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    Fiche livre    

L'Accroissement mathématique du plaisir

Catherine DUFOUR

Science Fiction  - Illustration de Philippe CAZA
BÉLIAL' n° (53), dépôt légal : septembre 2008
448 pages, catégorie / prix : 20 €, ISBN : 978-2-84344-083-0
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Le premier recueil de Catherine Dufour : vingts récits dont sept inédits !

     Il n'est guère surprenant que j'aie trouvé de vifs motifs d'intérêt et de plaisir dans des nouvelles comme « Vergiss mein nicht » et « L'Immaculée conception », qui mettent en scène, non sans jubilation, des relations divergentes d'événements dérangeants. De tels événements pourraient, bien entendu, apparaître dans des textes britanniques, mais je doute que leurs auteurs eussent manié l'équilibre de ces récits contradictoires sur un mode comparable.

     Brian Stableford

     Science-fiction, fantastique et fantasy... Catherine dufour aborde l'ensemble de ces domaines avec un égal bonheur et s'affirme ici comme une nouvelliste de tout premier plan.

     Au programme :

  • des préfaces signées Richard Comballot et Brian Stableford,
  • vingt récits dont sept inédits,
  • une postface de Catherine Dufour,
  • un entretien,
  • une bibliographie exhaustive.
     Catherine Dufour est née à Paris en 1966. Elle publie son premier roman, Blanche Neige et les lance-missiles, en 2001, opus initial d'une tétralogie de fantasy goguenarde et délirante qui rencontre un succès considérable. Le Goût de l'immortalité, son premier roman de science-fiction, paraît en 2005. Nouveau succès, tant public que critique : le livre remporte peu ou prou l'ensemble des prix littéraires dédiés au genre — Grand Prix de l'Imaginaire, Prix Rosny Aîné, Prix Bob Morane, Grand Prix de la Science-Fiction Française...

     L'accroissement mathématique du plaisir, qui réunit vingt nouvelles dont « L'Immaculée conception », lauréate du Grand Prix de l'Imaginaire 2008, est son premier recueil.


    Sommaire    
1 - Richard COMBALLOT, Catherine Dufour, le talent au cube, pages 13 à 16, Préface
2 - Brian STABLEFORD, Avant-propos, pages 19 à 23, Introduction, trad. Pierre-Paul DURASTANTI
3 - Je ne suis pas une légende, pages 27 à 43
4 - Le Sourire cruel des trois petits cochons, pages 45 à 59
5 - L'Immaculée conception, pages 61 à 125
6 - Vergiss mein nicht, pages 127 à 136
7 - La Lumière des elfes, pages 139 à 148
8 - Rhume des foins, pages 151 à 158
9 - Le Jardin de Charlith, pages 161 à 170
10 - Mater Clamorosum, pages 173 à 181
11 - Confession d'un mort, pages 183 à 207
12 - Valaam, pages 209 à 221
13 - Le Cygne de Bukowski, pages 223 à 233
14 - Kurt Cobain contre Dr. No, pages 235 à 260
15 - Une troll d'histoire, pages 263 à 275
16 - La Perruque du juge, pages 277 à 289
17 - Le Poème au carré, pages 291 à 303
18 - L'Accroissement mathématique du plaisir, pages 305 à 323
19 - La Liste des souffrances autorisées, pages 325 à 348
20 - L'Amour au temps de l'hormonothérapie génétique, pages 351 à 358
21 - Un Soleil fauve sur l'oreiller, pages 361 à 370
22 - Mémoires mortes, pages 373 à 403
23 - Bois de souche, pages 405 à 414
24 - Richard COMBALLOT, Un entretien avec Catherine Dufour, pages 417 à 437, Entretien
25 - Alain SPRAUEL, Bibliographie, pages 439 à 443, Bibliographie

    Prix obtenus    
L'Immaculée conception : Grand Prix de l'Imaginaire, nouvelle / Short story, 2008
 
    Critiques    
     Nous pourrions vous dire que la lecture de Catherine Dufour est une expérience unique et renversante, que son œuvre apporte un souffle nouveau à la science-fiction, voire à la littérature, que nombre de ses contemporains devraient en prendre de la graine, et bien d'autres gentilles choses encore. Et nous aurions raison. Mais nous ne le ferons pas, car il n'est pas dans notre nature d'enfoncer des portes ouvertes, et encore moins de caresser les artistes dans le sens du poil.

