Encyclopédie Infos & Actu Recherche Association Sites hébergés
Bienvenue sur le site nooSFere.
Le javascript est nécessaire à l'affichage du menu dynamique.

recherche rapide
    nooSFere > Encyclopédie > Littérature Choisir un autre habillage   
    Critiques    
    Littérature    
    Identification    
    Fiche livre    

Ceci n'est pas un jeu

Walter Jon WILLIAMS

Titre original : This Is Not a Game, 2009
Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE
Illustration de Frédéric PERRIN
L'ATALANTE, coll. Insomniaques et ferroviaires, dépôt légal : février 2010
416 pages, catégorie / prix : 21 €, ISBN : 978-2-84172-493-2

Couverture

    Quatrième de couverture    
Imaginez un jeu sans restrictions.
Devant votre ordinateur,
dans la rue, dans un magasin,
à tout instant on peut vous appeler.
Et vous feriez mieux d’être prêt.

     Ils sont quatre amis passionnés de jeux de rôle qui se sont connus à la fac en Californie. Dagmar est conceptrice de jeux multimédia ; Charlie, son patron, a fait fortune avec un logiciel de gestion des opérations boursières ; Austin a prospéré dans le capital-risque ; BJ, lui, végète au service clientèle d’une entreprise d’informatique.
     Des rues de Jakarta en proie à un cataclysme financier jusqu’à une Los Angeles déjantée, où un mystérieux assassin frappe dans l’entourage de Dagmar, tandis que l’une après l’autre les monnaies de la planète s’effondrent, vous entrez ici dans un thriller haletant et peut-être bien... prophétique.
     Si le dernier espoir venait de la communauté des joueurs en ligne ?

 
    Critiques    
     Dagmar Shaw est conceptrice de jeux en réalité alternée (ARG, Alternate Reality Games). Il s'agit de jeux en grandeur nature : Dagmar bâtit des scénarios, et les joueurs se voient proposés des indices réels de toutes sortes afin de démêler l'intrigue qu'elle concoctée et d'arriver au bout ; des acteurs interprètent quant à eux les rôles des personnages du jeu. Pour cela, Dagmar s'inspire de beaucoup de sources différentes, et notamment de son vécu. Aussi, lorsqu'elle se retrouve bloquée à Jakarta du fait de la brusque dévaluation de la monnaie locale et de la faillite des compagnies de transport, en pleine guerre civile et clanique, même si elle craint pour sa vie, elle n'en reste pas moins attentive à ce qu'elle observe, emmagasinant du matériel pour de futures créations ludiques. Et elle se dit qu'intégrer sa situation actuelle au jeu en cours lui permettrait peut-être de se tirer d'un mauvais pas...
     Ceci n'est pas jeu, nous dit le titre. TINAG (This Is Not A Game), en anglais. Et il est vrai qu'on a bien compris le but de l'auteur : toutes virtuelles qu'elles soient, les créations de Dagmar et de ses amis ont des répercussions dans la vie réelle. Ceci est rendu possible par le réseau constitué par les joueurs, communauté solidaire et ingénieuse, et surtout aux ressources presque infinies. Qu'une personne vienne à manquer, et elle sera remplacée par un homme ou une femme à l'autre bout de la planète. À l'aide du système d'information actuel, rien ou presque n'est impossible. Cette supériorité des moyens virtuels sur le monde réel trouvera son accomplissement dans le premier acte de ce roman, où Dagmar réussira son pari et sera sauvée par l'intervention de « ses » joueurs et non du fait de la compagnie de sécurité privée mandatée par son patron.
     Mais jusqu'où a-t-on le droit d'inclure des faits survenus dans le monde réel dans des scénarios de jeux ARG ? C'est le cruel dilemme auquel va être confrontée Dagmar quand l'un de ses collègues est assassiné à son retour aux États-Unis. La police fait ce qu'elle peut, mais elle n'a pas la puissance de recherche de la communauté virtuelle des joueurs ; et si on transformait ceux-ci en autant de détectives ? Une fois la décision prise, sans réelle surprise compte tenu de ce qui précède, le roman, convaincant jusqu'alors (et notamment l'acte indonésien), reprend la trame nettement plus classique d'un techno-thriller. Les passionnantes interrogations sur les relations entre virtuel et réel, les droits et les devoirs d'une création ARG, mais aussi l'exploration de ses limites, cèdent progressivement le pas à une chasse au coupable assez convenue car maintes fois exploitée dans les blockbusters américains. Walter Jon Williams est toutefois un écrivain chevronné, il sait ainsi maintenir le suspense jusqu'à la dernière page, mais on regrette quand même ce relatif abandon de la réflexion qui faisait toute l'originalité du roman.
     Ceci n'est pas un jeu ne répond donc pas à toutes les attentes suggérées par le propos de Williams et exploitées de manière très satisfaisante dans son premier acte, mais il reste néanmoins un livre très prenant et au propos intelligent.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 13/3/2010
nooSFere


