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Le Gardien de l'ange

N. Lee WOOD

Titre original : Looking for the Mahdi, 1996
Science Fiction  - Traduction de Pierre-Paul DURASTANTI
Illustration de Sofiane TILIKETE
FLAMMARION, coll. Imagine n° (10), dépôt légal : février 2000
390 pages, catégorie / prix : 104 FF, ISBN : 2-08-067875-2

Couverture

    Quatrième de couverture    
     Je m'appelle Kahlili bint Munadi Soliman, mais vous pouvez abréger en Kay. Américaine d'origine arabe, j'ai couvert il y a dix ans une très sale guerre au Khuruchabja et je passe non seulement pour une envoyée spéciale hors pair mais pour une spécialiste du Moyen-Orient.
     C'est sans doute pour cela que les Services secrets ont songé à moi, alors que je me la coulais douce à souffler leur texte aux présentateurs de GBN, pour livrer au jeune roi pro-occidental du Khuruchabja un exemplaire du dernier cri de la technologie : John Halton, un « fabriqué », un androïde programmé pour être, en tant que garde du corps ou conseiller, d'une loyauté absolue envers son propriétaire.
     Une mission en apparence toute simple. Sauf que mes employeurs se sont bien gardés de tout me dire. Par exemple, que Halton et moi n'étions que les instruments jetables d'une vaste manipulation politico-religieuse. Et que Halton était plus humain que les apparences pouvaient le laisser croire...

     N. Lee Wood a exercé divers métiers avant d'aborder la science-fiction par la nouvelle, en collaborant aux magazines américains spécialisés. Elle réside actuellement en Angleterre, mais a longtemps vécu à Paris. Epouse de Norman Spinrad, elle tient à dire qu'elle écrit « toute seule, comme une grande ». Le gardien de l'ange, son premier roman, a été salué avec enthousiasme par la critique d'outre-Atlantique.

 
    Critiques    
     Le Gardien de l'ange est un roman d'anticipation situé dans un pays imaginaire, prétexte à une analyse fine de la situation actuelle du Moyen-Orient.

     S'il se présente comme un roman d'espionnage futuriste, le récit n'est pas assez rythmé pour que le suspense fonctionne à la manière d'un thriller efficace. L'intrigue policière autour d'une mystérieuse hyperpuce se lit sans déplaisir, mais elle n'emporte pas vraiment la conviction, et ce sont finalement les autres aspects de l'intrigue qui retiennent l'attention.

     L'analyse géopolitique constitue en effet le véritable intérêt de l'œuvre. Wood connaît manifestement bien son sujet et elle a conscience de sa complexité, ce qui lui évite de sombrer dans une vision trop simpliste d'une situation où où les victimes sont plus nombreuses que les coupables .
     Très peu de temps après la Guerre du Golfe — le roman date de 1996 —, elle jette ainsi un regard particulièrement lucide sur la politique mondiale de l'Amérique et sur ses effets pervers, mais elle n'oublie pas pour autant les responsabilités internes de chaque pays. Elle s'autorise même une critique assez rude du fanatisme islamique : « Une moitié de la population, obsédée par son devoir islamique, se vouait à réprimer le moindre plaisir, à éliminer la moindre couleur, le moindre goût de l'existence, et l'autre moitié ne rêvait que de prendre la fuite. » (p.133)
     On regrette en revanche qu'elle ne soit pas plus critique vis-à-vis du journalisme, montré sous un jour uniquement positif, malgré ce qui peut sembler une gentille satire des journaux télévisés.

     Le troisième aspect du roman est la description des relations entre les deux personnages principaux, un classique couple mal assorti qui se révèle assez touchant.
     Kay est une journaliste qui souffre à la fois de sa laideur et de ses origines arabes. Ecoeurée par la guerre et ses atrocités, elle n'aspire plus qu'au calme, mais les circonstances l'obligent à repartir en première ligne. Si elle doit se travestir en homme pour cette mission, il s'agit d'un personnage assez entier auquel l'auteur ne cherche pas réellement à donner une ambiguïté.
     John est pour sa part un androïde, ou plutôt une biomachine perfectionnée, mais aussi une arme coûteuse. Si ses capacités à ressentir des émotions peuvent sembler amoindries, la question de l'humanité de cette machine est bien sûr l'un des thèmes du roman, mais là encore, l'auteur ne pousse pas très loin la réflexion.

     En résumé, Le gardien de l'ange aborde plusieurs thèmes intéressants, mais de façon un peu trop superficielle. L'aspect science-fictif n'étant guère développé, il s'adresse en priorité aux lecteurs intéressés par la géopolitique du monde actuel.