     Car, sachez-le, Catherine Dufour a le poil dru, abrasif même. Nous pourrions vous dire que ses textes pessimistes proposent, tous à leur manière, une lecture du monde sombre et désespérée, que sa foi en l'homme est partie sans laisser d'adresse voilà bien longtemps, et que les futurs qu'elle propose ne donnent vraiment pas envie d'y mettre les pieds. Et nous aurions raison. Mais nous ne le ferons pas non plus, car réduire Catherine Dufour à une écorchée serait stupide, pour le moins.

     Une fois évacués ces lieux communs, que reste-t-il ? Une vingtaine de nouvelles assez hétérogènes, car elles recouvrent une grande période de la vie de l'écrivain et sont pour la plupart parues initialement dans des supports très variés (revues — dont la présente feuille de chou — , anthologies thématiques). Passons donc rapidement sur ces textes que vous, lecteurs avisés, avez sans doute déjà lus ou vus commentés un peu partout. On relira avec horreur et plaisir « L'Immaculée conception », vision morbide — ou réaliste, à en croire l'auteur — de la grossesse et de la maternité ; avec gourmandise toutes les nouvelles hommages ou « à la manière de » commandées par Richard Comballot pour ses anthologies : « La Perruque du juge », ou le procès de Peter Pan à la lumière d'une lecture puritaine, « Le Poème au carré », où la petite ingénue de Lewis Carroll apparaît en préado rebelle et décomplexée, « Confession d'un mort », une Histoire extraordinaire à ajouter à celles d'Edgar Poe, ou encore « Kurt Cobain contre Dr. No », version calypso de la mort de la rock star. Autres hommages, celui à Matheson dans « Je ne suis pas une légende », ou comment on vit la fin du monde quand on n'est pas Will Smith, celui à Bukowski dans « Le Cygne de Bukowski », road story autobiographique écrite avec soixante mots de vocabulaire (et dont on retiendra, en guise de résumé, la citation suivante : « Cinq mille bornes de champs de maïs, honnête, c'est chiant. »), ou enfin celui à Brett Easton Ellis dans « La Liste des souffrances autorisées », texte monstrueux de cynisme, où sont servis tous les plats exotiques consommés par Bateman dans American Psycho.

     Tout n'est pourtant pas noir dans ce recueil, à commencer par la nouvelle titre, « L'Accroissement mathématique du plaisir », hommage cette fois à la beauté, une beauté si universelle qu'elle rend fou celui qui sait la voir. Et si « Mémoires mortes » plonge le lecteur dans des abîmes de désespoir, on ne peut s'empêcher d'y voir plantées les graines de la rédemption ou du pardon. A la question peut-on abdiquer de ses responsabilités parentales ? Catherine Dufour répond dans les larmes et le sang que non, évidemment non. Mais ne devrions-nous pas reconsidérer radicalement toute cette affaire ? C'est ce que semble prêcher « Un soleil fauve sur l'oreiller », chroniques de la vie ordinaire d'une mère d'une touchante simplicité, ou encore « Le Sourire cruel des trois petits cochons ».

     Et la science-fiction dans tout ça ? Au risque de me faire transformer en passoire quantique à coups de pistolaser, j'ai presque envie de dire que Catherine Dufour n'en écrit pas, ou plutôt que son propos dépasse la forme, et qu'elle aurait tout aussi bien pu choisir le polar, la littérature blanche, le porno, le western ou même le manuel technique pour s'exprimer. (On renverra le lecteur à l'anthologie pamphlétaire Appel d'air, publiée aux éditions ActuSF, dont Catherine a rédigé... les crédits !) Ici, si la plupart de ses nouvelles se situent dans des futurs plus ou moins probables et résolument originaux, c'est avant tout de nous qu'elle parle, de nos angoisses, de nos névroses, de notre rapport malade au monde et aux autres. Même lorsqu'elle s'aventure en terres de fantasy, avec « Une troll d'histoire », réécriture de La Belle et la Bête à la sauce Lanfeust de Troy, c'est pour dépeindre un amour impossible et monstrueux, mais un amour avant tout. Quand, dans « Valaam », autre nouvelle autobiographique, elle nous dresse le portrait au vitriol d'une Russie maffieuse et corrompue, c'est pour mieux essayer d'en sauver une âme perdue.

     En tout cas, au terme de ce gros recueil — qui contient, outre les vingt nouvelles, une préface de Brian Stableford, une postface de l'auteur, une interview signée Richard Comballot et une bibliographie par Alain Sprauel — , si Catherine Dufour voulait nous convaincre que le monde est noir et que les êtres humains sont irrécupérables, c'est complètement raté.

