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Les Gardiens d'Aleph-Deux

Colin MARCHIKA



Illustration de MANCHU

LIVRE DE POCHE (Paris, France), coll. SF (2ème série, 1987-) n° 7284
Dépôt légal : avril 2006
416 pages, catégorie / prix : 8,00 €
ISBN : 2-253-11548-7   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     À côté de l'espace normal, le mathématicien Hendricks a découvert un espace parallèle, l'Aleph-un. S'y aventurer permet enfin aux hommes de naviguer entre les étoiles sans plus tenir compte de la barrière imposée par la vitesse de la lumière.
     Mais le passage dans l'Aleph-un est dangereux. Des vaisseaux y disparaissent. Certains pilotes en reviennent fous.
     Et voilà qu'Howard, après une disparition de quatorze ans dans l'Aleph-un, réapparaît avec son vaisseau sur l'orbite de Mars.
     Il a fait mieux que revenir. Il a atteint l'Aleph-deux.
     Et il n'est plus tout à fait humain.

     Colin Marchika est l'un des plus prometteurs des jeunes écrivains français de science-fiction.
 
    Critiques    
     C'est à une bien curieuse conquête de l'espace que nous convie Colin Marchika : bien sûr, les explorateurs sont là, navigateurs sans peur, prêts à défier l'immensité de l'univers. Mais, là où la conquête réelle se fait à coups de missions de plus en plus complexes, celle de Marchika s'initie par le pur raisonnement mathématique : deux frères découvrent grâce à leurs équations l'espace Aleph-Un, permettant de se rendre n'importe où dans la galaxie. Des vaisseaux sont construits pour l'explorer, et l'on s'aperçoit bien vite, quand un des pilotes manque à l'appel et revient quinze ans plus tard, qu'il existe un Aleph-Deux extrêmement dangereux...

     Ceci n'est que le point de départ d'une longue entreprise humaine de tentative de cartographie des espaces Aleph. Mais ceux-ci évoluant, aussi l'espèce humaine devra-t-elle s'adapter. Elle le fera en créant les cyborgs, puis les intelligences artificielles, davantage susceptibles de supporter les hallucinations provoquées par Aleph-Deux. L'auteur enrichit ainsi sa thématique initiale de conquête de l'espace par d'autres thèmes classiques de la science-fiction. Il sait néanmoins manier ces clichés avec une éclatante réussite, due en partie à une intrigue dynamique, morcelée en cinq récits relativement indépendants qui sont autant de briques constitutives de l'émancipation de l'homme. L'autre intérêt du livre réside dans la volonté de l'auteur de conter de front cette oeuvre collective de l'humanité entière et la destinée d'une famille, celle du pilote Frederick Howard (le premier à être allé en Aleph-Deux), et dont tous les membres ont joué une rôle important vis-à-vis des Aleph. Ce mélange de grande et de petite histoire apporte le relief humain nécessaire à un ce roman qui, s'il n'avait reposé que sur la beauté des mathématiques pures et les dangers des grands espaces, aurait pu tourner en rond. Au lieu de cela, il se savoure avec un plaisir sans cesse renouvelé, et fait de Marchika un auteur à suivre.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 1/5/2007 dans Galaxies 42
Mise en ligne le : 13/11/2008

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition MNÉMOS, Icares (2004)


     « La tradition veut que Cantor, après avoir conçu ses nombres Aleph-zéro, ''le nombre de nombres entiers'', c'est-à-dire le plus grand nombre entier possible, et Aleph-un, nombre supérieur à Aleph-zéro, sombra dans la folie en considérant ce que pouvait être Aleph-deux. »

     Les Gardiens d'Aleph-deux est une sorte d'Histoire du futur retraçant les différentes étapes de la conquête spatiale, dont l'extension au-delà des limites du système solaire n'est rendue possible que grâce à une succession de brillants mathématiciens. A commencer par les frères Hendricks qui ont démontré l'existence de l'espace Aleph-un, assimilable à l' « hyperespace » cher à la SF.
     Il s'agit en réalité d'une sorte de roman-mosaïque composé d'une suite de récits qu'on pourrait lire indépendamment les uns des autres, mais qui sont étroitement liés par leurs thèmes, par des personnages récurrents et par une unité chronologique. Se dévoile ainsi progressivement l'histoire d'une sorte de NASA européenne — l'Académie Tsiolkovsky — , doublée d'une véritable chronique familiale retraçant le destin de Frédérick Howard — le premier pilote à être entré en un troisième espace, nommé Aleph-deux, pour n'en ressortir par miracle que quinze ans plus tard — et celui de ses descendants. S'y ajoutent les parcours de divers personnages gravitant autour de l'Académie : pilotes, scientifiques, chargés de relations publiques, espions ou encore « saponaires » — des « nettoyeurs » chargés d'effacer les bévues...

