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La Saga de Hrolf Kraki

Poul ANDERSON

Titre original : Hrolf Kraki's Saga, 1973

Cycle : Hrolf Kraki (la saga de) (omnibus)

Traduction de Pierre-Paul DURASTANTI
Traduction révisée par Pierre-Paul DURASTANTI
Illustration de Guillaume SOREL

BÉLIAL'  n° (25)
Dépôt légal : mai 2004
320 pages, catégorie / prix : 19 €
ISBN : 2-84344-055-6
Format : 14,0 x 20,5 cm  
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     Quand Beowulf rencontre Conan...

     Il est l'héritier des ténèbres. Son père est mort dans un odieux complot. Son grand-père a péri de la main même de son propre frère...
     Il est le fils du pouvoir. Dans ses veines coule le sang des Skjoldung, souverains d'un Danemark impitoyable et sauvage.
     Il est Hrolf Kraki, le plus grand prince danois du Haut Moyen Age, né d'un amour incestueux, en guerre pour accéder au trône. Voici le récit d'une époque où régnait la magie des runes, où les êtres surnaturels marchaient aux côtés des hommes, où l'Histoire s'appelait Destinée et avait pour couleur celle du sang versé.

     Poul Anderson (1926-2001) est l'un des grands auteurs classiques de l'Age d'Or américain, lauréat de trois prix Nebula et de sept prix Hugo. Boudé en France par la critique, considéré outre-Atlantique comme un maître incontournable, on lui doit quelques-uns des livres cultes du genre, dont Les Croisés du cosmos et La Patrouille du temps.

     Avec La Saga de Hrolf Kraki, il livre une fresque épique et démesurée sans équivalent, un monument salué par le British Fantasy Award.

    Prix obtenus    
British Fantasy, august Derleth Award, 1974
 
    Critiques    
     L'avant-propos de Poul Anderson apprendra à qui l'ignore que Hrolf, roi légendaire du Danemark au VIème siècle, « devint au Nord ce que fut Arthur à la Grande-Bretagne et Charlemagne à la France ». Les récits héroïques qui le concernent n'ont cependant pas eu le succès d'autres sagas — notamment celle de son contemporain Beowulf, que nous croiserons d'ailleurs dans cet ouvrage — car ils n'ont pas eu la chance de « se présenter sous la forme d'un récit nerveux en prose ».
     Anderson s'est donc donné l'objectif ambitieux de combler ce manque et de retranscrire cette saga typiquement nordique en un roman capable de « concilier le plaisir de lecture et la fidélité aux modèles originaux ». Pour le plaisir, il prend quelques libertés en confiant la narration à une femme scandinave du Xème siècle, afin d'adoucir le style habituellement laconique des sagas, d'y ajouter plus de sensibilité voire quelques anachronismes et surtout d'y introduire l'élément surnaturel dont les mythes se parent au cours des siècles. Côté fidélité, il a pris soin de respecter la violence et la sauvagerie de ces âges sombres où les notions de bien et de mal ressemblent peu à celles qui sous-tendent Le Seigneur des anneaux « œuvre d'un auteur civilisé, chrétien ».
     La Saga de Hrolf Kraki ne doit en effet rien à Tolkien, pas plus qu'à Howard. Hrolf est un simple roi, puissant certes, mais sans rien du surhomme quasi invincible qu'est Conan. Sa place dans la saga est d'ailleurs assez mineure : il ne naît qu'à la page 102 et même ensuite, les exploits de ses compagnons ou d'autres protagonistes surpassent souvent les siens — tout comme Lancelot ou Perceval volent souvent la vedette à Arthur.
     Le premier tiers du roman dévoile ainsi son ascendance tumultueuse, s'attardant notamment sur la tragique destinée de son père Helgi, qui a épousé à son insu sa propre fille, Yrsa. Ensuite se succèdent de multiples histoires qui confèrent à l'ensemble un « caractère nécessairement tentaculaire » : celle de Björn le norvégien, changé en ours-garou par sa belle-mère ; celle de ses fils, l'un homme-élan, l'autre aux pieds de chien, le troisième promis à devenir la « lame » de Hrolf ; celle du craintif Hott, devenu le valeureux Hjalti après avoir mangé le cœur d'un troll ailé ; celle de Svipdag qui perdit un œil en combattant douze berserkers ; celle de Skuld, la demi-sœur de Hrolf, née d'une elfe ; etc. On apprendra en chemin que Hrolf tient son surnom d'une silhouette qui rappelle celle du « kraki », un tronc d'arbre auquel on a coupé les branches pour en faire une sorte d'échelle.
     A l'exception peut-être de la violence, qui n'apparaît plus si terrible en 2004 alors que l'auteur s'interroge sur les capacités de son lecteur à la supporter — la version originale date de 1973 — , cette saga est amplement à la hauteur des ambitions affichées par Anderson dans sa présentation. Il nous propose bien un mémorable « récit nerveux », une fresque monumentale de seulement quelque trois cents pages, composée de récits si divers et si mouvementés qu'ils ne laissent aucune place à l'ennui. Dans une traduction révisée de Pierre-Paul Durastanti et agrémentée d'une couverture et de trois illustrations intérieures signées par Guillaume Sorel, cette œuvre, d'ailleurs distinguée par le British Fantasy Award, peut aisément prétendre au statut de « classique ».

