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Le Chemin des ombres

Jérôme NOIREZ


Illustration de Miguel COIMBRA

MANGO Jeunesse , coll. Royaumes Perdus n° 9
Dépôt légal : octobre 2008
Première édition
Roman, 240 pages, catégorie / prix : 9 €
ISBN : 978-2-7404-2474-2
Genre : Fantasy



Quatrième de couverture
     Au cœur du Japon des premiers âges, la jeune princesse Amaterasu dirige le clan Isanami frappé par la tragédie. Les parents de l'adolescente ont disparu et son frère Susanowo a été exilé dans la forêt. Depuis, il vit comme une bête rongée par la haine. Mais une double menace va les rapprocher. Leur mère, souveraine du royaume des morts, a lâché sur eux ses démons, et la toute puissante Himiko qui règne sur l'empire du Nord a rassemblé l'élite de ses soldats pour détruire le clan. L'intelligente princesse et le farouche guerrier devront unir leurs différences pour survivre sur le chemin des ombres.

     Une évocation épique qui renoue avec la plus célèbre légende du Japon. Un roman dans la droite ligne de Le clan des Otori de Lian Hearn.
Critiques
[Recension portant sur deux romans jeunesse de l'auteur : Le Chemin des ombres et L'Empire invisible]

     Livre après livre, Jérôme Noirez se taille une place de choix dans le paysage de l'imaginaire français. Le cycle « Féerie pour les ténèbres » (éditions Nestiveqnen), projet aussi fou que génial, annonçait des débuts plus que prometteurs, tandis que son roman suivant, Leçons du monde fluctuant (Denoël coll. « Lunes d'encre »), qui transposait le mythe d'Alice dans la culture africaine, manquait de peu le Grand Prix de l'Imaginaire (critique dubitative in Bifrost 48). C'est maintenant à la littérature pour la jeunesse que Jérôme consacre son talent, en publiant d'abord Fleurs de dragon, dont nous avions dit le plus grand bien dans ces pages (in Bifrost 51), puis aujourd'hui L'Empire invisible chez le même éditeur nantais (Gulf Stream) et Le Chemin des ombres, dans la collection animée par notre collaborateur en Bifrosty Xavier Mauméjean, « Royaumes perdus » aux éditions Mango.

     Longue entrée en matière pour une dichotomie que les textes ne justifient guère, la distinction entre littérature adulte et romans pour la jeunesse étant ici bien floue. Car si l'on perçoit dans ces derniers une véritable dimension pédagogique, Jérôme Noirez n'y ménage pas la sensibilité de ses lecteurs, jeunes ou pas. Le Chemin des ombres est sans doute aucun son livre le plus noir et le plus violent à ce jour (quoique la violence y soit plus psychologique que physique). Commençons donc par ce roman qui nous plonge aux racines mêmes de la mythologie shinto.

     La paix qui règne à Nichu est bien précaire. Ultime bastion de résistance aux aspirations hégémoniques de la reine Himiko, le village vit sous la menace constante d'une invasion, et la confusion qui règne chez ses dirigeants n'arrange rien. La jeune Amaterasu a bien du mal à endosser son rôle d'Uji-no-kami, ou chef spirituel et politique de la communauté : sa mère Izanami est morte en couches, son père Izanagi a disparu peu de temps après, et son frère Susanowo vit reclus quelque part dans la forêt, dévoré par la haine qu'il porte à sa sœur. Répondant à l'appel d'Izanami, devenue la reine du Yomi, le royaume des morts, ce dernier entreprend de kidnapper Amaterasu et de l'emmener de force dans le monde d'en bas, où leur mère nourrit le fantasme de réunir à nouveau les siens par-delà le trépas. Mais cet enlèvement prend vite des allures de voyage initiatique dès lors que les kamis, esprits ou divinités de toute chose, s'en mêlent, entraînant les deux adolescents sur le chemin du souvenir et, peut-être, de la rédemption.

     Tableau d'une période trouble et douloureuse de l'histoire, L'Empire invisible délaisse le Japon médiéval pour la Caroline du Sud du milieu du XIXe siècle. Fille d'esclave, Clara Walker endure stoïquement sa vie de labeur dans les champs de coton, jusqu'au jour où son père, Nathaniel, se fait tabasser à mort par la milice privée de leur maître — milice qui préfigure le Ku Klux Klan. Alors Clara refuse de se taire. Alors Clara s'engage sur une voie qui ne lui apportera nul apaisement, mais à laquelle elle ne peut échapper : celle de la vengeance.

     Deux récits qui ne se ressemblent guère, et qui ont pourtant beaucoup en commun, à commencer par des héros d'une touchante humanité, pétris de doutes, mais dont le courage se révèle à la lumière de l'inacceptable. Ils sont d'ailleurs secondés par une galerie de personnages hétéroclites qui, loin de se contenter de servir l'intrigue, acquièrent, on ne sait trop par quel miracle, une vie propre, tantôt grandiose, tantôt pathétique, mais jamais anecdotique. Autre point de convergence, cette écriture à la fois sobre et musicale qui impose chaque phrase, chaque réplique, comme une évidence, sans jamais prendre le pas sur le propos. Enfin, et c'est bien là le principal, cette faculté qu'a l'auteur de faire de l'histoire des uns celle de tous, cette propension à l'universel qui s'adresse à chacun d'entre nous — jeune ou moins jeune — et qui tombe juste à chaque coup.

