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Mondes et Démons

Juan Miguel AGUILERA

Traduction de Antoine MARTIN
Illustration de Juan Miguel AGUILERA
AU DIABLE VAUVERT n° (34)

Dépôt légal : avril 2005
560 pages, catégorie / prix : 23 €
ISBN : 2-84626-083-4


Couverture

    Quatrième de couverture    
     Le cumul globulaire d'Akasa Puspa, dans un futur loin tain : un petit univers de dix millions de soleils grouillant de vie et de civilisations, si proches entre eux que les voyages interstellaires sont possibles, même avec la technologie la plus rudimentaire. Dans cet environnement singulier, des empires fleurissent et se combattent depuis des temps immémoriaux. Alors que des groupes de colons humains s'installent sur les planètes intérieures de la Sphère pour fuir la guerre, ils découvrent une menace bien pire que celle qu'ils laissent derrière eux...

     Dans la lignée de Marée stellaire de David Brin, un space-opéra épique et flamboyant où Aguilera explore à l'échelle d'une galaxie les chocs de civilisations étrangère contraintes de s'accepter.

     Né en 1960, romancier au souffle épique exceptionnel, doué d'une inspiration visionnaire qui mêle roman de voyage et d'aventure, roman historique et spéculation scientifique, Juan Miguel Aguilera vit à est lauréat en France du Prix Imaginales et du Prix Bob-Morane étranger, 2002 ; pour La Folie de Dieu (Au diable vauvert).

 
    Critiques    
     Un beau gâchis. Et à tous points de vue. A commencer par la traduction. Si Antoine Martin avait déjà bien amoché Rihla (même éditeur), ici, franchement, on touche le fond : le style est d'une lourdeur tutoyant le grotesque, les répétions sont légions, sans parler des phrases qui ne veulent tout simplement rien dire. Difficile, dans pareilles conditions, de juger de la qualité d'un texte qui, à coup sûr, a été fusillé lors de son passage en français... D'autant que l'éditeur a visiblement démissionné sur le projet : au-delà de la traduction, les coquilles sont légion, avec parfois des trucs si ridicules que le bouquin en acquiert une dimension humoristique inattendue (il « pinta son arme » plutôt qu'il « pointa », par exemple). Bref, un livre éditorialement bâclé, non traité, vendangé (le Diable nous avait habitué à mieux...).

     Et c'est d'autant plus regrettable que Mondes et démons promettait beaucoup de la part d'un auteur dont le premier roman traduit en France, La Folie de dieu (publié initialement au Diable mais réédité il y a peu chez J'ai Lu — cf. critique in Bifrost n°25), nous avait enthousiasmé. Certes, la prime incursion dans le space opera d'Aguilera (Les Enfants de l'éternité chez ISF — critique in Bifrost 31) n'avait rien de convaincante. Certes encore, Mondes et démons se déroule dans le même univers que Les Enfants de l'éternité, ce qui peut inquiéter. Mais quoi ? Aguilera a du talent, du souffle, de l'ambition. Alors...

     Alors ça ne suffit pas. Mondes et démons est structurellement à l'image de son édition française : foutraque. A force de multiplier les points de vue, l'auteur s'égare et le lecteur avec. Difficile, en effet, de s'immerger dans cette histoire de guerres stellaires et d'artefact démesuré dans un lointain futur que l'auteur peine à nous exposer. On patauge grave et, après cent pages de lecture, on ne sait toujours pas où on va, même si on commence à sérieusement se douter que c'est dans le mur. Bien sûr, il y a les personnages, pour certains dépeints avec caractère et réussite, notamment les figures extraterrestres. Il y a aussi certains passages, tendus comme des cordes de piano, d'une cruauté tranchante. Mais Mondes et démons souffre d'une ambition mal maîtrisée et d'un plan bancal. A force de trop vouloir en faire, de jouer la démesure, Aguilera n'en fait finalement pas assez, ou mal — s'attardant sur les détails, expédiant des scènes clés en trois phrases. Restent, on l'a dit, de forts beaux passages, quelques visions vertigineuses, mais ça ne suffit pas à sauver un livre qu'on peine à achever et dont on ressort déçu, pour le moins. Gageons qu'en espagnol, le livre ne lasse que par sa structure. Mais en français, il ne reste vraiment pas grand-chose à sauver. On passe : le grand-œuvre d'Aguilera, c'est pas pour tout de suite.

