Site clair (Changer
 
  Critiques  
 
  Livres  
 
  Intervenants  
 
  Prix littéraires  
 
  Adaptations  
    Fiche livre     Connexion adhérent
Ptah Hotep

Charles DUITS



Illustration de Sébastien HAYEZ

DENOËL (Paris, France), coll. Lunes d'Encre n° (110)
Dépôt légal : mai 2009
448 pages, catégorie / prix : 20 €
ISBN : 978-2-207-26135-4   
Genre : Fantasy



    Quatrième de couverture    
     Ptah Hotep, prince de Hagaptah, partage sa jeunesse dorée entre l'étude, la recherche spirituelle et la compagnie de la fastueuse courtisane Aset. Mais un coup d'État va contraindre l'adolescent à un apprentissage d'un tout autre ordre : celui de la misère et de l'exil. Dans un décor évoquant à la fois Les Mille et Une Nuits, l'Inde et la Chine médiévales, l'Egypte, la Rome et la Grèce antiques, d'aventures en histoires d'amour, il revêtira l'armure de Soliman pour libérer le monde de la tyrannie.

     Chef-d'œuvre de la fantasy francophone, épique et foisonnant, Ptah Hotep dynamite les limites de ce genre.

     Charles Duits (1925-1991), né à Paris d'un père hollandais et d'une mère américaine, doit à André Breton son entrée en écriture. D'abord poète et essayiste à la manière des surréalistes, il trouvera peu à peu sa propre voie à travers la découverte des textes sacrés, de la mystique orientale et de certaines expériences psychédéliques.

    Cité dans les Conseils de lecture / Bibliothèque idéale des oeuvres suivantes :    
 
Denoël : Catalogue analytique Denoël (liste)
Association Infini : Infini (3 - liste francophone) (liste parue en 1998)

 
    Critiques    
     Sous une très belle couverture due à Sébastien Hayez nous est livré un roman de fantasy pas comme les autres. Pas du tout comme les autres.

     Ce livre en est, si je ne me trompe, à sa cinquième édition, toujours chez Denoël. Après l'édition originale de 1971, il a été repris en « Présence du Futur » une première fois en deux tomes, puis une seconde avec des illustrations réussies de Jean-Yves Kervevan, une troisième fois en seul volume sous une livrée signée Florence Magnin ; en voici la cinquième. Manifestement, l'éditeur tient à son ouvrage et il est un adage populaire qui veut que l'on ne cessât point de jouer un cheval qui gagne...

     A la lecture de Ptah Hotep, cela peut surprendre tant on est à cent, à mille lieues de la fantasy commerciale standard. L'histoire est d'une banalité « rare ». En effet, combien de fois n'a-t-on pas lu l'histoire d'un jeune prince spolié de sa couronne par des intrigants ayant vécu dans l'ombre du trône, attendant l'heure de leur forfait à l'instar d'araignées au centre de leur toile ? C'est l'histoire la plus courue de la fantasy.

     La quatrième de couverture nous dit de l'auteur qu'il dut à André Breton son entrée en littérature, fut d'abord poète et essayiste à la manière des surréalistes. Poète et Surréaliste. Deux mots qu'il faut garder en mémoire au moment d'aborder la lecture de Ptah Hotep. C'est délibérément que Charles Duits a opté pour une trame narrative simpliste et archiconnue tant il tenait à ne pas distraire le lecteur de son propos qui est autre et ailleurs.