Thibaud ELIROFF
Première parution : 1/1/2009 dans Bifrost 53
Mise en ligne le : 29/9/2010

Critiques des autres éditions ou de la série
Edition J'AI LU, Fantasy (2007 - ) (2011)

[Chronique commune au Chemin des ombres et au diptyque
Fleurs de dragon / Le Shôgun de l'ombre]


     Autant le dire tout de suite, nous sommes un certain nombre à Bifrost à apprécier les romans et nouvelles de Jérôme Noirez. Lorsqu'il écrit, l'auteur ne fait pas dans la demi-mesure, bien au contraire, il ferait plutôt dans la démesure et la générosité. Un sentiment renforcé par une prose limpide oscillant entre poésie et cruauté. Les romans de Noirez ne se conquièrent pas de haute lutte. Ils vous happent dans leur filet pour vous relâcher l'esprit hanté par des émotions contrastées.

     Avec le diptyque Fleurs de dragon / Le Shôgun de l'ombre et Le chemin des ombres, romans destinés à la jeunesse, l'auteur français ne délaisse pas complètement les récits bizarres peuplés de fantômes et autres monstruosités. Il aborde les territoires de l'imaginaire nippon. Une découverte suscitant émerveillement et respect comme on va le voir. Pour autant, il n'édulcore pas la violence des relations humaines au profit d'un propos lénifiant.


     Conte d'un Japon légendaire

     Paru à l'origine dans la défunte collection « Royaumes perdus » des éditions Mango jeunesse, Le Chemin des ombres s'inscrit pleinement dans la déclaration d'intention défendue par Xavier Mauméjean, son directeur : « Parlons de ce qui n'existait pas (...) des romans qui seraient dédiés à l'imaginaire du monde entier. C'est-à-dire aux contes et légendes qui forment le merveilleux de toutes les cultures. »

     Tout commence à la manière d'un dessin animé de Hayao Miyazaki. Niché dans une vallée retirée, le village de Nichu coule des jours paisibles à une époque où l'Histoire demeure incertaine. Ses habitants y goûtent une quiétude salutaire, à l'abri des turbulences du vaste monde, entre rizière et culture du mûrier, sous la conduite de Amaterasu, leur uji-no-kami, autrement dit, l'esprit vivant de la petite communauté. Mais le bonheur, s'il n'est pas le sentiment le mieux partagé du monde, est également une denrée fragile. Confronté à l'appétit insatiable de pouvoir de la reine Himiko, la jeune Amaterasu doit accomplir son devoir : faire face pour protéger les siens. Et laisser de côté sa peine. D'abord, un deuil familial qu'elle n'a toujours pas réussi à faire. Puis un conflit ouvert avec son frère Susanowo, jeune homme insensé et violent, exilé désormais dans la montagne où il vit comme un sauvage. Sans oublier un père absent et une mère morte dans des circonstances dramatiques. Ecrasée par la douleur et le devoir, Amaterasu craint de ne pas disposer de la sérénité nécessaire pour jouer son rôle de guide politique et spirituel. La solution à ses tourments se trouve-t-elle au pays des morts, comme tous les signes le laissent présager ? Le chemin de l'ombre conduit-il à la lumière du soleil levant ?

     On l'a compris, l'intrigue du roman de Jérôme Noirez relève essentiellement du conte. Un conte cruel empreint de noirceur et de violence. L'auteur français fait sien l'Imaginaire japonais, revisitant avec talent le panthéon shintoïste et proposant une adaptation personnelle du mythe de Amaterasu. Au-delà du mythe, le récit est jalonné de rencontres — kamis, tengus et esprits des défunts — qui apparaissent comme autant d'épreuves contribuant à reforger une chaîne familiale brisée par le déni et le crime. Loin d'être le cocon dans lequel la chrysalide attend de muer pour prendre son envol, la cellule familiale de Amaterasu est affrontement, traumatisme, incompréhension, trahison... Et pourtant, elle doit être aussi le lieu de la réconciliation et celui de l'harmonie retrouvée. Le creuset autour duquel le clan, voire la future nation, s'enracinent.

     Ainsi, le périple de Amaterasu et Susanowo s'apparente par bien des aspects à un récit initiatique. Il offre quelques parenthèses poétiques de toute beauté, ne négligeant par les ressorts de l'effroi comme tout conte qui se respecte. On pense notamment à l'atmosphère magique du passage centré sur la cascade dans la montagne. On reste aussi imprégné par les paysages cauchemardesques traversés par les enfants durant leur voyage sous terre.

     Bref, pour toutes ces raisons, Le Chemin des ombres est une œuvre hautement recommandable.


     Japon des temps héroïques, Japon des temps historiques [...] 1

Notes :

1. La partie de la chronique consacrée au dyptique n'est pas reproduite ici. [note de nooSFere]

Laurent LELEU
Première parution : 1/10/2011
dans Bifrost 64
Mise en ligne le : 23/2/2013

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