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La Marque

Jacqueline CAREY

Titre original : Kushiel's Dart, 2001

Cycle : Kushiel vol.

Traduction de Frédéric LE BERRE
Illustration de Anne-Claire PAYET

BRAGELONNE n° (232)
Dépôt légal : novembre 2008

792 pages, catégorie / prix : 30 €
ISBN : 978-2-35294-237-5   

Édition reliée.



    Quatrième de couverture    
     « Ce roman brillant et audacieux, qui se déroule dans une fascinante Renaissance imaginaire, propulse immédiatement Carey parmi les tout meilleurs auteurs de Fantasy. »
     Publishers Weekly

     Phèdre nó Delaunay a été vendue par sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant.
     Habitant désormais la demeure d’un haut personnage de la noblesse, pour le moins énigmatique, elle y apprend l’histoire, la théologie, la politique et les langues étrangères, mais surtout... les arts du plaisir. Car elle possède un don unique, cruel et magnifique, faisant d’elle une espionne précieuse et la plus convoitée des courtisanes.
     Rien ne paraît pourtant lui promettre un destin héroïque. Or, lorsqu’elle découvre par hasard le complot qui pèse sur sa patrie, Terre d’Ange, elle n’a d’autre choix que de passer à l’action. Commence alors pour elle une aventure épique et déchirante, semée d’embûches, qu’il lui faudra mener jusqu’au bout pour sauver son peuple.

     Récit plein de grandeur, de luxuriance, de sacrifice, de trahison, d’insondables infamies et de conspirations machiavéliques, La Marque dévoile un monde de poètes vénéneux, de courtisans assassins, de monarques trahis et assiégés, de seigneurs de guerre barbares, de traîtres grandioses... vu par les yeux d’une héroïne comme vous n’en avez jamais rencontré et que vous n’oublierez jamais.

    Prix obtenus    
Locus, premier Roman, 2002
 
    Critiques    
     « Je n'en veux pas vraiment à mes parents, mais j'avoue que leur naïveté me fait parfois envie. À ma naissance, personne ne les a avertis que le nom Phèdre qu'ils m'avaient choisi était marqué du sceau de la fatalité. Ils ignoraient tout à la fois qu'il vient des terres hellènes et qu'il est porteur de malédiction. »

     Dans une Europe alternative, Phèdre est vendue par sa mère au seigneur Delaunay qui s'occupe de son éducation en échange de services un peu particulier. Celui-ci a repéré en elle le don de Kushiel, dieu de l'amour et de la souffrance : elle aime la douleur jusqu'à s'en évanouir. Delaunay va donc lui donner une éducation de très haut niveau sur tous les plans, puis l'utiliser comme courtisane de luxe pour soutirer les secrets que ses ennemis lâchent dans l'extase. Chaque mission de Phèdre lui ramène un peu d'argent, pour s'acheter la marque, grand tatouage pratiqué dans son dos qui signera sa liberté lorsqu'il sera terminé. Mais ces missions d'espionnage vont se révéler dangereuses et entrainer Phèdre dans un périple rempli de bruit et de fureur, de barbares, de traitres et de rois.

     Prix Locus 2002 du premier roman, sorti directement en édition reliée chez Bragelonne, présenté comme « le chef d'œuvre de la fantasy érotique », La Marque, pavé de 700 pages et premier tome de la trilogie consacrée à Phèdre nó Delaunay, fait certainement partie des livres les plus attendus de cette fin d'année.

     Après un début un peu lent, nécessaire à la mise en place de cette Europe si différente de la nôtre et de ses intrigues de cour, Jacqueline Carey fait subir à peu près tout à son héroïne : tour à tour putain, espionne, prisonnière, esclave de tribus barbare, exploratrice, négociatrice et guerrière, rien ne sera épargné à Phèdre, notamment lors de quelques scènes chaudes.

     Ces passages justement, qui participent à la renommée du livre, évoluent entre un érotisme sado-masochiste assez doux et des tortures à la limite du soutenable, qui, même si elles sont décrites sans complaisance et s'intègrent parfaitement dans le récit, réservent le livre à un public adulte. On remarquera aussi que cette héroïne masochiste, bien éloignée des clichés habituels du genre, évite de se jeter aux pieds du premier barbare venu en gémissant.

     A coté de toutes ces aventures, on ne peut que remarquer l'écriture. Dès le début du récit, on est transporté par un style soutenu : « Apaisé, mon regard avait ce brun profond et brillant que les poètes appellent « bistre », celui des eaux d'un étang dans l'ombre d'une forêt de chênes centenaires. Hors de Terre d'Ange, sans doute parle-t-on d'yeux bruns, mais les langues usitées au-delà de nos frontières sont d'une pauvreté infinie lorsqu'il s'agit de dépeindre la beauté. » Loin de gêner la lecture, ce style pourtant chargé s'accorde parfaitement avec l'éducation de Phèdre et le monde qu'elle traverse.

