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Destination Ténèbres

Frank Malcolm ROBINSON

Titre original : The Dark Beyond the Stars, 1991
Science Fiction  - Traduction de Jean-Daniel BRÈQUE
Illustration de MANCHU
DENOËL, coll. Lunes d'Encre n° (128), dépôt légal : avril 2011
496 pages, catégorie / prix : 23,50 €, ISBN : 978-2-207-10127-8

Couverture

    Quatrième de couverture    
     En mission d'exploration sur Séthi IV, le jeune Moineau dévisse d'une falaise. Très grièvement blessé, il est rapatrié sur son vaisseau-génération, l'Astron, pour y être soigné. Alors qu'il se remet lentement de ses blessures à l'infirmerie, on tente sans succès de l'empoisonner.
     Guéri, mais amnésique, Moineau ne peut que redécouvrir le monde où il est né : un vaisseau délabré, hanté par un équipage indifférent, voire hostile. Le capitaine de l'Astron est prêt à répondre aux questions de Moineau. Mais cet immortel semble avoir perdu la raison : il veut traverser la Nuit, une partie de la galaxie totalement dénuée d'étoiles, pour aller chercher des signes de vie extraterrestre de l'autre côté.
     Un voyage de cent générations, qui semble bien impossible pour un vaisseau aussi abîmé que l'Astron.

     Fresque spatiale écrite comme un thriller, Destination ténèbres, souvent comparé à Moby Dick, s'est imposé dès sa parution, en 1991, comme un classique de la science-fiction américaine.

     Frank M. Robinson est l'auteur du Pouvoir (Folio-SF). Écrivain, éditeur, il est mondialement connu pour son scénario de La Tour infernale.

 
    Critiques    
     Imaginez  : vous vous réveillez à bord d’un vaisseau spatial avec pour seuls souvenirs les derniers instants avant l'accident qui vous a rendu amnésique... Tout le monde vous connaît, mais vous ignorez tout des liens – amitiés, haines, respects, attirances, obéissances – qui vous unissent à chaque membre de l'équipage, ainsi que de leur mission, leurs peurs, leurs espoirs, et même leurs modes de vie... Voici la mésaventure qui arrive à Moineau, jeune «  assistant tech  » de 17 ans, à bord de l’Astron. Arche stellaire multigénérationnelle qui parcourt l'espace depuis plusieurs centaines d’années à la recherche d'une vie extraterrestre.

     Frank M. Robinson, a eu avec Destination Ténèbres (ou plus expressivement The Dark Beyond the Stars) la bonne idée de combiner amnésie et huis-clos. On ne peut pas dire que la situation d’un amnésique soit facile «  en temps normal  » mais se mettre à la place de Moineau avec son handicap dans un lieu aussi étroit qu’un vaisseau spatial c’est imaginer sa torture face à un monde inconnu où tout est exacerbé.

     Tout le roman est ainsi construit autour du jeu de piste que doit suivre Moineau pour comprendre son environnement, l’objectif du vaisseau mais aussi et surtout les autres personnages. Et aux côtés de ce héros qui s'ignore, le lecteur apprend au fur et à mesure ce qui se passe réellement, confirmant son doute que sous cette amnésie, derrière ce rideau, se cache quelque chose de louche, de lourd, d’énorme...

     Ajouté à cette quête de connaissance – et de reconnaissance –, Franck M. Robinson utilise sous plusieurs angles la recherche de la vie extraterrestre. Tout d’abord il profite de son texte pour exposer les diverses théories scientifiques et philosophiques sur une éventuelle vie extraterrestre. Avec une approche didactique, il met en avant les difficultés que vivent ces individus face à cette recherche très hypothétique et prouve que dans une telle situation, seule la foi fait avancer... Mais cette même foi peut être destructrice. A l’image du capitaine Achab à la poursuite de Moby Dick, l’immortel capitaine de l’Astron, Michael Kusaka, est obnubilé par cette mission. Personnage haut en couleur, il incarne totalement sa quête au point de devenir l’un des éléments clés de cette intrigue si bien menée.

     En privilégiant les relations entre les personnages à la «  crédibilité scientifique  », Frank M. Robinson offre un space opera «  humain  », psychologique où le background sert plus de toile de fond, de justification à l’enfermement qu’à une réelle volonté de faire de la science fiction. Récit maîtrisé de page en page, l’auteur distille les informations au bon moment, les renversements de situation où il faut et joue très bien avec le désir du lecteur. Belle découverte que ce roman, qu’il aurait été dommage de laisser dans les cartons plus longtemps.

