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Planète à louer

YOSS

Titre original : Se alquila un planeta, 2002
Science Fiction  - Traduction de Sylvie MILLER
Illustration de Alain BRION
MNÉMOS, coll. Dédales n° (11), dépôt légal : décembre 2010
272 pages, catégorie / prix : 19,50 €, ISBN : 978-2-35408-093-8

Couverture

    Quatrième de couverture    
« Toute ressemblance
entre la Cuba des années 1990
et cette Terre du XXIe siècle
est purement intentionnelle.« 

     Dans un futur indéterminé, une guerre nucléaire totale est sur le point d'éclater. Afin de sauver la Terre, des espèces extraterrestres en prennent possession, après avoir fait montre de leur force en annihilant l'Afrique. Ils y imposent des règles draconiennes visant à rétablir l'équilibre écologique. Un siècle plus tard, notre planète est redevenue un paradis, un « monde souvenir », où les riches xénoïdes viennent faire du tourisme. Mais derrière l'image d'Épinal, les conditions de vie des Terriens sont loin d'être idylliques.

     Buca, la prostituée, Moy, l'artiste métis ou Alex, le scientifique de génie, tous n'aspirent qu'à une seule chose : fuir... partir... s'exiler... quitter la Terre... par tous les moyens !

     Récit choral et engagé, Planète à louer est le premier roman de Yoss publié en France. Fer de lance de la science-fiction cubaine, l'auteur, né et vivant toujours à La Havane, a été salué pour ses nouvelles réunies dans le recueil Interférences (Rivière blanche).


    Prix obtenus    
Julia Verlanger, [sans catégorie], 2011
 
    Critiques    
     Après un premier recueil de nouvelles remarqué, Interférences, publié chez Rivière Blanche, l'auteur cubain Yoss nous revient avec un roman chez Mnémos, Planète à louer. Évacuons tout de suite le débat : il ne s'agit pas à proprement parler d'un roman, mais bien d'un recueil de nouvelles interconnectées, un fix-up. Les textes peuvent se lire indépendamment, mais certains personnages communs et le cadre général de l'histoire relient les récits, sans leur conférer une réelle unité.
     Le cadre général, c'est celui d'une Terre devenue un paradis pour touristes aliens. L'invasion habituellement belliqueuse dans les romans de SF est ici motivée par une raison beaucoup plus originale : faire de la Terre une sorte de parc d'attractions géant, où les ET en goguette viennent passer du bon temps, sur un monde où l'on a mis fin à la menace nucléaire et réhabilité l'écologie défaillante. Parmi les activités proposées : le reconditionnement corporel, qui permet à un xénoïde d'investir le corps d'un humain pour se fondre dans la population et visiter en toute quiétude les lieux... au prix de graves séquelles pour son hôte. Les êtres humains sont ainsi brimés, et rabaissés au rang d'employés corvéables, jusqu'aux couches les plus basses, par exemple les prostituées, pudiquement rebaptisées travailleuses sociales...
     Yoss ne s'en cache pas dans sa préface, son but avoué est une nouvelle fois de parler de son propre pays, en critiquant son gouvernement, qui a fait de Cuba ce qu'il est devenu aujourd'hui. La Terre de Planète à louer n'est ainsi qu'un décalque très transparent de l'île. L'auteur choisit certaines composantes fondamentales de la société cubaine actuelle, et en tire des prolongements science-fictifs ; il y traite ainsi de prostitution, d'art contrecarré, des crédits pour l'enseignement qui ont été gelés, de la fierté nationale qui ne peut réellement s'exprimer que par le sport, des métis, de l'émigration clandestine... Le tableau dressé est effrayant ; à vrai dire, il ne surprend pas vraiment mais, décrit de l'intérieur, et malgré la déformation issue du prisme de la science-fiction, il gagne en force et en crédibilité. On sent un auteur particulièrement investi dans son propos, un auteur qui aime profondément son pays mais qui enrage de le voir aussi empêtré dans les difficultés sociales.
     Cette sincérité, rehaussée par une réelle empathie pour les personnages, et parfois contre-balancée par un humour distancié, nous donne à lire des nouvelles très variées, dont certaines peinent néanmoins à réellement convaincre, à commencer par « L'équipe championne », dans laquelle l'auteur réinvente une sorte de jeu à la Rollerball, pas très original, et peu crédible (il n'y a qu'à lire les règles de décompte des points, où Yoss décrit comment l'ensemble des manches disputées permettent d'attribuer 50 points et plus, quand il en suffit de 35 pour que la partie soit obligatoirement terminée !). Globalement, les textes se lisent sans déplaisir, certains sont même très réussis, mais, du fait du manque d'interconnexions entre eux, l'ensemble paraît un brin appliqué : comme indiqué précédemment, Yoss a choisi des caractéristiques de Cuba, les a présentées l'une après l'autre sous l'aspect SF, mais n'a pas réussi à les mettre en perspective, à les faire résonner entre elles de façon à livrer un portrait global crédible au sens accru. On aurait aimé, pour l'auteur, pour sa sincérité, pour son engagement politique, qu'il réussisse son pari, mais malheureusement, en l'état, Planète à louer s'avère finalement un fix-up simplement sympathique, loin d'être déshonorant, mais dont on attendait sans doute plus.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 5/2/2011
nooSFere