CID VICIOUS
Première parution : 1/7/2005 dans Bifrost 39
Mise en ligne le : 12/8/2006


     Si la découverte et l'exploration de l'espace ont insufflé à la science-fiction une emphase à la mesure des vastitudes cosmiques, il est une déclinaison du space opera, une sorte de singularité, qui se développe plus volontiers dans des cosmos fermés, lesquels, à l'instar du paradis babylonien, sont conçus comme des condensés de la grande totalité. Sphères de Dyson, anneaux-monde ou vaisseaux générationnels constituent à ce titre des huis clos célestes où les auteurs pervers claquemurent des créatures allogènes dans le but d'étudier, tels des entomologistes, leurs interactions.

     Sur les traces de Niven, d'Aldiss ou plus récemment de Genefort, Aguilera, en compagnie de Javier Redal, a mis en place dans Les Enfants de l'éternité un décor somptueux : l'amas globulaire d'Akasa-Puspa, une zone de la galaxie où la densité stellaire permettait l'existence d'un empire au sein duquel cohabitaient, pour le meilleur et pour le pire, plusieurs races intelligentes. Il y revient seul pour pousser plus avant l'exploration de la Sphère, un artefact mystérieux de la taille d'un système solaire, découvert par la diaspora humaine.

     Lassés des guerres intestines, des colons humains vont s'installer sur une des six planètes géosynchrones de l'étoile interne, pilotés par un dauphin humanisé. Parmi eux, un prêtre-pilote défroqué, qu'une maladie dégénérative contraint à une immobilité contemplative, a fait de l'énigme de cette sphère de Dyson son ultime raison de vivre. D'autres humains rejoignent les fuyards, représentants de factions en guerre, qui voient dans la Sphère un possible recours. Dans le même temps, les éclaireurs d'une race belliqueuse, pour qui l'humanité est un gibier, s'introduisent dans l'espace intérieur de la coquille artificielle. Tous se retrouvent piégés dans l'enceinte de l'artefact qui décourage avec violence toute tentative de sortie. La clé du mystère étant aussi celle de la liberté, les pires ennemis sont contraints de retenir la haine et d'inaugurer une coopération aussi humiliante que vitale.

     On pense a priori au Clarke du Rendez-vous avec Rama mais c'est aussi avec celui de L'Odyssée de l'espace qu'il faut envisager une proximité. Car la rencontre des humains et des Angriffs au cœur de la Sphère n'a rien d'un hasard. Elle est plutôt la manifestation d'une conscience supérieure à l'œuvre, qui manipule le présent et conduit l'évolution. Cette idée de manipulation, on ne peut s'empêcher de penser qu'elle vient droit de L'Anneau-monde, en même temps que de nombreux motifs et images de Mondes et démons, dont l'insoupçonnable menace qui pèse sur les peuples de la galaxie. Aguilera a lu Niven et l'a bien digéré.

     À la lecture de ce roman, on est pris de vertige. La démesure qui s'exprime ici à huis clos dessine la géographie divine d'un ailleurs, spatial et temporel, inaccessible. Au milieu des scènes d'action, dans cet abîme terrifiant qu'on pressent, un peu à la manière d'un Pascal ou d'un Lovecraft, en laissant deviner une présence bienveillante mais impénétrable, Aguilera réattribue le statut divin et resitue la lutte entre le bien et le mal ; au bout du compte, il réenchante le cosmos en pourvoyant la conscience d'une quête à fois scientifique et mystique (mais n'est-ce pas la même chose ?), une mission — un évangile, pour paraphraser Teilhard de Chardin, cité en exergue.

Jonas LENN
Première parution : 1/9/2005 dans Galaxies 38
Mise en ligne le : 29/1/2009


 

 
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