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 1/6/2004 nooSFere


     Poul Anderson s'approprie les « Dits » constituant la saga de Hrolf Kraki, cinq chants mis en forme au XIe siècle. L'équivalent de la transcription akkadienne faite par Silverberg pour Gilgamesh, roi d'Ourouk (l'Atalante), ou du fascinant Grendel de John Gardner (Denoël) contant les exploits de Beowulf vu par le monstre. Beowulf qui n'hésite pas à donner un coup de main aux Skjoldung, lignage tourmenté dont est issu Hrolf Kraki. Car la famille régnante du Danemark n'a pas attendu Hamlet pour donner dans la chicane familiale. Ici, point de col en dentelles, mais des palais de planches à l'atmosphère saturée de fumée, de relents d'hydromel et de corps mal lavés. Sexe et batailles rythment la saga, deux moteurs du destin qui détermineront l'existence de Hrolf, et sa fin. D'entrée, la maison Skjoldung est frappée par le drame : Frodi tue son frère Halfdan, épouse sa veuve et s'approprie la couronne du Danemark. Hroar et Helgi, fils du monarque défunt, fuient avant d'obtenir vengeance. Hroar dirige le pays en souverain avisé tandis que Helgi, roi de guerre, s'attire la malédiction des entrailles. D'une Elfe, il a une fille, Skuld, qui conspirera à perdre le royaume. Du viol de la reine Olof naît également une héritière, Yrsa, dont il fera son épouse. Hrolf est donc un fils incestueux, mais à la santé de chêne qui lui vaudra le surnom de Kraki, ou « tronc ». Il s'entoure de champions issus d'un homme-ours, combat les bersekers et parvient à unifier le pays. Mais il lui reste à délivrer sa mère Yrsa, contrainte d'épouser Adils de Suède, le roi sorcier. Hrolf et ses douze braves iront au combat, dans l'assurance de vaincre mais aussi de mourir car ils ont bafoué Odin...

     On l'aura compris, voici un roman qui sent sous les bras. Une pure jouissance de lecture, rendue disponible au lectorat français par une traduction remarquable qui parvient à préserver le rythme des chants, mais aussi la modernité du style d'Anderson. Nul doute que l'éditeur offrira à Pierre-Paul Durastanti deux pucelles nattées qui fourrageront dans sa barbe. Enfin, notons que Poul Anderson avait déjà mis en scène le roi Helgi dans « L'Homme qui était arrivé trop tôt » (Histoires de voyages dans le temps, Livre de Poche), nouvelle qui voyait un soldat contemporain projeté au VIe siècle et défaillir à l'odeur de pieds vikings. Quand je vous dis que ce n'est pas de la littérature pour buveurs de verveine, parole de Loki !

Xavier MAUMÉJEAN
Première parution : 1/10/2004 dans Bifrost 36
Mise en ligne le : 20/11/2005


 

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