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La Variété Andromède

Michael CRICHTON

Titre original : The Andromeda Strain, 1969

Traduction de Gérald MESSADIÉ
Illustration de F. WHITNEY

POCKET (Paris, France), coll. Thriller n° 4193
Dépôt légal : septembre 1994
288 pages, catégorie / prix : 4
ISBN : 2-266-06166-6   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Observée à la jumelle, la petite bourgade de Piedmont paraît endormie dans le désert de l'Arizona. Au-dessus d'elle, les vautours décrivent des cercles inquiétants.
     Si l'on se rapproche, on s'aperçoit que tous ses habitants, hormis un vieux clochard et un bébé, sont morts instantanément, frappés d'un mal inconnu, comme s'ils étaient tombés en marchant.
     Les quatre savants dépêchés sur les lieux savent que ce désastre a été provoqué par la chute accidentelle de l'un des tout premiers vaisseaux spatiaux américains. Quelle « chose » venue du cosmos, quel organisme ou bactérie mystérieux le satellite a-t-il ramené sur terre ? Une course contre la montre s'engage contre cette « variété Andromède », mutante capable de ravager la planète.

    Adaptations (cinéma, télévision, BD, théâtre, radio, jeu vidéo, ....)    
Le Mystère Andromède , 1973, Robert Wise
Andromeda Strain (The) , 2008, Mikael Salomon (Mini Série TV)
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition Robert LAFFONT, Best-sellers (1971)


     La variété Andromède est un roman scientifique, comme il y a des romans médicaux. C'est-à-dire que l'intrigue, que l'itinéraire, que l'énigme à résoudre sont des données qui, toutes, s'inscrivent dans le cadre d'une recherche particulière, menée par un groupe de savants qui se sont donné pour seul but de mener à bien cette recherche.
     C'est dire que le roman de Michael Crichton ne s'égare à aucun moment dans l'aventure, dans l'épique, pas plus que dans le sentimental ou simplement le psychologique. Les données du problème à résoudre sont posées dès les premières pages :
     Un satellite — Scoop — (capsule destinée à analyser la haute atmosphère) est dévié et arraché de son orbite, et tombe à Piedmont, petit village de l'Arizona dont la population se monte à 48 habitants. Quelques heures après la chute, tous les habitants de Piedmont (à l'exception d'un vieillard et d'un bébé de, deux mois) sont morts, soit que leur décès ait été instantané, soit qu'ils se fussent tués après être devenus fous. La conclusion s'impose d'elle-même : la capsule a ramené de la haute atmosphère des organismes extrêmement virulents, qu'il s'agit de détecter, d'isoler, de comprendre et de détruire avant que la contagion s'étende sur tout le territoire des Etats-Unis, sur le monde entier peut-être.
     Tel est le début d'un récit linéaire, qui décrit la lutte de quatre hommes enfermés dans une base secrète avec des échantillons de virus, et dont le combat est à la fois personnel (la base doit s'auto-détruire atomiquement si la contagion s'y développe) et, universel. En fait, et comme l'avance l'auteur dans une préface intitulée « sources » ce combat est aussi l'historique d'un état de crise, la première crise « biologique » que l'humanité ait eu à affronter, par les personnes interposées de quatre hommes qui ne sont que des soldats d'avant-garde, bien armés mais mal entraînés.
     « Comme dans la plupart des crises, les événements se rapportant à la Variété d'Andromède furent un mélange de lucidité et d'inconséquences, d'innocence et d'ignorance. Presque tous ceux qui y furent mêlés témoignèrent parfois d'une grande intelligence et parfois d'une inconcevable stupidité. (... ) Toutefois, je crois important de relater cette histoire. Les Etats-Unis entretiennent le plus vaste appareil scientifique de l'histoire de l'humanité. On y fait constamment des découvertes et certaines d'entre elles ont de profondes répercussions politiques et sociales. Nous pouvons nous attendre à d'autres crises du schéma d'Andromède dans un proche avenir... » (p. 11).
     On aura donc compris que le propos de Crichton est de ne nous épargner aucun détail des rebondissements d'une crise dont le récit, justement, n'est passionnant que par les détails qui la composent à la manière des pièces d'un puzzle. L'auteur ajoute d'ailleurs dans ses « sources » : Ceci est un récit assez technique, axé sur des problèmes scientifiques complexes. Chaque fois que cela a été possible, j'ai expliqué ceux-ci et leurs techniques. J'ai résisté à la tentation de simplifier questions et solutions et je demande l'indulgence du lecteur s'il lui arrive de se heurter à un passage aride du fait de sa technicité (p. 12).
     Emaillant le récit proprement dit, et en faisant d'autre, part intimement, structuralement partie, nous sont présentés des schémas (qu'on pourra « voir » plutôt que « lire ») issus tout droit des entrailles des ordinateurs au travail : impressions de comptage par l'œil photoélectrique d'un milieu de croissance bactérienne, tableau des acides aminés d'un corps, gabarits d'infection sur un profil humain, etc., qui, pour autant qu'on puisse en juger, sont parfaitement possibles, vraisemblables. L'auteur a pris soin aussi, pour accentuer l'impression de réalité, de faire état des hypothèques scientifiques les plus récentes concernant les recherches et les théories sur les organismes extra-terrestres.
     « Peut-être que la forme de vie la plus intelligente sur une planète éloignée n'était pas plus grande qu'une puce. Ou qu'une bactérie. Dans ce cas. le projet Wildfire serait chargé de détruire une forme de vie très évoluée, sans jamais qu'on s'en rendit compte.
     Cette idée n'était pas particulière à Loavitt, Merton l'avait avancée, à Harvard, et Chalmers, à Oxford. Chalmers, qui possédait un sens aigu de l'humour, s'était servi comme exemple d'un homme qui, observant une culture au microscope, verrait les bactéries former les mots : « Conduisez-nous à votre chef » (p. 144).
     Le discours est constamment strié de spéculations savantes, les vecteurs de recherche sont soigneusement délimités, et il n'est pas jusqu'à l'appareillage technique qui ne soit minutieusement décrit. On pourrait croire que cette technicité rend la lecture fastidieuse. Il n'en est rien, et La variété Andromède se lit au contraire d'une traite, par la grâce d'un suspense jamais démenti, jusqu'aux dernières lignes. C'est en vérité l'œil rivé au microscope électronique, l'oreille à l'écoute des sirènes d'alarme annonçant la contagion d'un niveau,. le cerveau à l'affût des données fournies par les ordinateurs, que le lecteur s'accroche au livre, tout entier « projeté » , sur les personnages des chercheurs.
     Cela m'amène à parler de la structure même du roman, qui se présente comme un dossier de la crise, recueilli et compilé par quelqu'un qui n'y fut pas directement mêlé, mais qui a eu accès aux documents les plus secrets (« La loi punit d'amendes et d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 20 ans et 20000 dollars sa lecture (du dossier) par des personnes non qualifiées »), et qui a pu approcher et interviewer les principaux acteurs du drame. Cet aspect « reportage » (méthode d'élaboration des livres de la collection Laffont « Ce jour-là », apportée à un récit de fiction) enlève à la facture du livre le côté un peu arbitrairement « collage » qu'il aurait pu présenter dans ses composantes, et supprime du même coup les sempiternelles questions au sujet de l'ubiquité du rapporteur, qu'on est en droit de se poser à la lecture de tout livre qui n'est pas écrit à la première personne : « Mais qui est-ce qui raconte ? Mais comment a-t-il vu ça ? » etc. Ici, point d'écrivain-Dieu, mais seulement un compilateur attentif.
     Le dernier point sur lequel je voudrais attirer l'attention, c'est l'aspect double (binaire — puisque nous sommes au sein d'un monde, régi par l'électronique) du combat mené par les savants de la base de Wildfire, qui ont en effet à lutter, et contre le virus tombé de l'espace, et contre une entité à trois têtes : Machine-Administration-Organisation, qui, d'un certain côté, a tout prévu, mais, d'un autre côté, est toute prête à broyer les hommes qui travaillent à la fois avec elle et contre elle, Cet aspect un peu kafkaïen de l'histoire débouche naturellement sur les problèmes moraux traditionnels — doit-on tuer volontairement un individu pour en sauver dix ? — sans que ceux-ci soient jamais clairement évoqués par les personnages qui évoluent dans ce « fatum », à la fois lucides et résignés.
     Ainsi le pilote de l'hélicoptère de reconnaissance qui se rend, avec deux biologistes, au-dessus du village contaminé : « Il toucherait plus de mille dollars pour cette journée de travail et se famille recevrait en plus dix mille dollars de l'assurance à court terme s'il ne revenait pas..
     Cet argent était justifié : s'il &9;advenait quoique chose à Burton et Stone à terre, le pilote avait l'ordre de voler directement vers l'installation Wildfire et de faire du sur-place à 10 mètres au-dessus du soi jusqu'à ce que le groupe de Wildfire eût décidé de la manière correcte de l'incinérer, lui et son avion, en plein vol.« . (p. 84).

