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Les Étoiles meurent aussi

Christophe LAMBERT



Illustration de Valérie GAUTIER

FLAMMARION (Paris, France), coll. Quark Noir n° (8)
Dépôt légal : février 2000
Première édition
268 pages, catégorie / prix : 69 FF
ISBN : 2-08-067941-4   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Quel rapport entre un attentat à la bombe dans une brasserie allemande, en 1974, revendiqué par la bande à Baader, et un labo de physique australien en 2002 ? Devinette insoluble. Meurtrière surtout, à en juger par les cadavres qui se multiplient autour de Mark Sidzik. Un indice, tout de même : dans un cas comme dans l'autre, il est question de « fusion contrôlée ». Vous savez : cette réaction qui a pour théâtre le coeur des étoiles, et que quelques chercheurs se sont mis en tête de reproduire sur terre...
     A la clé de ce rêve fou : l'énergie éternelle, pour toute la planète. De quoi déchaîner bien des convoitises et de sacrées embrouilles, non ?

     Christophe Lambert, né en 1969, est auteur de science-fiction et de polars pour la jeunesse, scénariste, et réalisateur de courts-métrages. Avec lui, c'est la génération de la Guerre des étoiles qui fait son entrée dans Quark noir...
 
    Critiques    
     Christophe Lambert (l'auteur, pas l'autre !) s'attaque à son tour au challenge Quark Noir : amener le héros, ancien astrophysicien devenu enquêteur pour le compte du World Ethics and Research, à oeuvrer pour un usage éthique de la science. Or, qui parle d'usage éthique de la science peut vouloir dire deux choses. Dans le sens le plus classique, utilisé par la majorité des auteurs ayant contribué à la série, il s'agit simplement d'empêcher toute utilisation des connaissances à des fins purement égoïstes, contraires aux intérêts de l'humanité — en d'autres termes, de ne pas laisser aux différents pouvoirs de ce monde (pouvoir politique, financier, commercial, etc.) la possibilité de détourner à leur seul profit les avancées de la science. Mais on voit aisément un autre sens possible : si la science peut faire saliver les puissants, elle peut aussi les menacer dans leur confort et leur statut, en permettant le développement de nouveaux modes de vie, de nouvelles technologies, nettement moins juteux... L'éthique commande donc de veiller également à ce que le progrès scientifique ne soit pas entravé par des considérations d'ordre politique et financier — de ne pas laisser les différents pouvoirs empêcher la recherche.

     C'est précisément à cet aspect de l'éthique que s'intéresse Christophe Lambert dans les Étoiles meurent aussi. De manière intéressante, il aborde ce sujet à travers le problème de la fusion nucléaire, qui a suscité, depuis les toutes premières approches, de nombreuses émotions contradictoires : l'espoir de trouver une énergie renouvelable et « propre » pour remplacer la fission et ses déchets, la déception devant la faible durée de contrôle de la réaction, les angoisses, d'abord, puis l'ironie goguenarde des lobbies pétroliers, etc. Surtout, comme le montrait déjà Michel Trépanier, dans l'Aventure de la Fusion nucléaire (1995), une superbe étude sur l'interaction entre politique et recherche scientifique au Canada, l'histoire de la fusion nucléaire manifeste clairement la redéfinition des rapports entre l'État, l'économie et la communauté des savants. Le tokamac de Varennes a coûté à lui seul plus de 48 millions de dollars... Fini le temps où le savant, comme aurait dit Kuhn, pouvait travailler uniquement dans sa bulle paradigmatique, sans se préoccuper des tribulations du monde extérieur ! Le scientifique d'aujourd'hui doit tour à tour endosser la tenue de l'entrepreneur, du représentant de commerce, du lobbyiste... bref, il doit vendre ses idées pour pouvoir les développer, ce qui le soumet à la fois à des exigences de résultats (qui voudrait donner de l'argent à perte ?) et à des intérêts économiques et politiques qu'il est souvent bien loin de maîtriser.

