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Les Larmes étaient leur pardon

Marc VASSART

Illustration de Pierre HUBER & Frank VRIENS
Le NAVIRE EN PLEINE VILLE, coll. Sous le vent, dépôt légal : septembre 2007
272 pages, catégorie / prix : 17 €, ISBN : 978-2-916517-15-5
Couverture

    Quatrième de couverture    
     Dans un labo pharmaceutique, un échantillon de tissu vivant met les chercheurs en ébullition. Il offre une piste prometteuse pour la réalisation d'un vaccin contre le Sida. Consternation : l'échantillon appartient à un prélèvement de foie de dugong, ces siréniens placides qui peuplent les rivages des îles indonésiennes. Ou plutôt qui peuplaient leurs rivages, car l'espèce est officiellement éteinte, et l'espoir un moment s'envole. Mais s'il restait quelque part, à l'abri des braconniers, quelques uns de ces pacifiques animaux ? Aidé de la si déroutante Amélie, Chris, baroudeur et chasseur d'échantillons, va tenter d'affronter les dangers d'une région politiquement instable, les trafiquants et les concurrents à l'affût, pour espérer retrouver leur trace, et, en les protégeant, offrir un avenir à une population humaine décimée par la maladie.
     Vétérinaire, défenseur inlassable de la biodiversité, Marc Vassart nous offre un magnifique thriller d'anticipation écologique qui ne laisse à son lecteur ni repos ni échappatoire : protéger la faune, c'est toujours protéger l'humain...

 
    Critiques    
     « A la fin du vingtième siècle il y eut une courte période, oubliée depuis, où, les vieux démons disparaissant les uns après les autres, on crut un instant pouvoir espérer. Mais l'apartheid, le communisme et la multitude de conflits régionaux furent immédiatement remplacés par de nouveaux monstres, aux visages d'anges ceux-là, enfantés par l'ordre marchand. Des décombres encore fumants de l'ère ancienne jaillirent de nouveaux temples dans lesquels des mollahs en cravates érigèrent des idoles de tungstène. Le marché roi, le culte du profit, un consumérisme exacerbé et un productivisme à tout crin engendrèrent la mondialisation du capital. L'humanité souffrante ne criait pas à la barbarie, elle se soumettait hagarde, au pouvoir-argent mondial, à l'arrogance de ses théologiens. Elle était anesthésiée par le mirage médiatique des images.
     C'étaient les soldes avant inventaire dans notre supermarché planétaire ; en cinquante ans tout devint monnayable ou brevetable... choses et êtres. » (p.23)


     A la recherche de nouvelles substances antivirales, des chercheurs découvrent, dans un échantillon de foie de dugong, une molécule capable d'inhiber les rétrovirus comme celui du SIDA. Seul hic, l'échantillon n'est pas suffisant pour permettre d'isoler la substance... tandis que l'espèce des dugongs semble désormais éteinte.
     Un généticien, Chris Louzery, va solliciter l'aide du Dr Amélie Mailer, spécialiste des siréniens, pour tenter de retrouver un ultime dugong. Ensemble, ils se rendent en Indonésie...

     C'est à une véritable chasse au trésor que Marc Vassart nous convie. Pas pour trouver un coffre plein de diamants ni même le saint Graal, mais quelque chose d'infiniment plus précieux : un animal réputé disparu. On pourrait résumer ainsi la principale morale de cette histoire : la biodiversité est la plus inestimable des richesses ; il est temps d'en prendre conscience et de tout mettre en œuvre pour la préserver.
     Compte tenu des enjeux, cette chasse au trésor ne sera bien sûr pas de tout repos. Filatures, meurtres, conflits politiques et péripéties diverses vont émailler l'itinéraire de nos deux héros, en parallèle à l'apprentissage individuel de Chris, l'homme moderne au cœur de carbone, qui va être bousculé par l'intrépide Amélie, toujours prête à se mettre en danger pour une bonne cause.