Thibaud ELIROFF
Première parution : 1/10/2008
dans Bifrost 52
Mise en ligne le : 25/9/2010

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition GALLIMARD, Folio SF (2011)


 
     Des apparitions lumineuses dans un canal toxique, un jardin peuplé de spectres, des trolls et des sirènes, voilà quelques-uns des éléments que nous présente Catherine Dufour dans L'Accroissement mathématique du plaisir. Paru une première fois en 2008 aux éditions du Belial, le recueil de vingt nouvelles, augmenté pour l'occasion d'un récit supplémentaire, fait l'objet d'une réédition dans la collection Folio SF de Gallimard. L'ouvrage de l'auteur de la série Quand les dieux buvaient, mais surtout des excellents Le Goût de l'immortalité et Outrage et rébellion, méritait bien un tel honneur. Il réunit en effet les textes d'un écrivain qui a, en une dizaine d'années, affirmé sa place parmi les tout meilleurs de l'Imaginaire français.

     Richard Comballot, préfacier du recueil, comme Brian Stableford himself, dans son avant-propos, ne tarissent pas non plus d'éloges pour Catherine Dufour. Qu'elle mette en scène des créatures merveilleuses surgies dans notre monde par inadvertance (Le Sourire cruel des trois petits cochons), qu'elle décrive la fascination de jeunes hommes pour une de leurs camarades (Le Jardin de Charlith) ou qu'elle s'intéresse à l'émotion face à des œuvres d'art au destin tragique (La Lumière des elfes), elle semble toujours à l'aise. Sa capacité à signer aussi bien des textes de pur fantastique, de science-fiction, de fantasy ou simplement de littérature générale est parfaitement démontrée. Ainsi, Une troll d'histoire plonge le lecteur dans un univers inspiré de celui de la bande dessinée Troll de Troy et fournit le récit de la rencontre amoureuse d'un pougnard et d'une sirène. Dufour n'oublie pas, au passage, d'incorporer l'humour, caractéristique première de cette BD de fantasy, à son histoire. Mémoires mortes, quant à elle, nous propulse dans un avenir proche, où le quotidien rime avec réalité virtuelle et publicités omniprésentes. Son héroïne est une jeune adolescente, adepte du jeu vidéo OwnDream, qui utilise l'inconscient des utilisateurs pour leur créer un monde imaginaire, théâtre d'aventures personnelles et passionnantes. Un jour, elle reçoit dans son univers interactif la visite de son frère, dont elle apprend la mort peu après. Alors que la police s'efforce de clore l'affaire rapidement, et ses parents d'accepter l'idée d'un suicide, Nylone, elle, est décidée à faire la lumière sur le décès prématuré de ForFron. Mais à trop fouiller, elle découvrira un secret terrible qu'elle aurait préféré ne pas connaître... Catherine Dufour déploie ici des arguments SF au service d'un récit intime et bouleversant, mettant en scène des personnages convaincants, sensibles et humains.

     Dans bien des textes, l'auteur ne s'arrête en effet pas à développer une idée, mais se concentre aussi sur ceux qui vont vivre l'histoire, et finalement la porter. L'Amour au temps de l'hormonothérapie génique serait ainsi une simple évocation des accointances gênantes entre industrie et recherche scientifique sans les figures plus vraies que nature d'Hillary et de Tiger. Tous deux forment un couple illégitime, à la relation tristement drôle, caractérisée par la lâcheté d'un homme qui ne veut pas quitter son épouse et la détermination sentimentale d'une femme à ne pas vivre une simple passade. Un temps chaud et lourd comme une paire de seins s'avère pour sa part une nouvelle très forte en raison de l'inversion des statuts hommes/femmes et noirs/blancs présentée, permettant de démontrer l'importance absurde qu'ils prennent dans notre société. Mais grâce au personnage d'Ulalee Giampietro, véridique, loin du stéréotype, ce texte prend une dimension humaine encore plus puissante. Il a été ajouté dans cette édition en poche. Un choix judicieux puisqu'il s'y révèle un des meilleurs morceaux, avec entre autres La Lumière des elfes, La Perruque du juge ou Mater Clamorosum.

