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Le Miroir flexible

Régis MESSAC


Illustration de Al COUTELIS
Illustrations intérieures de Al COUTELIS

EX NIHILO
Dépôt légal : 2ème trimestre 2008
Première édition
Recueil de nouvelles, 174 pages, catégorie / prix : 15 €
ISBN : 2-916185-03-8



Quatrième de couverture
     L'auteur

     Régis Messac n'est pas un prophète. Les auteurs de science-fiction n'ont pas le don mystique de voir un futur déjà écrit. C'est avec beaucoup de précautions qu'il faut leur accorder même le titre de précurseurs. En effet, la profusion de leurs prévisions, extrapolations et inventions, est telle qu'il serait bien étonnant que le temps ne donne pas raison à l'un ou à l'autre. (...)
     Mais dans le cas considéré, la richesse du texte indique que l'auteur a beaucoup réfléchi à la question et qu'il manifeste un remarquable sens de l'avenir.
Gérard Klein

     Le récit

     Le Miroir flexible a paru à partir de novembre 1933 sous forme de feuilleton dans la revue des Primaires. Le récit appartient au genre de ce que l'on appelle aux Etats-Unis, la novelette. Un genre qui, pour Messac, « en un sens, se prête à certaines exigences du roman policier ».

     Si le Miroir flexible tient en partie du roman policier, il relève aussi du domaine de la science-fiction et de celui de la critique sociale. Avec le Miroir flexible, nous dit Gérard Klein, Messac « s'établit en continuité avec la science-fiction vernienne », et il introduit dans son livre, « une conception darwinienne du progrès de la vie artificielle vers le but ultime, égaler voire dépasser l'intelligence humaine, qui est exactement celle de ses promoteurs actuels ». De plus, son mécanozoaire, « cet animal mécanique, ne doit rien à l'imitation du vivant, ce qui est d'une grande et peut-être d'une totale originalité dans la littérature ». Pour Gérard Klein, le Miroir flexible est « en soi une expression bizarre qui sonne comme un cadavre exquis surréaliste », mais l'auteur, nous dit-il, « avait tout compris, vingt ans à l'avance, à une époque où la documentation spécialisée était inexistante ».
Sommaire
Afficher les différentes éditions des textes
1 - Gérard KLEIN, Préface, pages 7 à 17, préface
2 - Le Miroir flexible, pages 19 à 140, nouvelle
3 - Jim Crow ou le noir et le blanc, pages 143 à 153, nouvelle
4 - Quartier noir (Home to Harlem) de Claude Mc Kay, pages 155 à 159, critique(s)
Critiques
     Il n'est pas nécessaire, je pense, de présenter longuement régis Messac. Les quelques romans de science-fiction sortis de sa plume (La Cité des asphyxiés, Valcrétin, Quinzinzinzili) sont considérés comme des classiques du genre. Sa mort en déportation priva la science-fiction française d'un de ses écrivains et théoriciens les plus lucides. N'était-il pas, avant guerre, l'un des très rares Français à connaître la science-fiction américaine des pulps ?

     Que l'on ne s'attende cependant pas, avec Le Miroir flexible, à découvrir un chef-d'œuvre. Le lecteur qui, par extraordinaire, n'aurait jamais lu Régis Messac, devrait plutôt l'aborder par un des textes fondamentaux cités plus haut, car, d'un point de vue dramatique, Le Miroir flexible n'est pas une grande réussite.

     Ce qui fait son intérêt, c'est d'abord sa thématique, et ensuite son côté « profession de foi » (si j'ose employer cette expression en parlant d'un texte de Messac !).

     Le thème principal : la création d'un être mécanique autonome et doté d'une certaine intelligence.

     Vous me direz qu'il n'y a là rien de bien neuf et que Messac est loin d'être le premier à parler des robots. Certes. Mais il le fait avec un souci de vraisemblance et un sérieux dans l'imagination qui laissent loin derrière la grande majorité de ses prédécesseurs. L'auteur va même jusqu'à reproduire un schéma de l'être mécanique créé par son infortuné héros, le professeur Favannens. Il faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas d'un simple automate, mais d'un « être mécanique », baptisé « mécanozoaire ». Et le professeur insiste sur la part de « conscience » dont est pourvue sa création. mais attention, une conscience qui n'a, bien sûr, rien à voir avec l'âme, Dieu, ou autres fadaises du même genre : « J'avais voulu, déclare le savant, pour parfaire mon œuvre, lui laisser cette liberté, c'est à dire un certain jeu dans l'organisation de ses réfexes. » À travers cette dernière expression, toute empreinte de matérialisme, nous arrivons directement au deuxième pôle d'intérêt du Miroir flexible.

     Messac profite en fait de ce texte pour se livrer à une série de règlements de compte avec l'intolérance, le fanatisme, l'ignorance et la religion. Autant dire qu'il se heurte à forte partie !

     L'action se situe en effet dans une petite ville arriérée des États-Unis, placée sous la coupe du Ku-Klux-Klan et d'un pasteur illuminé. Ces personnages, aussi pitoyables que dangereux, provoqueront la perte du savant, qu'ils prennent plus ou moins pour un démon. On s'e doute, le triste représentant de la religion ne peut accepter qu'un simple humain puisse créer un être vivant, s'appropriant ainsi une prérogative divine. De son côté, Favannes ne lui ménage pas ses sarcasmes, reflétant ainsi les convictions matérialistes, mais aussi humanistes, de Régis Messac Un humanisme qui se teinte d'une forte dose de pessismisme, comme en témoigne la fin tragique du Miroir flexible, et de tous ses autres romans, d'ailleurs.

     Sur ce point, Messac se distingue nettement de la plupart de ses confrères d'Outre-Atlantique, généralement plus optimistes (à son époque, et aujourd'hui encore) sur l'avenir de l'humanité.

     Par contre, en ce qui concerne le matérialisme, je reprendrai ce qu'écrivait tout récemment S.T. Joshi, le grand spécialiste de Lovecraft, dans son essai The Weird Tales : « Je ne prétends pas que tous les écrivains de science-fiction sont des matérialistes ou même des empiristes, mais je soupçonne que la majorité d'entre eux le sont ». Une déclaration qui aurait, sans aucun doute, grandement réjoui Régis Messac.

Joseph ALTAIRAC
Critique déjà parue sur ce site
Parution sur nooSFere : 1/10/1990 Nous Les Martiens 18
Mise en ligne le : 21/6/2010

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