     Alors Kushiel, « chef d'œuvre de la fantasy érotique » ? Si l'appellation « érotique » est largement usurpée par le faible nombre de scènes vraiment torrides et une ambiance tenant plus de la torture que du plaisir, la qualification de chef d'œuvre est par contre bien plus proche de la vérité : ce récit épique, d'une ampleur rare et au style magnifique, réussit à combiner avec bonheur des intrigues militaires, diplomatiques, religieuses et politiques sans ennuyer un seul instant le lecteur. Il se place sans problème parmi les meilleurs ouvrages du domaine de ces dernières années. Les deux (voire cinq, car une deuxième trilogie dans le monde de Kushiel suit) autres tomes seront-ils à la hauteur de ce premier roman ?


René-Marc DOLHEN
Première parution : 9/11/2008 nooSFere


     Belle héroïne au prénom marqué par la fatalité, Phèdre subit la malédiction d'être une « anguissette », c'est-à-dire une amante dont le plaisir est décuplé par la douleur !
     Marquée par le signe de Kushiel, Celui qui punit, comme l'atteste la tâche vermillonne dans son œil gauche, elle va devenir une courtisane de renom au service officiel de Naamah, ainsi qu'une espionne de talent à la cour de Terre d'Ange, avant d'être rattrapée par son destin tragique et progressivement séparée de la plupart de ses amis, tels Hyacinthe, prince tsingano et voyant du dromonde, Anafiel Delaunay, son maître, Alcuin, son condisciple...
     Seul Josselin, chaste moine combattant de Cassiel, son garde du corps et reflet en négatif, restera à ses côtés pour tenter de sauver leur pays et sa reine.

     A des faits historiques établis, surtout basés sur le christianisme et les guerres de pouvoir qui ont façonné l'Europe, l'auteur intègre harmonieusement des éléments surgis de son imagination fertile.
     Par ce subtil mélange, elle donne naissance à un monde proche du nôtre mais marqué par des croyances et des réalités bien différentes, tels la vénération de l'ange Elua, né de l'union du sang de Yeshua sur sa croix et des larmes de Magdelene, et ses huit disciples (Naamah, Kushiel, Cassiel, ...), les treize maisons du plaisir de la Cour de Nuit, la magie maritime destructrice du Maître du détroit ou encore de sombres intrigues politiques menant Terre d'Ange à être envahi par des hordes skaldiques.

     Ce livre de fantasy annoncée comme « érotique » aborde certes des facettes d'une sexualité qui le feraient plutôt réserver aux adultes, mais jamais de manière vulgaire ni trop crue.
     En bref, un excellent roman, porté par une héroïne attachante et originale dont les aventures épiques et épicées nous tiennent en haleine jusqu'à la dernière page et nous font attendre la suite avec impatience !


Claire FLOT
Première parution : 8/12/2008 nooSFere

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition MILADY, Imaginaire (2014)


     Les fans seront extrêmement satisfaits de savoir que Milady publie enfin la trilogie de Kushiel en format poche. Même si le premier tome, La Marque, avoisine les 1000 pages, impossible, pour tout amateur de récit épique qui se respecte, de faire l'impasse sur cette histoire. Jacqueline Carey met en scène Phèdre nó Delaunay, une jeune femme dont le destin sera intimement lié à son pays. Utilisant ses talents — un peu particuliers — de courtisane, elle va traquer les informations et mettre tout en œuvre pour déjouer les complots fomentés contre les détenteurs du trône.