     « Les jeux créés par Dagmar n'étaient pas de ces divertissements auxquels il est facile de renoncer. Ces jeux-là vous poursuivaient. En entrant dans un jeu de Dagmar, on risquait d'être contacté par des personnages de fiction. On trouvait des messages codés en ouvrant son courrier électronique. On se voyait confier des paquets par des criminels, des extraterrestres ou des résistants. Parfois, on quittait son ordinateur pour partir en mission dans le monde réel, y rencontrer d'autres joueurs et résoudre des énigmes susceptibles de changer le cours de l'histoire.
     Les jeux que concevaient Dagmar étaient des jeux en réalité alternée. Ils révélaient aux joueurs un monde occulte sous-jacent au monde réel, dont l'organisation reposait sur des complots et des conspirations, des codes, des mots de passe et des missions secrètes. » (p.21)

     Alors qu'elle se trouve physiquement en danger dans une Indonésie en proie au chaos — du fait d'un brutal effondrement économique — , Dagmar prend pleinement conscience de l'impact possible de ses ARG (Alternate Reality Games) sur la réalité.
     Car lorsqu'on peut mobiliser une communauté entière de joueurs acharnés, dont le nombre peut s'élever à plusieurs millions, ne dispose-t-on pas de plus de ressources qu'une simple agence de mercenaires, que la police ou même l'armée d'un état ? Ne peut-on dès lors impliquer ces joueurs dans un périlleux sauvetage ? Les lâcher aux trousses d'un meurtrier ? Leur faire commettre, à leur insu, un acte terroriste ? Les utiliser pour fausser les cours de la bourse ou pour déclencher la plus vaste opération de hacking jamais conçue ?
     Où se situe la frontière entre le jeu et la réalité ? A partir de quand la manipulation du « marionnettiste » devient-elle criminelle ? Comment l'humanité peut-elle se préparer à affronter les conséquences d'un jeu mené à une telle échelle ?

     Le talent de Walter Jon Williams pour dynamiser ses intrigues grâce à une ambiance polar ou western n'est plus à souligner. On ne sera donc pas surpris de constater que l'auteur se montre une nouvelle fois redoutablement efficace dans ce thriller réaliste où les joueurs en réseaux sont employés comme des pions consentants et enthousiastes bien qu'inconscients des enjeux réels.
     L'Atalante publie cet ouvrage dans la collection « Insomniaques et ferroviaires » car, en effet, il ne s'agit pas de SF, même si cette réflexion paranoïaque sur la virtualité et la manipulation nous rapproche grandement du genre. Aucun détail de l'intrigue n'est futuriste, tout pourrait arriver aujourd'hui, peut-être même est-ce déjà en train de se produire... Il n'y a qu'à voir la crise financière actuelle : nos traders affrontent-ils l'économie autrement que comme un jeu excitant et lucratif, en oubliant l'impact potentiel de leurs paris ?

     Si l'univers décrit est sans doute plus simple et moins foisonnant que beaucoup des précédents romans de l'auteur – dont Avaleur de mondes chez le même éditeur — , le propos en demeure aussi ingénieux et pertinent. Jeu de faux-semblants ponctués par des titres à la Magritte, thriller contemporain aussi palpitant qu'intelligent, Ceci n'est pas un jeu captive dans un premier temps puis impressionne durablement par ses implications. Voilà qui nous fait regarder d'un autre œil nos MMORPG.


Pascal PATOZ (lui écrire)
Première parution : 13/3/2010
nooSFere


     Depuis plus de vingt-cinq ans maintenant, Walter Jon Williams est sans doute l'un des écrivains de science-fiction les plus versatiles, changeant de registre à chaque roman ou presque. Du cyberpunk de Câblé au polar hard science Sept Jours à expier (considéré à peu près unanimement comme son chef-d'œuvre), du space opera post-moderne Aristoi au fourre-tout brillant mais un peu vain qu'était le récent Avaleur de mondes, le romancier ne se répète jamais, abordant les genres comme s'il s'agissait à chaque fois pour lui de nouveaux défis à relever. Dernier en date : le thriller.