Gaëtan DRIESSEN
Première parution : 5/11/2011
nooSFere


     Soixante ans après ses débuts, Frank M. Robinson reste un auteur totalement méconnu du lectorat français. Il est vrai qu'il aura fallu attendre 2004 pour découvrir en Folio SF son formidable premier roman, Le Pouvoir, paru à l'origine en 1956 (cf. critique in Bifrost n°37). Il est vrai aussi que son parcours est assez atypique. Nouvelliste prometteur dans les années 50, on le retrouve hippie à San Francisco lors de la décennie suivante, conseiller pour Playboy, collaborateur d'Harvey Milk (il fait d'ailleurs une apparition dans le film de Gus Van Sant), et enfin co-auteur avec Thomas Scortia d'une série de romans-catastrophe, dont L'Enfer de verre, qui deviendra sur grand écran La Tour infernale. Il faut attendre 1991 pour le voir revenir à la science-fiction avec ce Destination ténèbres, qui sera suivi d'un thriller empruntant au genre (Waiting en 1999, inédit en France), de plusieurs essais (dont Science Fiction of the 20th Century, récompensé d'un prix Hugo en 2000) et de quelques nouvelles.

     Si son œuvre demeure quantitativement modeste, Frank M. Robinson n'en est pas moins un auteur important, non seulement en raison des succès qu'il a obtenus, mais surtout parce qu'il est un remarquable vulgarisateur, recyclant à l'intention d'un large public des thèmes SF largement développés par ses prédécesseurs. Le Pouvoir surfait déjà à merveille sur la vague paranoïaque en vogue à l'époque, tant en littérature (Marionnettes humaines de Robert Heinlein, L'Invasion des profanateurs de Jack Finney) qu'au cinéma (La Chose d'un autre monde, Invaders from Mars, etc.). Destination ténèbres reprend lui aussi un vieux thème de la science-fiction, celui du vaisseau-générations, qui a donné naissance à quantité de récits, parmi lesquels un certain nombre de classiques des années 40-50 (Croisière sans escale de Brian Aldiss, Les Orphelins du ciel de Heinlein, Le Navire étoile de E. C. Tubb, etc.). Autant de contributions qui offrent à Frank M. Robinson un cadre suffisamment familier aux lecteurs pour qu'il n'ait pas besoin de s'appesantir sur les aspects techniques de cette histoire et qu'il puisse plutôt se focaliser sur ce qui l'intéresse vraiment : l'environnement social ainsi constitué et la mission de ce vaisseau.

     Depuis deux mille ans, l'Astro voyage à travers la galaxie à la recherche de la moindre forme de vie extraterrestre. Jusqu'à présent, l'expédition n'a croisé que des mondes morts, et au fil des siècles, l'espoir de succès s'est amenuisé. Pour le capitaine Kusaka, commandant le vaisseau depuis son départ et qui a vu se succéder sous ses ordres plus de cent générations tandis que lui ne vieillissait pas, il est temps de prendre des mesures drastiques et de lancer l'Astro à travers la Nuit, une zone désertique s'étendant sur plus de mille années-lumière. Au bout de ce voyage se trouve une région peuplée d'étoiles où leurs recherches ont davantage de chances d'aboutir, mais beaucoup parmi les membres d'équipage sont convaincus que Kusaka est devenu fou et que le navire n'est plus en état de se lancer dans un tel périple.

     L'univers clos que constitue l'Astro nous apparait à travers les yeux de Moineau, technicien de dix-sept ans, amnésique à la suite d'un accident survenu lors de la dernière expédition à la surface d'une planète aussi stérile que les précédentes. On découvre donc en même temps que lui les principales figures de l'équipage, la manière dont fonctionne cette société singulière et les tensions qui menacent de la déchirer.

     Du point de vue du pur plaisir de lecture, Destination ténèbres est un régal. A intervalles réguliers, de nouvelles révélations sur la véritable nature des évènements en cours relancent l'intérêt du récit et, entre quelques sorties périlleuses dans l'espace et diverses tentatives de meurtre dont est victime le narrateur, les péripéties ne manquent pas. La tension dramatique qui habite le roman doit également beaucoup à la confrontation continue entre Moineau et Kusaka, deux personnages que tout semble à priori opposer mais dont la relation va souvent prendre des détours inattendus. Sur le fond, Frank M. Robinson signe une réflexion douce-amère sur la condition humaine, où le destin tragique d'une poignée d'individus ne parvient jamais tout à fait à effacer le formidable désir qui porte cette odyssée. Sur les deux tableaux, Destination ténèbres est une réussite exemplaire.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/7/2011
dans Bifrost 63
Mise en ligne le : 7/2/2013


 
Base mise à jour le 24 septembre 2017.
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