     Ces deux dernières nouvelles, d'ailleurs, dévoilent l'impressionnante capacité de Catherine Dufour à s'approprier des univers ou des œuvres pour les réinterpréter à sa manière, avec sa sensibilité et son humour. Suite de Peter Pan, dont des passages sont interprétés au premier degré par un magistrat décidé à faire condamner l'ancien ennemi du Capitaine Crochet, le premier texte amuse autant qu'il marque par sa chute pleine d'une certaine dureté. La seconde nouvelle évoquée est inspirée de la chanson du pont de Rosporden dans La Légende de la mort d'Anatolde Le Braz. Elle n'est pas moins touchante que La Perruque du juge. Peut-être même plus puisqu'elle décrit le sacrifice d'un enfant aux forces de la Nature pour s'assurer de la solidité d'un pont. Mais ces deux textes sont loin d'être les seuls à détourner des classiques. Ils sont en effet accompagnés d'une réécriture de Je suis une légende de Matheson (Je ne suis pas une légende), et d'une nouvelle mettant en scène une Alice moderne aigrie par son expérience au pays des merveilles (Le Poème au carré). À l'occasion, comme dans Confession d'un mort, Catherine Dufour montre qu'elle peut encore aller plus loin, nous défiant de lui attribuer un style, tant elle prouve son talent à s'approprier l'écriture des autres. Edgar Alan Poe aurait pu écrire cette histoire de précepteur au service d'une famille recluse dans un inquiétant manoir. Une demeure où se produisent évidemment des phénomènes surnaturels qui peuvent s'expliquer à la lumière de la raison, tant qu'on en a...

     Les nouvelles rassemblées dans L'Accroissement mathématique du plaisir dépeignent pour beaucoup un avenir proche, que l'on penserait volontiers le nôtre dans quelques années. La Liste des souffrances autorisées n'est ainsi composée que de scènes se déroulant dans des restaurants servant de la v-food, c'est-à-dire de la nourriture artificielle. Un texte passionnant, non seulement parce qu'il décrit des méthodes de manipulation commerciale tout à fait fascinantes autant que repoussantes, mais aussi grâce au coup de théâtre par lequel il s'achève, d'une efficacité décapante.

     Mais Catherine Dufour, si elle dépeint l'avenir, effectue bien souvent et avant tout une transposition du quotidien contemporain dans un décor futuriste. L'argument SF, alors, apparaît comme un moyen de mettre les personnages dans des situations inhabituelles afin de les confronter à des circonstances finalement universelles. Un soleil fauve sur l'oreiller pourrait ainsi se dérouler dans les années 2000 où elle a été écrite, nonobstant la puce implantée sur le fils de son héroïne. Cette dernière est en effet une mère de famille partagée entre le devoir d'inculquer des règles à son enfant et l'envie de le voir s'affirmer en les transgressant. L’Accroissement mathématique du plaisir, même si elle possède pour élément central une statue d'un genre nouveau et dont tombe amoureux le personnage principal, décrit « simplement » l'émotion extrême qu'on peut ressentir face à une œuvre d'art. Une passion qui va devenir, dans une le cas d'Elsevier, une obsession dévorante à plus d'un titre...

     Il est tentant d'évoquer dans le détail toutes les nouvelles tant leur qualité globale se révèle de haut niveau. Il s’avérerait toutefois long de le faire, et cela risquerait de gâcher la surprise des lecteurs. Mais rien qu'en citant les titres de certains textes, l'envie de les lire ne peut que prendre l'amoureux de littératures, ou le curieux : Kurt Cobain contre Dr. No, Le Cygne de Bukowski, Vergiss mein nicht...
     Toutefois, on ne peut pas parler de ce recueil sans s'attarder sur L'Immaculée conception. Pas tellement pour le Grand Prix de l'Imaginaire qu'elle a obtenu en 2008, mérité puisqu'on la classera aisément parmi les meilleures du livre, mais car elle a été inspirée à l'auteur par son expérience personnelle de la grossesse. On y découvre la douloureuse gestation d'une trentenaire qui ne désirait pas d'enfant et qui va expérimenter tout ce que l'état de femme enceinte peut représenter de pire. Comme elle-même le révèle dans la postface qu'elle signe, nombre des textes de Catherine Dufour sont des histoires en grande partie autobiographiques. L'Immaculée conception s'avère un récit drôle, poignant, qui parle au lecteur par la justesse et la précision de son propos, tout en étant teinté d'humour grinçant.
     Il est tout à fait représentatif d'un ouvrage à ajouter à la liste des recueils de nouvelles de référence des genres de l'Imaginaire. Un livre qu'on ne saurait trop conseiller.


Stéphane GOURJAULT
Première parution : 18/11/2011
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Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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