     L'intrigue du roman de Christophe Lambert se situe tout à fait dans la lignée du livre de Trépanier. Un institut de recherches, constitué de scientifiques venus de divers horizons, doit à tout prix obtenir un financement pour pouvoir poursuivre ses travaux. La Société Prométhée est candidate au mécénat, mais exige des garanties quant à la fiabilité du projet qu'elle se propose de soutenir. Et c'est notre ami Mark Sidzik qui va être chargé, via le WER, d'écrire le rapport décisif. Mais bien sûr, on s'en doute, l'affaire ne sera pas aussi simple, parce que tout le monde n'a peut-être pas envie, finalement, que l'équipe du Professeur Kotto parvienne à ses fins... Mark va donc se retrouver une fois de plus embarqué dans une effroyable conspiration, impliquant des lobbies, des groupes informels, des puissances économiques et politiques prêts à tout pour sauver leur billes. Une vision globalement assez sombre d'une science entravée, ralentie par ceux-là même qui devraient la soutenir, obligée de compter sur des initiatives individuelles (et sur pas mal de chance) pour se dépêtrer des embrouilles fomentées par les différents lobbies.

     Outre l'intérêt de l'intrigue, ce livre a l'avantage d'être écrit par un scénariste, auteur de polars et de science-fiction de surcroît, qui s'y entend à merveille pour manier le suspense et crisper peu à peu la situation, d'une petite affaire sans problème à une impression croissante de malaise, puis à une spirale infernale de violence et de mort. On y découvre un Mark Sidzik à la fois intransigeant et fragile, tout aussi incapable de renoncer à lutter pour ses principes que d'accepter de leur sacrifier tant de proches, tant d'amis, tant de rencontres de hasard. Bref, sans révolutionner la littérature du genre, les Étoiles meurent aussi est un excellent Quark noir, qui allie une intrigue haletante à un travail en profondeur sur la psychologie de son personnage. A conseiller aussi bien à ceux qui connaissent déjà le concept de la collection qu'à ceux qui voudraient le découvrir.

Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 15/7/2000 nooSFere


     Avec Les étoiles meurent aussi, Christophe Lambert signe la sixième aventure de Mark Sidzik, enquêteur pour le World Ethics and Research. Certes, la science-fiction ne fait pas officiellement partie du cahier des charges « Quark Noir  ». Mais l'énoncé même du concept (« Au cœur de chaque récit  : une avancée scientifique récente ou près de voir le jour, pour peu que nous nous projetions à deux ou trois années d'ici »), la présence d'une large majorité d'auteurs de SF parmi les papas (et maman) de Sidzik, ainsi que la nature des problèmes abordés dans les romans précédents (piratage informatique des Voies Automatiques, miroir à retournement temporel, stimulation cérébrale, alicaments), ne peuvent qu'inciter le lecteur de Galaxies à avoir l'œil sur cette série.
     Cette fois, la SF est quasi inexistante. Tout au plus, un laboratoire australien annonce qu'il est en passe de réaliser les conditions expérimentales de la fusion contrôlée (vieux rêve prométhéen de maîtriser l'énergie du soleil). Effet d'annonce ou véritable découverte  ? Ah oui, deux choses encore  : Cohn-Bendit se présente à l'élection présidentielle (l'action se passe en 2002) et, à un moment donné, Sidzik se rend au 34e étage de la tour Montparnasse pour demander de l'aide à un pote à lui, maquettiste à Science-Fiction Magazine. (Pas de chance... Comme le disait je ne sais plus quel politicien  : la prospective est un art difficile, surtout en ce qui concerne l'avenir  !)
     Reste un roman d'espionnage industriel de lecture agréable. Christophe Lambert s'est honnêtement documenté sur les problèmes scientifiques et politico-économiques liés à la fusion contrôlée et démontre son savoir-faire dans les courses-poursuites et les meurtres sanglants (ça le change de la littérature jeunesse  !). Le récit est émaillé de private jokes souvent savoureux, de références à la B.D. (entre autres, la présence d'un réseau écologiste appelé les Watchmen), de pointes d'humour. La Lambert's touch.
     Bref, on ne s'ennuie pas une seule seconde, mais on est dans l'esthétique du feuilleton télé standard  : ça ronronne et ça tourne un peu à vide. On était en droit d'attendre davantage d'une série au slogan très accrocheur (« La science kidnappe le polar  ») et d'un auteur au talent prometteur qui faisait ses vrais premiers pas dans la littérature adulte.

Denis GUIOT
Première parution : 1/3/2000 dans Galaxies 16
Mise en ligne le : 17/5/2001


 
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