     Ce premier roman de science-fiction de Colin Marchika — auteur déjà remarqué pour un diptyque de fantasy, La Reine de Vendôme, et un recueil de nouvelles, Les Poubelles du Walhalla — surprend d'emblée par son inventivité et la richesse de sa thématique science-fictive.
     Par exemple, si l'on sait que le transfert en Aleph-un perturbe le matériel informatique et provoque chez l'homme des angoisses et des visions qui peuvent conduire à la folie, on se demande, après le retour de Frédérick Howard, pour quelle mystérieuse raison davantage de vaisseaux disparaissent en Aleph-un, le matériel se détériore de plus en plus vite et les hallucinations se font de plus en plus aiguës.
     Cette évolution conduisant l'Académie à renforcer la résistance des pilotes aux perturbations psychiques engendrées par le voyage, un certain professeur Hicks « instrumentalise » quelques détenus qu'il transforme ainsi en cyborgs — ironiquement surnommés les « Hicks men » — malgré les questions d'éthique ainsi soulevées.
     Bientôt, une station est construite à cheval entre Aleph-zéro et Aleph-un, au sein de laquelle on fait naître des enfants conçus en éprouvette et implantées dans des femmes décérébrées. Le sujet 7B, surnommé Akira, provoque alors d'étranges phénomènes en raison de son affinité particulière pour l'espace Aleph-un, ce qui impose son maintien dans un coma artificiel... jusqu'au jour où il s'échappe.
     D'autres perspectives sont ensuite ouvertes par la conception d'une Intelligence Artificielle d'un genre inédit, une machine constituée d'un nanotissu qui doit intégrer l'aléatoire et doit pouvoir se tromper même si elle ne se trompe jamais.
     Enfin, un autre mathématicien génial bouleverse une nouvelle fois la conception du voyage spatial en démontrant l'existence d'un unique point d'ubiquité. Mais si un tel point existe, ne risque-t-on pas d'y rencontrer Dieu ? Et qui d'autre aurait pu fermer les portes du ciel et rendre l'espace Aleph-un désormais inaccessible ?

     Voilà résumées quelques-unes des intrigues passionnantes que le lecteur aura plaisir à savourer dans ce roman-mosaïque foisonnant, où l'intérêt est sans cesse relancé par de nouvelles questions et de nouvelles découvertes. Les thèmes abordés sont finalement très classiques — l'homme modifié, le mutant, l'IA... — mais remarquablement traités au sein de récits dynamiques dont le suspense ne se relache pas.
     En outre, s'éloignant des stéréotypes héroïques habituels dans les récits de conquête spatiale, l'auteur a su créer une galerie de personnages très attachants, dépeints avec beaucoup de tendresse à travers leurs réussites et leurs échecs.
     Ce mélange d'événements exceptionnels et de destinées personnelles d'hommes et de femmes plus ou moins ordinaires rappelle certaines œuvres classiques, d'Asimov ou de Heinlein par exemple, ou encore le Robert Reed de Béantes portes du ciel. Bel exemple de mathématiques-fiction humaniste, Les Gardiens d'Aleph-deux se ferme d'ailleurs sur un épilogue intitulé « Le Matin des magiciens » — sans doute en référence au livre de Bergier et Pauwells — où la science future a transformé les hommes en véritables magiciens, comme pour illustrer la loi de Clarke qui rappelle qu'au-delà de certaines limites, la science devient impossible à distinguer de la magie.

     Un excellent roman de SF, à ne pas manquer !

Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 10/10/2004
nooSFere


 

Edition MNÉMOS, Icares (2005)


     Avec Les Gardiens d'Aleph-Deux, vous allez vivre l'histoire de la conquête de l'espace la moins banale qui soit. Toute une collection de savants fous, de mathématiciens farfelus et de cosmonautes décalés s'attaquent avec intrépidité aux mystères des Aleph, sortes de dimensions cachées qui, lorsqu'on les emprunte, conduisent à l'autre bout de l'univers en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Un problème, infime : le passage dans les Aleph rend généralement fou...

