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La Machine fantôme

Grichka BOGDANOFF & Igor BOGDANOFF


Illustration de MANCHU

J'AI LU, coll. Science-Fiction (1985 - 1993, 2ème série - dos violet) n° 1921
Dépôt légal : novembre 1985
256 pages, catégorie / prix : 3
ISBN : 2-277-21921-5   
Genre : Science Fiction 



    Quatrième de couverture    
     Igor et Grichka Bogdanoff sont les producteurs et animateurs de Temps X sur TF1. On leur doit aussi deux essais : Clefs pour la science-fiction et L'effet science-fiction. Sur le petit écran, ils évoquent les trous noirs et les éons du temps, convoquent extraterrestres et mutants. Ils relancent ici, au travers de nouvelles, cette exploration des possibles.

     Dans Lapsus, les rapports se gâtent entre Otis et son très dévoué ordinateur Clavius. Programmé pour obéir aux désirs d'Otis, il les connaît à présent avant son « maître » lui-même. Exaspérant !
     Dans La cage, un homme se réveille, s'angoisse : Où est-il ? Qui est-il ? Il ne sait plus. Et pour cause. Par erreur, on lui a injecté de l'anamnase, le virus qui tue la mémoire et dont il venait de découvrir enfin l'antidote...
     Dans La machine fantôme, le Pr Biggles, après douze ans de dur labeur, présente à ses collègues son chronodyne grâce auquel on pourra voyager dans le temps. La démonstration commence brillamment mais...

    Sommaire    
1 - Gérard KLEIN, Préface, pages 5 à 9, Préface
2 - Le Cratyle, pages 11 à 67
3 - La Bombe, pages 69 à 127
4 - L'Horloge parlante, pages 129 à 136
5 - Le Dormeur, pages 137 à 168
6 - La Cage, pages 169 à 185
7 - Lapsus, pages 187 à 225
8 - La Machine fantôme, pages 227 à 252
 
    Critiques    
     Critique de « La mémoire double » (éditions Hachette) & « La machine fantôme » (éditions J'ai Lu)&10;
     Cette phrase est-elle de la science-fiction : Lorsqu'une dizaine de gerbes furent dépiquées, la paille chassée, par les demoiselles de la batteuse, commença d'affluer sur le manteau de la presse ? Sans doute, pour qui n'a jamais vécu à. la campagne et n'a jamais vu à l'œuvre une batteuse-lieuse. La mémoire double oblige ainsi à une double lecture, une lecture parallèle, que le sage montage un chapitre vert/un chapitre gris renforce. Il y a le roman paysan, qui paraît étrangement décalé hors du temps et de l'espace (on comprendra pourquoi en fin de volume), et qui est un vrai bonheur de couleurs, de bruits, d'odeurs, de sensations — de signes enfin : Porté par la chaleur, un claquement d'ailes passa dans !e ciel. Il y a le roman électronique, où le moindre de ces signes est réduit à ses composantes recrées : Du point de vue de l'informaticien, l'émotion amoureuse pouvait être interprétée comme un facteur donné dans un système...
     On a donc un jeune ouvrier agricole de 36 ans, Antoine, qui vit dans une ferme de Dordogne (patrie des Bogdanoff... et de Jeury, autre grand paysan sous le ciel de la s-f), et dont les pas n'ont jamais dépassé l'horizon qu'il voit de chez lui. On a de mystérieux personnages qui vivent « ailleurs » et essayent de s'infiltrer dans le monde d'Antoine, pour lui soutirer un secret. Même si le roman est peut-être un peu lent à démarrer dans sa première moitié, le suspens, le mystère sont bien conservés, et en même temps subtilement menés vers leur résolution : La mémoire double n'est pas un roman à chute, mais un roman à décryptage : quelle est l'interface exacte entre le monde vert et le monde gris, d'où vient Antoine, quel secret doit-on lui soutirer... tout est affaire de petites touches, qui finissent par s'assembler en une construction cohérente et vraisemblable, forte aussi, quand bien même le contexte de confrontation USA-URSS est cliché.
     Si l'auteur peut un court instant parler sous le critique j'ajouterai que j'ai pris plaisir à retrouver dans cette enclave paysanne dont on ne peut sortir un peu de mon Désert du monde, dans cet être qui n'est qu'un « psychogramme » un peu de mon Cauchemar... cauchemars !, et dans cette confrontation monde vert, monde gris un reflet de ma nouvelle Le futur t'attend ! Foin de modestie, et pas non plus le moindre soupçon d'influence : les Bogdanoff et moi sommes sur des chemins parallèles, et on sait bien qu'en s-f les parallèles souvent se croisent ! Mais ce n'est pas non plus ces rencontres qui m'ont poussé à cette célébration : voilà un roman chaleureux et énigmatique qui vaut plus que le détour, et dont la conclusion possède une subtilité supplémentaire : car si tout son cours laisse supposer la terrible menace que le monde gris fait peser sur le monde vert, on s'aperçoit in fine que ce dernier n'existe que par le précédent. Ambiguïté idéologique ? Dialectique en mouvement ? Chacun jugera.
     La machine fantôme (un titre qui pourrait s'appliquer également au roman ci-dessus) est un recueil de sept textes d'intérêt et de qualité inégaux. Il y a des inutilités (L'horloge parlante, un gag qui tombe à plat), des ratages (Le cratyle, où le véritable sujet, une réflexion amère sur le pouvoir, à la Silverberg, n'est effleuré qu'en toute fin de texte), il y a aussi d'indéniables réussites, comme Le dormeur de l'éternité, La cage, et Lapsus (les trois meilleurs textes du recueil), qui tous roulent sur le thème de la prison intérieure, de la perte de l'identité ou de la mémoire (Hum... encore des sujets que j'ai souvent abordés !). L'ensemble forme ce qu'on pourrait taxer, sans paternalisme ni mépris, de bon galop d'essai pour débutants nourris de s-f américaine des fourties et fiveties. Il est simplement étonnant que paraissent en même temps cet exercice de style (au style précisément un peu négligé parfois, avec l'abus d'adjectifs qui est le défaut habituel des débutants), et un roman parfaitement maîtrisé comme La mémoire double. Dysfonctionnement dans l'interface gémellaire ?
     Reste un point de détail hors littérature : le matraquage des auteurs dans le cours de leur émission Temps X. Mais on sait bien que les livres ne naissent pas libres et égaux... Quant à l'attribution du Prix d'Avoriaz à La mémoire double, copinage ou pas, elle est méritée : c'est le meilleur ouvrage français de la rentrée.


Jean-Pierre ANDREVON (lui écrire)
Première parution : 1/4/1986 dans Fiction 373
Mise en ligne le : 11/11/2003


 

 
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