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La Voix de Wormwood

Ian WATSON

Titre original : A Speaker for the Wooden Sea, 2002
Traduction de Lionel DAVOUST & Benoît DOMIS
Illustration de Dominic HARMAN
DREAMPRESS.COM, coll. 100tinelles n° (3)

Dépôt légal : avril 2006
100 pages
ISBN : 2-84958-003-1
Genre : Science Fiction 
Existe en version Premium (numéroté) et Classic.


Couverture

    Quatrième de couverture    
     La planète Wormwood et son océan à la douce surface de bois. Un océan qui abrite d'étranges épaves et de terrifiants vers géants, et où couvent de destructrices tempêtes et de bien sombres complots. L'aventurier Lustig Firefox sait repérer les bonnes affaires et voit l'opportunité de relancer l'absinthe sur le marché interstellaire. Adopté par la communauté de colons, il se laisse envoûter par Wormwood. Au cours d'un voyage exploratoire, l'I.A. de l'aventurier entre en contact avec une vaste intelligence enfouie dans les profondeurs de l'océan de bois. Une nouvelle vie commence pour Lustig lorsqu'il hérite du statut de Voix de l'Océan, une vie qui le lie à tout jamais à cette planète, à moins que la conscience de Wormwood n'en décide autrement et tente d'accomplir ses mystérieux desseins...
     Né en 1943, Ian Watson est l'auteur d'un grand nombre de romans de L'Enchâssement (1973) à Mockymen (2004). Il est un des géants de la S.-F. anglo-saxonne. Sélectionnées pour les prix Hugo et Nebula, ses nouvelles ont été rassemblées dans neuf recueils. Il a été récompensé par le prix Apollo et par le John W. Campbell Award. En 1990 et 1991, Ian Watson a travaillé à temps plein avec Stanley Kubrick sur le développement du film I.A., réalisé par Steven Spielberg.


    Sommaire    
 
    Critiques    
     Ian Watson, l'auteur de L'enchâssement, est trop rare pour que la parution d'une novella et d'une nouvelle, même publiées par un éditeur confidentiel comme Dreampress.com, ne soit pas signalée. D'autant que ladite novella, La Voix de Wormwood (« A Speaker for the Wooden Sea », 2002), est un petit chef-d'œuvre à l'enthousiasme communicatif, à la fois discret hommage à la science-fiction de l'âge d'or et passionnante variation autour de thèmes chers à la SF moderne. Et si je vous dis que la (courte) préface est signée Robert Sheckley, et que le livre se conclut par une amicale postface de Ian Watson himself ? Hum ?...

     Lustig Firefox, secondé par sa « Compagne » nanotechnologique Lill (IA / ange gardien connectée à l'hyperlib), est chargé par un consortium interstellaire d'enquêter sur la possibilité d'exploiter les ressources de la planète Wormwood, presque entièrement constituée d'un océan de bois (oui, de bois !), dont les feuilles permettraient de produire de grandes quantités d'absinthe. Firefox s'installe au Relais de la mer, établissement tenu par Mme Bonaccueil et sa fille Généreuse. L'aventurier originaire de Pancake (sic) s'intègre si bien à la rustique population locale, qu'il convainc même Thurible Excelcior, le Gardien de la Lumière, de lancer une expédition en mer. En fait, une chasse aux vers géants. Et c'est alors que Lill détecte en Wormwood une « forme de conscience globale »...

     Chez Watson, tout est langage. Comme l'explique le narrateur, l'origine même du nom Wormwood désigne à la fois le bois, wood, et les vers, worms, et l'Herbe aux vers, l'armoise amère. Et les tunnels creusés par les vers renvoient directement aux « trous de ver » précisément utilisés par Firefox pour rejoindre cette planète isolée (l'hyperconscience née de la fusion de Lill et de Wormwood, projette d'investir les étoiles via ces trous de ver). Bien sûr, on pense aux vers géants de Dune, à l'océan conscient de Solaris ou au varech intelligent de L'effet Lazare. Et à beaucoup d'autres. Et même à Moby Dick, pour sa portée symbolique et philosophique. Ian Watson, qui se réfère ouvertement, et depuis longtemps, à Raymond Roussel et aux surréalistes, nous offre une lecture à plusieurs niveaux. Construite par associations d'idées, La voix de Wormwood, d'un certain point de vue, est en effet une histoire... de cul. Ou plutôt, soyons précis, une histoire de bits (et de bittes), donc de bites, et de trous, comme en atteste ce subtil extrait : « Le globe continue à planer, reflétant des myriades de... / Fragments d'information — des bits. / Qui, j'imagine, passent dans les circuits du bois planétaire ». Mais ces jeux de langue ne sont jamais gratuits : au terme du voyage, après avoir frôlé l'Apocalypse — comme chez Melville, la nature, que la raison ne saurait circonvenir (qui a dit : circoncire ?...), reste une étrangère mortellement dangereuse -, Firefox revient au bercail avec une femme et un fils dont l'ADN pourrait bien se révéler lucratif. Entre autres...

     Le deuxième texte, Le Passeur (« Ferryman », 1996), s'intéresse, non sans humour, au sort d'une poignée d'éboueurs de l'espace chargés de convoyer au Cimetière les milliers de cercueils métalliques renfermant des cadavres extraterrestres qui encombrent le système solaire. Entre les deux civilisations, la communication est rude. Surtout quand l'une des deux ne nous envoie que ses morts... Moins mémorable que La Voix de Wormwood mais brillamment mené, Le Passeur est un peu la cerise sur le gâteau.

     Certes, quinze euros pour deux nouvelles et une centaine de pages (émaillées par endroits d'agaçantes coquilles), c'est un peu cher. Certes, la couverture est tellement laide qu'on prend un plaisir masochiste à l'exhiber sous les yeux des trop sérieux lecteurs des Bienveillantes dans le train. Mais entre nous, un texte d'une telle qualité, aussi frais et dépaysant qu'un bon vieux space op', aussi intelligent que l'était L'enchâssement, et qui, pour couronner le tout, réussit à convoquer plusieurs œuvres-clés de l'histoire de la SF sans jamais céder à la vanité de la citation postmoderne, mérite vraiment que vous vous connectiez toutes affaires cessantes, carte bancaire à portée de main, à l'url : http://www.dreampress.com/ian_watson.htm. Ouste.

Olivier NOËL
Première parution : 1/5/2007 dans Galaxies 42
Mise en ligne le : 24/2/2009


 

 
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