Pascal PATOZ (lui écrire)
nooSFere


     Voir un auteur talentueux enfin traduit en français est toujours agréable. Mais là, ça dépasse toutes mes espérances  ; pour un premier roman, Le Gardien de l'ange est une petite bombe  : intelligent, drôle, palpitant...
     N. Lee Wood prend bien soin de préciser que le Khuruchabja, où se déroule l'action, « est un pays imaginaire  », car son livre est très politique. Il s'agit en tout cas d'un pays du Moyen-Orient qui a connu une guerre terrible et dont les dirigeants successifs ne pensent qu'à leur intérêt personnel. Le personnage principal, Kay, est une journaliste qui a été correspondante pendant les années de guerre au Khuruchabja en se faisant passer pour un homme. Elle s'est promis d'oublier les atrocités et de ne plus jamais remettre les pieds dans ce pays. Depuis, elle se contente de réaliser dans l'ombre des reportages et de les souffler dans l'oreillette des présentateurs. Mais elle se voit confier par les services secrets une mission apparemment facile  : il s'agit de reprendre son identité masculine pour escorter un « fabriqué  », androïde ultra-perfectionné, qui doit servir de garde du corps au nouveau roi du Khuruchabja.
     À partir de là, N. Lee Wood échafaude un récit très cohérent, avec une fine analyse de la situation au Moyen-Orient, qui n'est pas ici un simple décor mis à la sauce SF. S'ajoutent à cela des personnages intéressants avec des relations complexes  : Kay et ses deux facettes masculine/féminine éprouve un mélange d'attirance, de fascination et de dégoût pour John, le fabriqué en quête de son identité. À partir d'un thème traditionnel de la SF, l'auteur parvient à créer son propre style. Les machinations politiques et l'action sont aussi au rendez-vous.
     Avec ce roman, on découvre surtout un ton nouveau, un humour mordant et un réalisme politique qui se mêle à la science-fiction. Le Gardien de l'ange est l'un des romans à ne pas manquer de cette année.

Marie-Laure VAUGE
Première parution : 1/3/2000
dans Galaxies 16
Mise en ligne le : 1/8/2001


     Futur proche. La narratrice de ce roman, Kahlili bint Munadi Soliman, américaine d'origine arabe, est une journaliste spécialiste du Moyen-Orient, qui eut son heure de gloire lors de la guerre du Khuruchabja. Kay dicte à présent le texte des potiches qui apparaissent aux informations télévisées. Bien que se sachant moche, elle n'apprécie pas le contact ni la compagnie du séduisant John Halton qui lui est pourtant tout dévoué. Et pour cause : John Halton est un fabriqué ; son ADN a été recombiné par le génie génétique. Plus performant, plus puissant, il n'est qu'un androïde de la série John Halton, obéissant servilement à son propriétaire.

     Les services secrets demandent à Kay de livrer Halton au jeune dirigeant du Khuruchabja qui a besoin d'un garde du corps pour se préserver de ses opposants. La journaliste ignore cependant que tous deux sont les instruments d'un complot politico-religieux particulièrement machiavélique.

     L'intrigue, complexe, fait intervenir de multiples personnages qui, comme dans tous les récits d'espionnage, jouent double voire triple jeu. Nathalie Lee Wood se sort admirablement bien des pièges de cet exercice : elle connaît son sujet sur le bout des doigts et ne craint pas d'exposer ses virulents partis pris politiques. L'avenir qu'elle campe n'est pas joyeux. Mais l'analyse qu'elle en fait est intelligente sans jamais se départir d'une causticité et d'un humour décapants.

     Car l'intelligence du propos ne le cède en rien à la qualité de l'écriture. Le ton est alerte, vivant. Wood a de l'esprit et du style, un sens de la narration achevé. La psychologie de son personnage est riche et fouillée, son évolution finement maîtrisée. Autant dire que pour un premier roman, c'est un coup de maître. Nathalie Lee Wood a d'emblée un ton bien à elle. Son roman dégage une énergie surprenante, même s'il cède parfois au pessimisme devant tant de problèmes imbriqués. On sera plus réservé sur le final, happy end politique peu crédible, auquel on préférera la conclusion ultime concernant le destin du couple Kay/Halton : sensible et romantique, sa dimension humaine ne laisse pas indifférent.

     Précisons, pour l'anecdote, que Nathalie Lee Wood, qu'on a pu rencontrer du temps de son séjour en France, avant qu'elle ne s'établisse en Angleterre, ne dédaigne pas non plus les clins d'oeil, à l'adresse de Roland C. Wagner par exemple, puisque le souverain du Khuruchabja arbore un « tee shirt décoré d'une photo du chanteur du groupe de rock français bien connu Brain Damage, un type à l'air passablement dérangé ».

Claude ECKEN (lui écrire)
Première parution : 1/7/2000
dans Bifrost 19
Mise en ligne le : 3/10/2003


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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