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Arago

Laurent GENEFORT

Science Fiction  - Illustration de Enki BILAL
FLEUVE NOIR / FLEUVE Éditions, coll. Anticipation n° 1922, dépôt légal : septembre 1993
256 pages, catégorie / prix : nd, ISBN : 2-265-00004-3

Sous-collection Space.
Couverture

    Quatrième de couverture    
Les machines Yuweh, véritables poumons de la planète, étaient à l'agonie et seuls les hommes du Grand-Espérance pouvaient espérer intervenir à temps. Mais sur les rives du fleuve Ereb, le cuirassé lourdement armé suscitait bien des convoitises... Pendant ce temps, par la voie des airs, une autre expédition se rapprochait du même point en affrontant d'autres périls. Avec cette fois, pour enjeu, la vie d'une femme confinée depuis cinq siècles dans un caisson cryogénique.


    Prix obtenus    

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
Association Infini : Infini (3 - liste francophone) (liste parue en 1998)
 
    Critiques    
     Le « Grand Prix de l'Imaginaire » qui vient couronner ce livre excusera, je l'espère, mon retour tardif sur l'ouvrage (qui à ma connaissance est passé au travers des mailles du Chalutier Jaune). Arago est une planète à la tectonique remarquable, divisée qu'elle est par la Gueule Béante, sorte de faille monstrueuse qui ne laisse que deviner un fond voilé par des nuages, à des kilomètres de profondeur, et la vallée de l'Ereb, fleuve gigantesque séparé de Gueule Béante par une chaîne de montagnes, et qui arrose une bonne partie des nations du monde connu.

     Deux expéditions sont lancées simultanément vers les marécages de l'Averne, qui abritent un ancien astroport et les usines atmosphériques qui fournissent les humains en air respirable. L'une parcourt la Gueule Béante en prenant passage sur les îles-des-vents, véritables villes volantes, et l'autre emploie le Grand-Espérance, premier vaisseau fluvial à propulsion nucléaire. Elles vont se heurter aux multiples chefs de guerre placés sur leur chemin, et découvrir la futilité de leurs buts apparents...

     Genefort a le grand mérite de créer un monde fascinant, avec son histoire et sa géopolitique (quelque peu empruntée quand il introduit des rapports raciaux décalqués de ceux de la bonne vieille Terre, mais passons). La logique de sa création semble souvent visuelle, comme c'est le cas chez Bordage. Passons sur les invraisemblances, comme cette image d'un train de roulottes à vapeur parcourant la jungle, imperméable à tous les obstacles ; Genefort a sur Bordage la supériorité d'une imagination beaucoup plus féconde, beaucoup moins liée à des clichés éculés. Disons que si Bordage a une vision post-moyenâgeuse de l'univers, Genefort a progressé jusqu'à l'âge victorien, et semble fasciné par les chaudières et les tubulures.

     Cela ne l'empêche pas d'être référentiel en diable, dans le nom de ses pays ou de ses personnages. Quand on voit arriver un dénommé Fitzcarraldo aux commandes d'un vaisseau qui remonte l'Ereb, on se doute qu'aux premiers rapides il le fera démonter, et porter pièce par pièce par les indigènes recrutés sur place... sans souci de la totale impossibilité de pratiquer une telle opération sur un réacteur nucléaire !

     L'écriture de Genefort est plus faible, avec beaucoup de phrases convenues, des « cuirs » retentissants — il croit apparemment que « se mettre en torche » s'applique à un parachutiste enflammé par l'ennemi, ou qu'une « ligne brisée » présente des lacunes — et des néologismes transparents — par exemple ceux qu'il obtient par aphérèse, comme arcasse, squif ou iscopalien...

     On aurait toutefois mauvais goût à faire procès à Genefort de ses tics d'écriture, qu'il hérite en bonne partie de son modèle. Genefort marque à mon sens un phénomène nouveau dans la SF française : la fin de Serge Brussolo en tant qu'exceptionnelle singularité, et le début de sa vie de chef d'école (involontaire sans aucun doute). Gilles Dumay a eu raison de souligner (dans YS#112) la dette que Genefort doit à Brussolo au niveau des motifs. Elle est encore plus flagrante à celui de l'écriture : Genefort se lance constamment dans des « fugues brussoliennes », ces passages en-dehors du temps du récit souvent introduits comme des récits mythiques. « On dit que », « les vieux racontent que », pour un passé imprécis et répété (à l'imparfait) ou au contraire « on s'imagine que » pour un avenir hypothétique (au conditionnel). Suivent des images fantasmatiques, parfois horrifiques. Mais là où Brussolo se plonge dans des pages entières de flashes-back, forward, ou aside, Genefort se bride spontanément au bout d'un ou deux paragraphes. Il n'en reste parfois que des exagérations manifestes comme cette « description » p. 239 : « [Pendrek] renonça à le retourner. La chaleur avait dû faire couler son visage comme de la cire. » J'ai rarement vu la viande fondre littéralement à la cuisson...

     C'est la brièveté de ses digressions qui permet à Genefort de livrer un roman de SF structuré de façon « normale », là où Brussolo crache des délires (parfois admirables, parfois laborieux). Un défaut sur ce plan, malheureusement : l'incroyable multiplicité des personnages ne leur permet pas de prendre corps individuellement, et les sauts perpétuels de point de vue ôtent tout espoir dans cette direction. Beaucoup finissent par mourir dans des péripéties oiseuses, et dans le plus total manque d'intérêt du lecteur. Certes, Arago dépasse la longueur habituelle d'un Fleuve Noir (par son nombre de pages, et ses caractères de corps réduit), mais c'est très loin de suffire à la longueur requise par l'abondance de la distribution. Si les personnages sont dotés d'une histoire personnelle, et de quelques touches de caractère, ils ne prennent jamais vraiment vie pour moi, et leurs motivations restent souvent obscures. Gageons que Genefort saura corriger ce défaut si on lui en laisse le temps (et je rejoins là les conclusions générales de Gilles Dumay).

     Un membre du Jury du « Prix de l'Imaginaire » m'a laissé entendre qu'il fallait voir là un « prix d'encouragement ». Je ne me plaindrai certes pas de voir une nouvelle génération d'auteurs français entreprendre des œuvres ambitieuses dans le créneau d'une SF à fort potentiel commercial, mais je me demande au vu des palmarès récents si ce ne sont pas plutôt les éditeurs qui s'encouragent à tour de rôle. Espérons que les auteurs sauront suivre leur voie dans la jungle de la publication...

Pascal J. THOMAS (lui écrire)
Première parution : 1/1/1995
Yellow Submarine 113
Mise en ligne le : 10/3/2004


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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