     Premier roman paru en France d'un auteur cubain connu jusque-là pour ses nouvelles, Planète à louer rassemble en fait sept textes situés dans le même univers. On reste donc dans l'histoire courte, mais Yoss possède suffisamment de souffle pour lier l'ensemble avec talent et produire un livre dont la cohérence et la rigueur restent irréprochables. La nationalité cubaine de l'auteur pourrait n'être qu'anecdotique, mais le statut d'écrivain est toujours plus compliqué sur l'île que dans le sixième arrondissement. De fait, Planète à louer s'apprécie entre les lignes. Il y a d'abord la S-F pure et dure, sorte de version caribéenne du science of wonder qui ravira les nostalgiques, et la S-F politique qui nous rappelle que cette littérature est subversive par essence. Saluons donc les éditions Mnémos pour s'intéresser à Yoss et signalons au passage l'excellente traduction de Sylvie Miller.

     En transposant la situation cubaine dans un futur proche où c'est toute la Terre qui se retrouve isolée, exsangue et dévastée, Yoss s'inscrit dans la même logique qui sous-tend les textes les plus ravageurs des frères Strougatski. Le plus pour parler du moins. Un récit divertissant, classique et linéaire, hanté par une interrogation douloureuse et permanente qu'on peut décider de ne pas voir en fonction de sa sensibilité. Face à l'indigence terrienne incapable de se débarrasser de la violence et désormais menacée d'extinction pure et simple par le spectre nucléaire, les civilisations extraterrestres finissent par intervenir. Voilà la Terre désormais au ban du pangalactisme dont elle ignorait tout. Les industries polluantes sont interdites, les déplacements de terriens rigoureusement contrôlés par des extraterrestres évidemment bien intentionnés, et c'est toute une planète qui se retrouve reléguée au rang de zone touristique, modifiant son économie pour s'adapter à cette demande nouvelle, seule pourvoyeuse de devises. Le parallèle avec Cuba est transparent, mais Yoss nous propose une vision de l'intérieur, ce qui nous change beaucoup des habituels donneurs de leçons. En s'intéressant au destin de plusieurs personnages aussi crédibles que touchants (prostituées, bricoleurs de génie, artistes), l'auteur décrit un monde douloureux, même si certains éléments laissent pointer çà et là une note d'optimisme (faut-il rappeler l'excellence du système de santé cubain ?). Mais à Cuba comme sur cette Terre du futur, la question reste entière. Que faire ? De quoi déconcerter même Lénine. Rester ? Partir ? Et pour aller où ? Ailleurs vaut-il vraiment le coup ? La Terre est-elle vraiment si pourrie ? Autant d'interrogations délicates qui s'éloignent de tout manichéisme et font de Planète à louer une œuvre tout sauf simpliste. Reste aussi la problématique de la lutte armée, de la résistance. Comment lutter quand la moindre revendication est réprimée dans le sang ? La lutte est inégale, bien sûr, faut-il pourtant abandonner le combat ? Yoss n'oublie rien et prend soin d'éviter tout jugement hâtif. Avec intelligence, il s'intéresse avant tout à ses personnages, dont les motivations profondes expliquent les actes et qui subissent surtout leur existence, sans vraiment parvenir à s'en sortir. C'est d'ailleurs cette passivité et cette résignation que l'auteur dénonce vraiment, deux défauts qui ont le mérite de s'affranchir de la politique et d'être lisibles de la même façon dans les deux camps. Pour toutes ces raisons, Planète à louer est non seulement une excellente surprise, mais une œuvre ambitieuse qui pourrait pêcher par son classicisme, mais qui a le mérite de rappeler quelques vérités fondamentales et salutaires. De quoi réconcilier à peu près tout le monde chez les lecteurs de S-F, ce qui, avouons-le, est franchement inespéré. Et de quoi espérer d'autres textes d'un auteur aussi sincère qu'attachant.

Patrick IMBERT
Première parution : 1/4/2011
dans Bifrost 62
Mise en ligne le : 7/2/2013


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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