     La lecture de ce roman ne rend pas fou, mais elle stupéfie. Il y a longtemps qu'il ne m'avait pas été donné de lire, sous la plume d'un auteur français, un roman aussi imaginatif et enthousiasmant. De la science-fiction sous sa forme la plus pure, avec des spéculations pseudo-scientifiques comme on les aime, dans lesquelles les mathématiques occupent une place de choix (et on n'est pas obligé de comprendre...). La preuve est faite, une nouvelle foi, qu'il n'est nul besoin de se livrer au laborieux exercice de la fusion des genres pour écrire un chef-d'œuvre. Par moment, on se croirait revenu au temps des grands Van Vogt des années quarante du siècle dernier, avec un petit côté Heinlein pour les personnages. Force est de constater que la science-fiction, dès qu'on l'enterre, s'empresse de ressusciter. Colin Marchika est son prophète du moment. Ce prodigieux voyage presque immobile est à ne manquer sous aucun prétexte.

Joseph ALTAIRAC
Première parution : 1/1/2005
dans Bifrost 37
Mise en ligne le : 6/2/2006


 

Edition MNÉMOS, Icares (2004)


     Suite à la découverte des frères Hendricks, mathématiciens géniaux et fantasques, l'humanité ouvre les portes d'Aleph-un, méta-univers englobant le nôtre. Les hommes se lancent à la conquête de nouveaux territoires. Mais comme la cohérence d'un système n'est donnée que dans l'espace suivant, à la façon des ensembles de Cantor, les explorateurs vont de surprise en surprise, poussés par la nécessité d'aller plus loin. Les pertes sont lourdes, vaisseaux et équipages disparaissent, jusqu'à ce que Frédérick Howard ressurgisse en orbite de Mars, quatorze ans après son départ. Unique survivant du Forty-Niner, il a pénétré Aleph-deux. L'académie Tsiolkovsky engage tous ses moyens. L'agence établit Point Fixe, une station reliant Aleph-un à notre univers donné comme référent, et le professeur Hicks façonne des cyborgs susceptibles de résister aux épreuves qui demeurent pour une bonne part inconnues. Aux rigueurs des espaces Aleph viennent s'ajouter des conflits, guerres du gnomon aux combattants ubiquités ou luttes chargées de rancœur, désespérément humaines. Mais Frédérick Howard et ses descendants ne cessent de cultiver des roses.

     Colin Marchika nous offre un authentique roman de SCIENCE-fiction, et un space-OPERA. Science, parce qu'il joue des mathématiques ; opéra contre l'opérette trop souvent convenue. Le tout, sous forme d'hommage à l'âge d'or. Évocation empreinte de tendresse, et non pas reproduction servile, car l'auteur établit une distance, amusée et nostalgique. Distance entre notre Terre et l'espace Aleph, écart entre souvenirs de lecteur et écriture, la forme du roman épouse parfaitement son contenu.

     Marchika postule que, des espaces Aleph, on ne peut rien en dire, surtout de rationnel. L'auteur se pose une contrainte narrative qui lui interdit de développer des épisodes « à effet », notamment les guerres du gnomon. Là où un autre aurait bâti un cycle autour des conflits, Marchika refuse l'explicite. Un parti pris déroutant, audacieux et parfaitement cohérent. À l'inverse, il met en place une structure en contes dans laquelle l'imaginaire, l'impression subjective, remplace — littéralement — l'explication rationnelle. Ainsi le cottage anglais, foyer des générations Hendricks, évoque la datcha de Solaris dans l'adaptation de Tarkovski. Un point constant dans le chaos, où la fluidité des sentiments fait rempart à l'absolument décisif. Rien ne commence ou ne finit car se succèdent les roses. « Sans pourquoi », dirait Silesius, uniquement parce qu'elles fleurissent... L'occasion de rappeler que les vérités importantes sont vécues avant d'être pensées. Et force est d'admettre que les dirigeants calculent trop. Ainsi, les hommes ont la possibilité de découvrir le radicalement autre, un enjeu « Golden age » à peine entrevu car il est rapidement étouffé par les luttes de pouvoir, la pesanteur bureaucratique, ou principalement par la peur, l'angoisse que nous générons à la simple évocation de l'inconnu. Une autre façon pour Marchika d'insister sur l'option pragmatique dans notre perception du réel, ce que William James appelait « l'économie d'effort », qui nous fait croire que le monde se limite à ce qui nous convient. De fait, l'académie Tsiolkovsky réduit l'occasion Aleph à une possibilité viable, se coupant ainsi, volontairement ou pas, d'une liberté infinie. Reste l'action de chacun, par contrainte, amour ou décision éthique, qui laisse entrevoir des possibles, au terme du récit. Non pas une suite — Les Gardiens d'Aleph-deux est un roman unique — mais l'invitation à rêver. Une lecture rare, comme pouvait l'être Nouvelles de l'Anti-Monde, de George Langelaan.

Xavier MAUMÉJEAN
Première parution : 1/12/2004
dans Galaxies 35
Mise en ligne le : 9/1/2009




 
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