     Tout le roman n'est que le récit de sa jeunesse par Ptah Hotep lui-même adressé à son « Seigneur et Divin Frère », l'Empereur. Récit qui apparaît telle une très longue lettre. Une correspondance privée. Plus que d'un roman, Ptah Hotep revêt l'aspect d'un long poème en prose. Les titres ronflent à pleines pages, ornés d'une foison de majuscules. Ptah Hotep est un texte fait pour être lu à voix haute. C'est un chant porté par la sonorité de mots choisis ou forgés pour la circonstance avec grand soin. Ptah Hotep ravit non par la narration de péripéties déclinées sur un mode mineur, mais par le plaisir procuré par les mots eux-mêmes, comme dans une chanson ou un poème. Les longues et nombreuses descriptions d'un réel lyrisme qui émaillent le récit ne donnent pas tant à voir qu'elles ne se laissent entendre. Plus qu'aux métaphores, c'est aux comparaisons que sans cesse recourt Charles Duits, mais des comparaisons qui ne montrent guère autre chose que leurs mots eux-mêmes. Ainsi, lorsqu'un couple s'ébat, ils « sont deux panthères dans la forêt » ; quelqu'un est en colère, il est « comme le cheval de l'Iscandre » ou alors « comme le taureau assailli par les guêpes de l'Iscandriane » et l'on est « joyeux comme les flots de la mer de Yud ». Tout le texte regorge de titres et de noms propres qui composent une esthétique tout à fait remarquable. Mots, noms propres, titres, comparaisons, expressions et répétitions reviennent inlassablement tel le ressac, imposant un rythme hypnotique qui confère au récit une dimension onirique qui le rapproche du surréalisme.

     Ptah Hotep ne faiblit que dans les cent dernières pages où la poésie cède à une dimension plus épique. Charles Duits, nous dit-on, s'est penché sur des textes sacrés ainsi que la mystique orientale, et le parcours initiatique du jeune héros le porte davantage vers le mysticisme que vers les armes. S'il participe à une guerre, elle ne vise pas à la reconquête de sa couronne mais répond à des contingences qui lui échappent. Faut-il dès lors être surpris qu'un héros nommé Ptah Hotep tende à s'incliner vers la sagesse et le mysticisme quand son homonyme historique, qui vécut en Egypte sous la Ve Dynastie, vers 2400 av. JC, est l'auteur du plus ancien écrit de sagesse qui nous soit parvenu ?

     L'avant-propos rattache Ptah Hotep à un certain mysticisme dont chacun pensera ce qui lui convient mais il y est dit que « le monde au sein duquel évoluent les personnages de Ptah Hotep est beaucoup plus réel que celui dont nous entretiennent les journalistes de la télévision. » Ce n'est pas ici l'endroit de se fendre d'une critique des médias, et l'on se bornera à constater que cette opposition là est malvenue, n'opposant qu'une fiction à une autre. Ce monde est plus réel que celui où nous évoluons en ce sens que le monde du rêve, révélateur de l'inconscient, est bien plus réel que la perception consciente que l'on peut avoir de la réalité éveillée. Œuvre onirique, Ptah Hotep n'en est pas pour autant propice à une lecture psychanalytique — je ne me souviens pas d'avoir jamais rêvé de la sorte. Charles Duits déploie une magnifique fantasmagorie, ampoulée, surchargée, pleine de sons et de couleurs, quasi synesthésique, qui nous emporte et nous saoule telle une vague de plaisir.

     Le monde surréel de Ptah Hotep dépeint un futur né d'un passé qui jamais ne fut ni n'existera que dans l'imagination de l'auteur et des lecteurs. Un futur qui, à l'instar du phénix, renaît magnifié de ses cendres et ruines. Un rêve de Méditerranée. Fusion de cultures et d'époques. Dans ce monde aux deux mers intérieures, aux nuits éclairées par deux lunes, l'Egypte, la Rome et la Grèce antiques se côtoient, se mêlent et se métissent ; se parent des couleurs de l'Inde et de la Chine en un flamboyant kaléidoscope où l'on croise Mûsûls, Cruciens et Rûmiens transparents ainsi que des gens à la peau bleue. Ce qui, bien davantage que les péripéties, intéresse Charles Duits, est d'ouvrir l'esprit de son lecteur au tourbillon sensoriel foisonnant de mots qu'il lui offre. Ici, les mots ont non seulement une musique, mais aussi une saveur, et Duits nous invite à visiter un univers psychédélique idéal plus réel que nature en quête d'une transfiguration par l'esthétique.

