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Évadés de l'Enfer !

Hal DUNCAN

Titre original : Escape from Hell !, 2008

Traduction de Florence DOLISI
Illustration de DAYLON & LASTH

GALLIMARD (Paris, France), coll. Folio SF n° 382
Dépôt légal : septembre 2010, Achevé d'imprimer : 10 septembre 2010
224 pages, catégorie / prix : F5
ISBN : 978-2-07-043825-9
Format : 10,8 x 17,8 cm  
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Eli est un clochard, brisé, au bout du rouleau, Belle une prostituée qui cherche fuir son mac. Matthew est un jeune homosexuel, Seven un tueur à gages sans pitié. Ils ne se connaissent pas mais se retrouvent ensemble sur le même bateau... en partance pour l'Enfer. Un enfer un peu particulier, qui pourrait être New York mais n'en est qu'une copie... franchement décalé. Tous quatre, amés de leurs soucis et accompagnés par un étrange personnage, n'ont plus alors qu'une idée en tête : trouver un moyen de s'évader.
 
     Après le monumental Livre de toutes les heures (Vélum et Encre parus dans la collection Lunes d'encre aux Editions Denoël), Hal Duncan offre avec Evadés de l'Enfer ! un court roman explosif qui confirme tout son talent.
 
     Hal Duncan est Ecossais. Il est l'auteur de trois romans et vit à Glasgow.
 
    Critiques    
         Folio SF a dix ans ! Créée en octobre 2000, elle a pris la suite de la défunte collection Présence du futur, en exploitant le fonds de celle-ci mais aussi en rééditant en poche la presque totalité du catalogue de Lunes d’encre. Une collection de reprises donc, mais pas que. En effet, chaque année, Folio SF propose au moins un inédit à ses lecteurs. Cette année, le choix s’est porté sur Evadés de l’enfer de Hal Duncan, dont j’attendais impatiemment la sortie après ma lecture du Livre de Toutes les heures.

Assez violent dès l’ouverture, le récit commence avec deux passages à tabac, une opération en bloc opératoire d’urgence et un suicide sur fond de prêche apocalyptique. Résultat : quatre morts, l’histoire peut démarrer. Celle-ci raconte l’arrivée en enfer, puis la fuite, de quatre pêcheurs, quatre condamnés à souffrir pour l’éternité : un meurtrier, une fornicatrice, un suicidé et un dont on ne saura qu’assez tard son « crime » (bien qu’il soit identifiable – voire même identifié étant donné qu’il est dévoilé en quatrième de couverture…). Ils ont pêché, maintenant ils doivent expier leurs fautes ! Oui, mais pas en étant torturés par de petits diablotins fourchus autour de lave en fusion. L’imagerie du Moyen-âge n’est plus à jour. L’enfer lui aussi s’est modernisé. On y trouve aujourd’hui une prison, un « hôpital », des télévisions, un hôtel de passe, etc. Une véritable où tout le monde a sa place, les pêcheurs qui doivent être « soignés » comme les « agents », d’anciens criminels devenus nouveaux tortionnaires « membre de l’équipe ».

Assez cynique et violent, mais aussi souvent drôle, Hal Duncan présente à travers les mésaventures de ces héros ses critiques des doctrines chrétiennes et notamment de leur vision de l’enfer. Il en démontre l’absurdité et la cruauté tout en critiquant encore une fois la figure de Dieu, entité tutélaire inaccessible et implacable. D’ailleurs, ce mélange fait fortement penser à l’excellent De Bon Présages de Neil Gaiman et Terry Pratchett (disponible au Diable Vauvert) puisqu’on y retrouve le même humour anglais, pince-sans-rire et absurde, combiné avec la même moquerie de la religion chrétienne.