     Intelligente et documentée, cette fable écologique est une réussite de bout en bout grâce à une écriture de grande qualité ainsi qu'à un bel équilibre entre l'action et la réflexion, entre l'exotisme du voyage et une vraie vision politique. L'auteur parvient à mettre en scène ses nombreuses idées de façon très habile, en les fusionnant intimement à une fiction captivante, sans propagande trop pesante ni didactisme pédant. Il se révèle ainsi le plus efficace des militants, un beau conteur séduisant et convaincant.
     Soulignons toutefois qu'il s'agit d'un récit relativement complexe, qui s'adresse aux bons lecteurs et aux « jeunes adultes » plutôt qu'aux enfants — en témoigne par exemple l'extrait cité en ouverture de cette chronique. Cet ouvrage « jeunesse » n'aura par ailleurs aucun mal à séduire le lectorat adulte que le thème intéresse.

     Comme toujours, on peut sans doute trouver quelques défauts à cet ouvrage. Pour ma part, le prologue des pages 11 à 22 m'a par exemple semblé peu utile. J'ai aussi été agacé par une diatribe de mauvaise foi contre la médecine (pages 150 à 154), certes lancée par un personnage un peu marginal, mais dont les propos excessifs et honteusement réducteurs (« La plus grande découverte à implications médicales de l'histoire de l'humanité c'est le savon, point. » p.154) sont à peine atténués par le narrateur. Cette charge dont aucun des arguments n'est tout à fait honnête décrédibilise un peu le propos global. Enfin le dénouement aurait pu être plus convaincant : même les grands méchants capitalistes ne sont pas suffisamment stupides pour mitrailler la poule aux œufs d'or avant d'être certains d'obtenir le trésor convoité.

     Ces détails sont cependant de bien peu d'importance en regard des 270 pages d'un récit très dense, où de nombreux aspects écologiques, biotechnologiques et géopolitiques — du problèmes des déchets toxiques à celui du clonage humain, en passant par la rébellion au Timor — sont abordés avec une réelle acuité, conduisant parfois jusqu'au paradoxe : « Ce qui perdra l'homme c'est son pouvoir d'adaptation. L'espèce humaine est si plastique, si opportuniste qu'elle survivra jusqu'en enfer. » (p.215)

     Un excellent roman, qui trouve naturellement sa place dans l'ambitieuse collection « Sous le vent » du Navire en pleine ville, éditeur original et exigeant.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 30/4/2008
nooSFere


     Marc Vassart, vétérinaire, défendeur inlassable de la biodiversité, est l’auteur de trois romans : La Peau du monde, Glace noire et Les Larmes étaient leur pardon. Glace noire se situe dans un futur relativement lointain, 2094, et Les Larmes étaient leur pardon dans un futur notablement plus proche où un échantillon de foie de dugong (sorte de vache marine) pourrait faire bondir en avant la recherche scientifique médicale, notamment celle qui tente de mettre au point un vaccin contre le Sida.

     Seul problème : les dugongs ont disparu de la surface de la Terre, à moins qu’il n’en reste quelques-uns dans un des coins les plus dangereux du monde, le Timor oriental, qui fait partie de l’archipel indonésien.

     En compagnie d’Amélie Mailer, qui pourrait être une écoterroriste, Chris (sorte d’Indiana Jones moderne) part en Indonésie, à la recherche des derniers dugongs. Ce qu’il ignore, c’est que des hommes capables de tuer de sang-froid ont été lancés à ses trousses, car la découverte d’un vaccin contre le sida n’a pas de prix (bruits de tiroir-caisse comme dans la chanson « Money » de Pink Floyd).

     Les Larmes étaient leur pardon est un très bon livre jeunesse (à réserver toutefois aux plus de douze ans — il y a un meurtre, des références difficiles, une scène de torture). Une belle aventure riche en beautés et en émotions fortes. Histoire de pinailler, je ferais juste remarquer que les pages 23-28, moralisatrices, ne servent à rien, pis, fragilisent l’ensemble et que certains détails de science-fiction, relatifs aux créatures réalisées par manipulations génétiques, ne « marchent » pas. Quant à la scène du rachat des singes, elle nous rappelle un peu trop violemment que nous sommes dans un livre jeunesse, donc relativement « léger ». Pour le reste, il s’agit d’un ouvrage remarquablement bien écrit, plein d’aventure, de politique pas trop nunuche et d’écologie plus « réaliste » qu’« idéaliste ». Une littérature engagée, posée, qui, en évitant (presque tous) les poncifs, fait du bien.

Thomas DAY
Première parution : 1/1/2008
dans Bifrost 49
Mise en ligne le : 26/1/2009


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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