     Ptah Hotep, comme Le Grand Midi d'Yves et Ada Rémy ou Gormenghast de Mervin Peake, est une de ces fantasy inclassables, à nulle autre pareille. On ne peut qu'adorer ou détester un tel livre qui constitue une expérience littéraire comme l'on a peu d'occasions d'en faire. Il est difficile de le classer ailleurs que parmi la fantasy quoique cela n'ait guère de sens — bien que Duits fût l'un des derniers, il figurera cependant mieux en compagnie des œuvres des surréalistes. Les amateurs purs et durs de fantasy épique traditionnelle qui viendraient à s'y frotter risquent de s'en trouver fort marris et quelque peu déboussolés. Je ne serais nullement surpris d'apprendre qu'un lecteur furibond, se sentant soudain tel le cocu, ait fini par jeter au feu quelque exemplaire de Ptah Hotep. Par ailleurs, délaisser l'ouvrage c'est s'assurer de passer à côté de quelque chose d'aussi inouï que ce que la littérature peut donner de mieux. On ne lit pas Ptah Hotep, on le savoure et l'on s'en émerveille comme d'un songe prodigieux dont on ne sort qu'à regret. Charles Duits nous a offert les clés d'un univers plus vrai, plus réel, ou du moins que l'on voudrait tel et dont le nôtre, comme dans le cycle d' « Ambre » de Roger Zelazny, n'est qu'une ombre insipide et pâle.

     Parfait ?...

Jean-Pierre LION
Première parution : 1/1/2010 dans Bifrost 57
Mise en ligne le : 8/7/2011

 
    Critiques des autres éditions ou de la série    

 
Edition DENOËL, Présence du futur (2000)


     « Des sages et des fous, des princesses lascives, des esclaves, des coupoles, des Dieux, des cérémonies, des voyages, des épreuves, des guerres, des intrigues, des assassinats, des triomphes, des initiations, des merveilles, des banquets, des jeux, des palais, des tombes, des fronts couronnés, des fronts auréolés, des pestes, des montagnes, des navires... — images entrevues durant la méditation. Projet de livre fou. » Voilà comment, dans son Journal, Charles Duits (1925-1991) évoquait sa grande vision du 7 novembre 1968, qui devait le conduire à l'écriture de Ptah Hotep. Roman né d'un rêve, largement inspiré par la prise régulière de peyotl et, selon son auteur, écrit sous l'influence d'une « voix lumineuse », à la manière d'une séance de spiritisme, Ptah Hotep est donc, on en conviendra, un roman littéralement à part. Charles Duits entend y révéler une expérience spirituelle, une réalité bien différente des « hideuses illusions au sein desquelles se débat l'humanité » (Ptah Hotep, préface à la première édition) — un « onirocosme », un monde onirique.

     Qui dit « onirocosme » dit synthèse, en un monde original, des éléments constitutifs de l'imaginaire de l'auteur. Ptah Hotep, tout d'abord, n'est pas un personnage totalement fictif, mais un Sage égyptien de la cinquième dynastie, auteur de préceptes conservés au Louvre et au British Museum. Dans ces maximes, dont le roman s'inspire au moins pour son style grandiloquent, « le noble seigneur, le divin père, aimé de Ptah, le fils du roi, le premier né de sa race, le parfait et loyal seigneur Ptah Hotep » (extrait des Préceptes) s'efforce d'inculquer à ses semblables des valeurs de simplicité et de tolérance qui ne dépareraient pas avec celles qui animent le héros du roman. Mais le monde de Duits, loin de se limiter à l'Egypte antique, intègre tout aussi bien des déités d'inspiration gréco-romaines (la Phrodite, l'Ourane, etc.) que des images orientales, comme par exemple la représentation symbolique de la sexualité. Comme les figures du zen ou du soufisme, le jeune Ptah Hotep va devoir quitter le confort d'une existence princière pour affronter réalités et chimères et pour se découvrir autre qu'il n'est. Roman initiatique, donc, quasi mystique, qui reprend le vieux projet de Duits : atteindre l'illumination à travers la découverte d'une nouvelle spiritualité, « devenir ce qu'est devenu le prince Siddharta sous l'arbre de la Bodhi » (le Pays de l'Éclairement).

