport pour Vietnamland (E-Ticket to 'Namland), pages 61 à 87, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
5 - Deux minutes quarantes-cinq secondes (Two Minutes Forty-Five Seconds), pages 89 à 99, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
6 - Métastases (Metastasis), pages 101 à 128, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
7 - Douce nuit, sainte nuit (Vexed to Nightmare by a Rocking Cradle), pages 129 à 140, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
8 - Mémoires privé de la pandémie des stigmates de Hoffer (My Private Memoirs of the Hoffer Stigmata Pandemic), pages 141 à 157, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
9 - Les Fosses d'Iverson (Iverson's Pits), pages 159 à 212, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
10 - Le Conseiller (The Counselor), pages 213 à 247, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
11 - Photo de classe (This Year's Class Picture), pages 249 à 275, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
12 - Mes Copsa Mica (My Copsa Mica), pages 277 à 305, trad. Jean-Daniel BRÈQUE
13 - A la recherche de Kelly Dahl (Looking for Kelly Dahl), pages 307 à 360, trad. Jean-Daniel BRÈQUE

    Prix obtenus    
Bram Stoker, recueil, 1992
Prix obtenus par des textes au sommaire :
Photo de classe : Bram Stoker, nouvelle / Short story, 1993, Theodore Sturgeon, [sans catégorie], 1993, World Fantasy, nouvelle / Short story, 1993

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Monsters ( episode : The Offering ) , 1990, Ernest Farino (d'après le texte : Métastases), (Episode Série TV)
 
    Critiques    
     Dan Simmons a l'art d'exciter la curiosité dès les premières lignes. Pourtant, dans ce recueil, ce n'est pas cela qui d'entrée de jeu saisit le plus le lecteur, mais une préface passionnante signée Harlan Ellison – valant à elle seule le détour.

     Dans Le Styx coule à l'envers, le premier texte publié de Simmons, une mère décédée est ramenée sans âme à la vie, car son époux ne peut se résoudre à l'oublier. L'histoire est racontée du point de vue d'un enfant. Si elle n'est peut-être pas aussi forte que l'introduction d'Ellison le laisse présager, elle n'en demeure pas moins d'une profondeur complexe, génératrice de réflexion autant que d'agréables frissons.

     Vanni Fucci est bien vivant et il vit en Enfer est bâti sur une idée intéressante (l'intervention physique d'un mort dans l'émission d'un télévangéliste), mais le résultat méduse par une conclusion qui ne conclut pas grand chose.

     Passeport pour Vietnamland... Encore une histoire sur le Viêt-nam. Mais c'est du Simmons, alors ça devrait être bon ? Une partie du pays a été transformé en parc d'attractions, où l'on peut visiter les lieux d'anciens carnages. Malheureusement, on ressort de ce trop long texte non seulement sans vraiment en avoir saisi le but, mais également sans y trouver beaucoup d'éléments SF ou fantastiques. Certes, cela n'en fait pas un mauvais récit pour autant, mais l'on pourra regretter un manque de rigueur dans le traitement qui fait qu'il est souvent difficile (voire impossible) de considérer les actes des personnages comme crédibles ou logiques.

     Deux minutes quarante-cinq secondes est un texte trop court pour qu'on le résume sans trop en dire. Malheureusement, on n'y perçoit clairement ni les motivations du personnage, ni les intentions de l'auteur.

     Attention, chef-d'oeuvre ! Avec Métastases, Simmons s'attaque au cancer, et là on ne plaisante plus ! Le lecteur retrouve la verve piquante de l'auteur d'Hypérion et son ingéniosité unique. Ce récit est sans conteste le meilleur du recueil. A savourer... mais de préférence, pas au moment du repas : vous risqueriez d'en perdre l'appétit.

     Douce nuit, sainte nuit , l'histoire d'un télévangéliste dans un décor post-apocalyptique, est un texte court, étrange et dérangeant.

     Avec Mémoires privés de la pandémie des stigmates de Hoffer, Simmons poursuit sa lutte contre les télévangélistes avec une nouvelle bien plus puissante que Vanni Fucci. Le texte en lui-même est peut-être moins intéressant que le susnommé, mais l'horreur de sa fin, qu'on ne voit venir qu'à la dernière minute, fait qu'on ne l'oubliera pas de sitôt.

     Les Fosses d'Iverson est une histoire intéressante, bien que beaucoup trop longue, sur la Guerre de Sécession. Ou plutôt, Simmons y donne une interprétation toute personnelle des conséquences d'un désastre historique bien réel. Frissons garantis.

     Le Conseiller s'attaque aux parents abusifs : prenant, parfois cruel, mais très rondement mené. Par contre, comme dans Vietnamland et peut-être davantage, aucune trace de SF ni de fantastique. De l'horreur, oui, à la rigueur, mais une horreur basée sur des événements et des actes « réels » (à ne pas confondre avec « vrais »). Néanmoins, l'un des meilleurs textes du recueil.

     Photo de classe est une variation sur le thème des zombies. Le traitement est intéressant sans être franchement original et, bien qu'elle ne soit guère crédible, la chute a le mérite de faire sourire.

     Mes Copsa Mica tient plus de l'étude que de la fiction, décrivant le processus créatif par lequel l'auteur vint à concevoir un récit — celui-ci, en l'occurrence. Malgré l'avertissement dans l'introduction, c'est un peu déroutant — voire frustrant — car le texte foisonne d'idées qui restent là, sur le papier, à narguer le lecteur sans pour autant être développées. La structure est également déconcertante, avec des aller-retour confus entre différentes époques. Et le lien est parfois difficile à établir entre les séquences.