     Ceci n'est pas un jeu s'inspire des Alternate Reality Games, ou ARG, mélange de jeux de rôle online et grandeur nature. Le cadre d'un tel jeu ne se limite pas au site web qui le gère mais se poursuit dans le monde réel par le biais de coups de téléphone aux participants, courriers ou évènements organisés au quatre coins du monde. Le titre du roman (This is not a game en VO) était le slogan de l'un des premiers jeux de ce type, lancé en 2001 dans le cadre de la promotion du A.I. Intelligence artificielle, le film de Steven Spielberg. C'est également le titre du premier ouvrage qui s'est intéressé en 2005 à cette nouvelle forme de divertissement (This is not a game : a guide to alternate reality gaming de Dave Szulborski).

     Dagmar Shaw est l'heureuse conceptrice de tels jeux. En voyage en Indonésie pour superviser la conclusion spectaculaire de sa dernière création, elle se trouve soudain dans une situation périlleuse lorsque le pays connaît une crise financière sans précédent, que les vols de toutes les compagnies aériennes sont annulés et que des émeutes éclatent dans les rues de Jakarta. Retranchée dans sa chambre d'hôtel, elle attend l'arrivée des secours que lui a promis son employeur. En vain. Elle a alors l'idée de faire appel à la communauté des joueurs qui vont mettre leurs ressources à sa disposition, souvent sans bien savoir si son appel à l'aide est réel ou s'il ne s'agit que d'une nouvelle manche de leur jeu favori.

     Cette première partie du roman vise essentiellement à présenter aux lecteurs le principe des ARG et la manière dont, consciemment ou non, les actions des joueurs peuvent avoir des conséquences dans le monde réel. Le problème de Dagmar résolu, Walter Jon Williams embraye sur une toute autre histoire qui débute par le meurtre de l'un des vieux amis de la jeune femme. L'enquête de la police ne progressant guère, elle se tourne à nouveau vers la communauté des gamers, quitte à brouiller davantage la frontière séparant la réalité de la fiction.

     Ceci n'est pas un jeu est un roman agaçant et assez frustrant. En tant que thriller, il n'est que passablement réussi. Walter Jon Williams a suffisamment de métier pour qu'on ne s'ennuie pas à sa lecture, mais il se sert le plus souvent de grosses ficelles pour faire progresser son intrigue et offre au final assez peu de surprises. Le méchant est puni à la fin, tout rentre dans l'ordre, merci, bonsoir.

     Le roman aborde pourtant des thèmes intéressants, à commencer par le fonctionnement des marchés financiers internationaux. Le krach boursier qui frappe l'Indonésie au début du roman n'est que la première manifestation d'un phénomène qui va s'étendre par la suite et menacer de dévaster l'économie mondiale. Difficile d'être plus au faîte de l'actualité. Hélas, plutôt que de démonter les rouages de ce système, Walter Jon Williams n'en tire qu'un vulgaire gadget, manière commode pour ne pas aborder les vraies questions.

     Ceci n'est pas un jeu rend compte en permanence de la confusion pouvant exister entre réalité et fiction. Comment des marchés financiers virtuels sont capables d'impacter l'économie réelle et la vie de millions d'individus, comment les joueurs d'ARG parviennent, parfois à leur insu, à faire progresser une enquête criminelle. Mais plutôt que d'explorer en profondeur ces thèmes, révélateurs de ce qu'est devenue la société actuelle, Walter Jon Williams ne fait qu'effleurer son sujet et se contente d'y puiser la matière lui permettant de faire tourner un thriller au final un peu couillon. En guise de réflexion, il se contentera de résumer, par le biais d'un courriel envoyé par l'une des participantes au jeu, l'essentiel des questions que le lecteur s'est posé tout au long du roman.

     Ceci n'est pas un jeu aurait pu, aurait dû être un roman important. En l'état, il n'est qu'un thriller ordinaire, lisible et distrayant, sans doute, mais avant tout superficiel et vain. Un beau gâchis.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/7/2010
dans Bifrost 59
Mise en ligne le : 13/12/2012


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
Écrire aux webmestres       © nooSFere, 1999-2017. Tous droits réservés.
NooSFere est une encyclopédie et une base de données bibliographique. Nous ne sommes ni libraire ni éditeur, nous ne vendons pas de livres.