     Ptah Hotep révèle aussi les influences littéraires de Charles Duits. Le surréalisme, d'abord. Introduit à l'âge de 17 ans dans le petit groupe des émules de Breton, qui l'appelait l'Oracle, c'est près de lui que Duits apprit à travailler son style. Et cela se voit. Comme chez Breton, la phrase se déroule interminablement, déferle comme une vague, chaotique et lumineuse, ponctuée d'une cascade de « et » et de « or » — sorte d'envoûtant poème en prose qui peut selon les goûts endormir ou fasciner, mais qui s'accorde admirablement au style archaïque de la sagesse égyptienne. Duits dira d'ailleurs de son roman qu'il exige « une mise en question radicale (...) du langage sinistrement polaire, aride, pompeusement faux dans lequel s'exprime l'orthodoxie [philosophique et scientifique] » (Ptah Hotep, préface à la première édition). Enfin, on peut également sentir dans le roman l'influence de Gurdjieff, le penseur des Rcits de Belzébuth à son petit-fils, auquel Charles Duits doit sa haine des conventions sociales, mais auquel il emprunte aussi la forme du conte oriental, où l'humour est partout, et la sexualité prétexte poétique.

     Pour toutes ces raisons, Ptah Hotep peut difficilement se lire comme on lit d'ordinaire un roman de fantasy ou de science-fiction. Même si l'histoire n'y manque pas d'intérêt, elle ne vaut guère que pour les fins qu'elle poursuit : donner vie à une vision, récuser parfois violemment les conventions sociales et littéraires, en particulier cet « esprit de prose », objectif et aride, qui selon Duits tuait le Merveilleux et privait l'homme d'une part essentielle de sa conscience. Le roman non conventionnel d'un homme non conventionnel, qui frayait avec les drogues et flirtait avec la folie. Une découverte littéraire et onirique à ne conseiller qu'aux amateurs de sagesses orientales, de prose poétique et d'envolées surréalistes.

Nathalie LABROUSSE (lui écrire)
Première parution : 1/9/2000
nooSFere


 

Edition DENOËL, Présence du futur (2000)


     Dans un style volontairement archaïque, Charles Duits nous entraîne dans une uchronie antique mélée d'Inde, d'Égypte, de Grèce et de Rome.
     Il est assez déstabilisant de retrouver des reflets de ces époques sur une terre qui n'est pas vraiment la nôtre, puisqu'éclairée par deux lunes. Le dépaysement est donc garanti, et c'est là le principal attrait de ce roman, dont le scénario est quelque peu décevant.
     Ptah Hotep, prince de Hagaptah, est contraint de prendre l'exil à la suite d'un coup d'état et de quitter la belle Aset à l'amour si cher. Le voyage de l'adolescent est alors l'objet d'une quête mystique de l'amour, laissant en arrière-plan la reprise de son trône à l'usurpateur.
     On peut regretter en effet que le suspense ne soit pas le maître mot de ce roman. Au contraire le héros s'engourdit dans une apathie, que le lecteur partage à la longue, non sans un sentiment exquis d'abandon.
     Le plus surprenant est peut-être cette langueur, portée par l'excellent style de Charles Duits, que l'on savoure tout en la subissant, et qui motive le lecteur à aller au bout de ce long voyage sans but précis.
     À lire par de chaudes nuits étoilées, à la manière dont les romains dégustaient le bon vin dans le triclinium.

Jean-Paul PELLEN
Première parution : 1/5/2000
dans Faeries 1
Mise en ligne le : 1/10/2004




 

Dans la nooSFere : 62397 livres, 58355 photos de couvertures, 56875 quatrièmes.
7958 critiques, 34216 intervenant·e·s, 1309 photographies, 3653 Adaptations.
 
Vie privée et cookies/RGPD
A propos de l'association. Nous écrire.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique.
Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres. Trouver une librairie !
© nooSFere, 1999-2018. Tous droits réservés.