     Premier constat quand on examine la carte de Terre d'Ange et de ses sept provinces, on ne peut s'empêcher d'y voir un bel hommage à la France, à la diversité de ses régions et à son Histoire. Eh bien oui ! Soyons un brin chauvin ! La vision idéalisée de Jacqueline Carey est peut-être éloignée de notre présent, mais elle se rapproche de la cour des Comtes de Toulouse au temps du fin'amor — l'Amour Courtois — où l'on mettait en exergue un art de vivre chanté par les troubadours. Les amateurs d'Histoire trouveront donc par moment un petit air familier à cette contrée.
     Au-delà de cela, Terre d'Ange bénéficie d'un passé particulier, car le pays n'a rien de moins qu'été façonné par Elua le béni, né du sang du Messie et des larmes de Magdelene —  Oui ! Oui ! Dieu a eu un petit-fils... — et ses huit Compagnons — des anges ayant bravé la colère de Dieu pour suivre Elua. Ceux-ci se sont intimement mêlés aux D'Angelins pendant trois décennies avant de s'éclipser vers la véritable Terre d'Ange — une sorte de Paradis bis, Elua ne souhaitant pas rejoindre son grand-père... — , léguant à leurs descendants une partie de leur caractère respectif et de leur beauté. Et, bien que le roman soit un récit purement fictif situé dans une contrée imaginaire, la composante religieuse s'avère un de ses seuls aspects fantastiques. À la manière de Robin Hobb dans son cycle L'Assassin Royal, Jacqueline Carey pratique ce registre à petites doses, mais il est diffus, intrinsèquement lié à la vie des D'Angelins. Car, en plus de leurs connaissances et de leurs gènes, nos êtres divins ont laissé pour héritage un concept de société, résumé par un précepte omniprésent tout au long de l'histoire : « Aime comme tu l'entends ». Et c'est grâce à cette maxime que Phèdre va embrasser dans la douleur un destin hors du commun, alors qu'elle n'était promise qu'à une obscure carrière au service de Naamah — l'un Compagnon ayant donné son corps pour faire vivre Elua — dans l'une des treize maisons de plaisir de la Cour des floraisons nocturnes.
     Née sous le signe de Kushiel, l'un des Punisseurs de Dieu ayant renoncé à ses devoirs pour suivre Elua, Phèdre est une anguissette. La jeune femme éprouve naturellement du plaisir dans la douleur, se conformant ainsi à la vision de l'Amour du sévère Compagnon qui l'a marqué d'une tache de sang dans l'œil. C'est une particularité extrêmement rare touchant au mystique, une sorte de lien direct avec l'ange et ses desseins obscurs qu'on entrevoit tout au long du récit sans que l'auteur ne l'aborde franchement. Anafiel Delaunay, un noble proche du trône et épris d'intrigues, achète la marque de Phèdre à une maison de plaisir alors qu'elle n'est qu'une enfant ignorante de ses dons. En Terre d'Ange, ce tatouage dorsal est exécuté grâce aux paiements des contrats. Terminé, il libère la personne du service de Naamah, lui permettant de devenir son propre maître. Maître Delaunay instruit sa pupille pour l'employer comme espionne auprès de clients triés sur le volet et soutenir la Couronne alors que les temps sont incertains et la succession fragilisée par l'inexpérience de la jeune Reine. Mais tel est pris, qui croyait prendre ! Après de belles années dans la maison de son mentor, les adversaires d'Anafiel plongent la vie de Phèdre dans le chaos. Courageusement et avec persévérance, notre héroïne va lutter, utilisant tous les moyens à sa disposition, et faire honneur à sa formation. C'est un personnage fort qui place la fidélité au premier plan, allant jusqu'à se sacrifier pour son pays. Le fait que la jeune femme soit une anguissette prend alors tout son sens. On applaudit avec enthousiasme l'imagination de l'auteur d'autant qu'elle a visiblement employé le même soin à créer ses personnages secondaires avec une mention spéciale pour les ennemis de notre courtisane ainsi que Hyacinthe et Joscelin, ses compagnons d'infortune. Et si le premier tiers du récit s'écoule pareil à un long fleuve tranquille agité de quelques soubresauts, le rythme s'accélère par la suite. Entre complots politiques et luttes de pouvoir, il devient alors presque impossible de reposer ce roman sans avoir envie de commencer le chapitre suivant.
     L'univers bâti par Jacqueline Carey s'avère merveilleusement dense et complexe. Au-delà des aventures de l'héroïne, c'est un pur bonheur de découvrir les us et coutumes des habitants et de leurs voisins. Débutant comme un récit initiatique, l'auteur conte l'enfance et l'adolescence de Phèdre avant de la plonger dans la tourmente. Il faut donc profiter pleinement de ce répit pour assimiler le contexte ainsi que les différents personnages que la jeune femme est amenée à rencontrer. En effet, miss Carey est prolixe et apprécie d'emmêler les fils de l'intrigue, tissant une trame riche et colorée. Elle parsème le récit de subtiles informations dès le premier chapitre, alors gare à celui qui se laisse bercer par sa plume sans faire marcher sa mémoire. À ce propos, le langage soutenu employé par l'auteur pourrait effrayer quelques lecteurs, mais il serait dommage de ne pas persévérer. Le style de Jacqueline Carey apporte un rythme et une poésie extraordinaire au texte. De plus, le traducteur a su parfaitement nous rendre la richesse de son vocabulaire et sa maîtrise incontestée de la langue. On ne le remerciera jamais assez ! Tout cela est indissociable du plaisir que l'on a à suivre Phèdre dans ses aventures.
     Dernier point et pas des moindres, le statut de courtisane et plus particulièrement la condition d'anguissette de l'héroïne ne sert pas d'excuse pour doter ce personnage d'une sexualité débridée. Les quelques passages où la demoiselle exerce ses charmes restent sobres et demeurent toujours propices à l'avancement de l'histoire et des différentes intrigues. On appréciera donc encore plus l'auteur pour avoir évité le piège de la facilité et employé son imagination dans le plus essentiel : le scénario et ses nombreux rebondissements.
     Bref, ce roman est une véritable réussite ! Un seul conseil : à lire et à relire !

Nathalie TELL
Première parution : 16/7/2014
nooSFere


 

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