D’un abord beaucoup plus linéaire et donc plus simple que le diptyque Vélum / Encre, Evadés de l’enfer, fait tout de même parfois montre d’une certaine expérimentation stylistique. En effet, certains paragraphes ont un style « cassé », composé de phrases courtes se voulant choc et d’interpellation à base de « tu ». Par là même, on entre aisément dans la tête des personnages et on est incité à une lecture rapide du livre. Porté par une action assez soutenue, le récit se lit d’une traite (ou presque) et on ne s’ennuie à aucun moment.

Alors, un sans-faute de la part de l’écrivain écossais ? On peut le penser dès lors qu’on sait que ce livre n’a pas la même ambition que les deux précédents. Ici, Hal Duncan ne cherche pas à mettre en place un livre-concept, mais bien à divertir le lecteur tout en le faisant réfléchir sur certaines absurdités religieuses. De ce fait, on comprend pourquoi les personnages sont un peu caricaturaux – même si on peut le regretter. Seven est un meurtrier donc méchant, Eli reste apathique puisqu’il s’est suicidé, Belle ne peut être que solitaire, mais empathique du fait de son passé de prostitué, etc. Après tout, ils incarnent des archétypes de « pêcheurs», ils représentent leurs défauts et ne doivent donc pas être originaux ni réalistes.

Très vif et rythmé, Evadés de l’enfer constitue un bon roman d’aventure (et quelle aventure : l’évasion !), tout à fait réussi puisque Hal Duncan maîtrise ici très bien son sujet et entraîne son lecteur dans une histoire passionnante, humoristique et libératrice.


Gaëtan DRIESSEN
Première parution : 7/11/2010 nooSFere


     Comme son titre le laisse deviner, Évadés de l'Enfer ! (Escape from Hell en VO) s'inspire de tout un pan d'un cinéma de genre tendant vers la série B, à commencer par New York 1997 (dont le titre original est Escape from New York). Le livre de Hal Duncan emprunte en effet au synopsis du film de John Carpenter, et surtout son objectif : s'échapper de la mégalopole américaine devenue un complexe carcéral à ciel ouvert. Cependant, les deux histoires diffèrent, car le New York de Hal Duncan n'est pas seulement un pénitencier, mais aussi l'Enfer. Le véritable Enfer, avec un grand E. Sa Géhenne ressemble à une version concentrationnaire de New York, une ville constamment sous le feu d'émeutes relayées par un média aux allures de vautour (« Vox News » : toute ressemblance avec une chaîne existante... etc.), peuplée de condamnés opprimés par des gardes sadiques abusant de leurs pouvoirs et « rééduqués » dans des centres dignes des goulags soviétiques. Cependant, quatre nouveaux arrivants vont s'unir pour réaliser l'impensable : s'échapper de l'Enfer (pour ceux qui n'auraient toujours pas compris). Un gangster, un SDF, un homosexuel et une prostituée 1 vont ainsi devoir se supporter et partager leurs talents respectifs.

     Autant vous l'avouer : cette histoire un peu simpliste se résume à une fuite en avant ponctuée de boum-boum et de clichés prévisibles, malgré quelques tentatives de réflexions philosophiques étayées par des références bibliques. Évadés de l'Enfer ! tient davantage du scénario que du roman à proprement parler, aussi bien au niveau du fond que de la forme ; l'auteur choisit en effet une narration à base de descriptions courtes et efficaces, au présent. Conséquence directe : le livre est court, et il se lit vite. C'est peut-être aussi bien, car l'exercice ne se prête pas au « remplissage » et au développement excessif. On a envie que ça avance, et ça avance fort et vite. Mais ce qui s'avère divertissant dans une série B d'une heure et demie ne l'est pas forcément dans un livre, même court.