     Empreint d'une poésie subtile et surprenante, A la recherche de Kelly Dahl
     est une histoire magnifique — qui accroche et intrigue dès les premières lignes. A mi-chemin entre un rêve dément et un séjour prolongé au Purgatoire, ce récit s'avère d'une tendresse déconcertante, concluant le recueil en beauté. A déguster.

     On ressort de la lecture de ce recueil avec un léger sentiment de frustration car, s'il contient sans aucun doute quelques pièces maîtresses, la plupart des textes sont somme toute assez décevants. Il n'en demeure pas moins que Simmons est un écrivain important (il l'a montré au moins avec Hypérion) qui est peut-être, tout simplement, plus à l'aise dans la peau du romancier que dans celle du nouvelliste.

Alexandre Stéphane GARCIA (lui écrire)
Première parution : 25/9/2001 nooSFere

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition DENOËL, Présences (1998)


     On le savait pour avoir lu Hyperion, L'échiquier du mal ou L'homme nu : Dan Simmons fait feu de tout bois. Chez lui, les genres sont flexibles et excitent tous avec autant de bonheur et de réussite son imagination. Le Styx coule à l'envers en est une illustration remarquable, concentrée en douze récits disparates dédiés sans préférence à la science-fiction, au fantastique, à l'horreur high tech, au thriller psychologique ou encore à la chronique.
     Ce second recueil de nouvelles disponible en français, après la réédition au Livre de Poche des cinq novellas de L'amour, la mort, est une bénédiction. Pas seulement pour la valeur des fictions regroupées ici dans un ordre quasi chronologique — de 1982 à 1995. Mais aussi pour le travail d'édition entrepris par Jacques Chambon, qui fait d'ores et déjà de ce livre un ouvrage rare, sans équivalent anglo-saxon. Pour le même prix, on a droit à une préface de Harlan Ellison et surtout aux commentaires de l'auteur lui-même qui accompagnent chacun de ses textes ! Ce qui nous fait regretter l'absence d'une sorte d'Anatomie de l'imaginaire signée Simmons, tant ses remarques sur sa production et, plus largement sur les rapports qu'entretient la création spéculative ou fantastique avec le réel sont stimulantes.
     «Je croyais avoir atteint le pire. Je me trompais. Le pire est arrivé à la page suivante. » Le lecteur du Styx coule à l'envers peut reprendre à son compte cette phrase lâchée par le narrateur dans Mes Copsa Mica, l'étonnant essai aux allures de fiction dans lequel Simmons s'exprime (presque) sans fioritures. Au demeurant, le nouvelliste n'a pas vraiment besoin de monstres pour faire mouche et suggérer l'effroyable. N'oublions pas tout de même les vampires du cancer de Métastases, les créatures reptiliennes de Vanni Fucci est bien vivant et il vit en Enfer, les zombies de Photo de classe, la terre d'un charnier avide de chair fraîche dans Les fosses d'Iverson ou les transformations dégoûtantes de Mémoires privés de la pandémie des stigmates d'Hoffer. L'essentiel de la griffe Simmons est pourtant moins tapageur : il réside dans la faculté à rapprocher le familier et l'inconcevable sans recourir systématiquement au spectaculaire ; le malaise et l'inquiétude sont accrus précisément parce que cela se réalise presque sans heurts. Comme l'entrée en matière de la splendide nouvelle inaugurale Le Styx coule à l'envers : « J'aimais beaucoup ma mère. Après son enterrement, après que l'on eut descendu le cercueil, la famille rentra à la maison pour attendre son retour. » Nous voilà plongés d'emblée dans l'univers terriblement naturel d'une famille résurrectionniste. Les mots n'en disent pas trop : les phrases sont mesurées... l'effet est maximal ! Comme si le style de l'écrivain suscitait l'évidence alors même que la raison rejette l'indubitable qui fait scandale.
     La plupart des nouvelles déclinent par ailleurs le motif classique entre tous de la fatalité. Sur tous les modes, de la fatalité douce amère à la plus brutale : qu'elle prenne l'aspect d'un compte à rebours (Deux minutes quarante-cinq secondes), d'une fin du monde (la Grosse Gaffe dans Douce nuit, sainte nuit), d'un fléau médical (le cancer dans Métastases), d'un traumatisme tenace (celui de Disantis dans Passeport pour Vietnamland), d'un éternel recommencement (le retour des morts-vivants de Photo de classe), ou d'un jeu d'univers parallèles sans fin (A la recherche de Kelly Dabi). Autant de terribles variations sur la modernité soumise aux répétitions du mal, jamais à court d'idées !
     La bouffée d'air dans cette marqueterie de textes implacables vient des références et des clins d'œil imprévisibles, qui nous font voyager des Contes de la Crypte à Dante, de Jurassic Park à La Chanson de Roland, de Madame Bovary à La Guerre des Mondes. Lecteur et spectateur infatigables, Dan Simmons n'a pas perdu ses réflexes d'enseignant : il a la citation facile et défend la culture tous azimuts.
     Charon de cette fin de siècle, Simmons nous invite à franchir son Styx en lui réglant le tribut de la lecture. C'est peu cher payé pour une traversée qu'on n'est pas prêt d'oublier ! Quand on a goûté de cette eau-là, on en redemande. Sans conteste, avec son recueil, Simmons est en passe de dam(n)er le pion à tous les mordus de la nouvelle !

Guy ASTIC
Première parution : 1/1/1998
dans Ténèbres 1
Mise en ligne le : 12/10/2003




 

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