     Ainsi du plan « Cautère », destiné à « cautériser » par une explosion nucléaire la zone contaminée par un organisme extra-terrestre : (troisième hypothèse) « Un satellite ou une capsule habitée atterrit dans un grand centre urbain neutre (La Nouvelle-Delhi était l'exemple). »Cautère« impliquerait une intervention américaine à l'aide d'armes nucléaires pour éviter l'extension de la maladie. Selon les scénarios, on pouvait envisager dix-sept conséquences possibles d'une interaction américano-soviétique à /a suite de la destruction de La Nouvelle-Delhi, dont douze conduisaient directement à la guerre thermonucléaire. »
     On voit donc toutes les implications que soulève ce livre de Crichton, et toutes les tensions qui le bandent. On pourra me répliquer que tout cela est bien beau, mais qu'il ne s'agit pas là, en fait, de science-fiction. Je répondrai que c'en est, au contraire, et de la meilleure, puisque, sans faire de jeux de mots, je ferai remarquer que nous nous trouvons en présence d'une histoire de « fiction » qui n'existe que par la science qu'elle véhicule, et qui en même temps la constitue. John W. Campbell Jr., au moins, applaudirait !
     En vérité, La variété Andromède aurait très bien pu figurer dans la collection « Ailleurs et Demain », si celle-ci n'était pas exclusivement réservée, semble-t-il, au « space-opera » très intellectualisé. Mais tel que ce roman se présente, anonymement hors collection, il pourra peut-être attirer quelques lecteurs à la science-fiction plus épique ; quant aux lecteurs de celle-ci, il serait sot qu'ils passent à côté d'une œuvre d'un excellent niveau.

Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/2/1971
dans Fiction 206
Mise en ligne le : 28/10/2002




 

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