     Nous avons déjà évoqué New York 1997, mais au fil du récit d'autres références affluent : on pense aux films de zombis de George Romero, à L'Échelle de Jacob, à Piège de Cristal, ou bien à À Tout Épreuve. Autant de films où le but des héros est, tout simplement, de survivre ; curieux paradoxe pour des personnages déjà morts... Au final, Évadés de l'Enfer ! ressemble donc à une grande partie de Pac-Man dans les rues de New York, avec quatre archétypes aux comportements et aux répliques téléphonés en guise de boules jaunes et une milice infernale en guise de fantômes, avant que les rôles ne s'inversent. Une traque couverte par la télévision, un peu comme dans la nouvelle The Prize of Peril de Robert Sheckley, mais en moins bien. On ne s'ennuie pas, mais on en attendait un peu plus, étant donné le potentiel évocateur du postulat de départ. Heureusement, et sans trop en dire, la conclusion s'avère surprenante avec son inversion des rôles pour le moins inattendue.


Notes :

1. A priori, leurs fautes ne semblent pas évidentes, si ce n'est aux yeux de l'inquisiteur le plus intransigeant, mais l'auteur — qui, bien entendu, ne les considère pas comme coupables et ne justifie en rien leur punition — s'explique sur la raison de leur présence en Enfer.


Florent M. (lui écrire)
Première parution : 3/12/2010 nooSFere


     Si Ted Chiang et Clive Barker collaboraient sur un scénario filmé par John Carpenter pour la série Supernatural, le résultat ressemblerait à ce roman.

     La référence au cinéaste américain n'est pas fortuite. Escape from Hell !, titre original du livre, évoque clairement Escape from New York — en français New York 1997 (et pour les plus jeunes d'entre vous : non, il ne s'agit pas d'un film historique). Duncan pousse l'hommage jusqu'à reprendre la structure même du film : il s'agit bien de fuir un lieu clos, une vaste prison.

     L'intrigue suit quatre personnes : un clochard, Eli (l'allusion au prophète biblique n'est pas innocente), une pute, Belle, un tueur à gages, Seven (merci David Fincher ; rappelons que ce film-là se basait sur les sept péchés capitaux) et un jeune gay, Matthew (forme anglaise du nom de l'Evangéliste qu'on appelle en français Matthieu). Morts de mort violente, ils ont abouti, par un même bac, en Enfer.

     Pourquoi sont-ils là ? Pour un mécréant comme moi (et, j'imagine, Hal Duncan), seul Seven paraît justement condamné — Eli s'est suicidé après avoir perdu sa famille, son travail, bref, effectué sa propre descente aux enfers, Belle est une victime avant tout, et Matthew a pour seul tort d'aimer les garçons. Mais de fait, selon une lecture littérale de la Bible, ils méritent tous leur châtiment.

     Et l'Enfer décrit n'a rien de commun avec la vision quasi-romantique que peuvent offrir des traitements aussi différents que la mythologie gréco-romaine, l'œuvre de Dante ou le Manuel des plans de ce bon vieux D&D. Non, le Monde souterrain croqué au fusain et au sang par l'écrivain écossais ressemble au nôtre, en un peu plus cruel, injuste et vulgaire. On y « soigne » Matthew. Eli découvre qu'il comprend des exclus. Belle s'y retrouve violée à répétition, et exploitée par un flic ripou. Et Seven... passons. Quant à l'équivalent halluciné de la téléréalité dans cet univers-là, il faut le voir (pardon, le lire) pour le croire.

     Nos quatre protagonistes, qui révolté, qui pressé par le hasard, vont unir leurs forces pour s'échapper. Chemin faisant, ils dénicheront un allié de poids et découvriront l'identité du vrai maître des Enfers. J'avoue : j'en ai ri de plaisir.

     Ludique et barré, mais ciselé et plus profond qu'il n'y parait, Evadés de l'enfer ! a la séduction canaille. Duncan lui prévoit deux suites. Prions (si j'ose dire) pour qu'il leur donne bientôt chair et encre.

Pierre-Paul DURASTANTI (lui écrire)
Première parution : 1/4/2011 dans Bifrost 62
Mise en ligne le : 5/2/2013


 
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