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Victimes et bourreaux

ANTHOLOGIE

Textes réunis par Stéphanie NICOT


Illustration de Julien DELVAL
MNÉMOS, coll. Fantasy n° (2)
Dépôt légal : mai 2011
240 pages, catégorie / prix : 18 €
ISBN : 978-2-35408-118-8   
Genre : Fantasy 



    Quatrième de couverture    
« Venant du couloir, je perçois
de temps à autre des voix. Les gardiens, sans doute,
chargés de surveiller les geôles. Je pourrais crier, pleurer, appeler à l'aide,
supplier qu'on ôte mes chaînes le temps que je me soulage ailleurs que sur cette
paillasse, tachant mon boubou et mes jambes — quelqu'un finirait par venir, fût-ce pour m'ordonner de me taire. Mais je devine que c'est exactement ça qu'ils attendent.
Ils veulent que je me dépouille peu à peu de ma fierté. Ils veulent me peler
comme un oignon, m'arracher toute dignité. Hors de question.
Je ne les laisserai pas faire. » Victimes et Bourreaux...

     Réalisée en partenariat avec les Imaginales, le festival d'Épinal où le meilleur des auteurs de la fantasy française et mondiale se retrouve chaque année, cette anthologie s'inscrit dans la lignée de Magiciennes et Sorciers et de Rois et Capitaines, salués par une critique enthousiaste qui y a vu « sans doute la meilleure anthologie de fantasy francophone parue à ce jour » (ActuSF).
     Chef de guerre perdu en territoire hostile, épouse martyrisée par le mari que pourtant elle aime, nains terrifiés par un dragon endormi, gourou indifférent à la souffrance de ses adeptes, criminel de guerre en quête d'une impossible rédemption : vous n'oublierez pas de sitôt les héros de Victimes et Bourreaux !


    Sommaire    
1 - Stéphanie NICOT, Préface, pages 7 à 11, Préface
2 - Charlotte BOUSQUET, La Stratégie de l'araignée, pages 12 à 33
3 - Michel ROBERT, Qjörll l'Assassin, pages 34 à 67
4 - Justine NIOGRET, Porter dans mes veines l'artefact et l'antidote, pages 68 à 77
5 - Maïa MAZAURETTE, Que justice soit faite !, pages 78 à 89
6 - Pierre BORDAGE, Qui sera le bourreau ?, pages 90 à 99
7 - Nathalie DAU, Ton visage et mon coeur, pages 100 à 113
8 - Jeanne-A DEBATS, Frères d'armes, pages 114 à 131
9 - Jean-Philippe JAWORSKI, Désolation, pages 132 à 161
10 - Sam NELL, Le Deuxième oeil, pages 162 à 181
11 - Lionel DAVOUST, Au-delà des murs, pages 182 à 211
12 - Paul BEORN, Le Démon de Mémoire, pages 212 à 229
13 - Xavier MAUMÉJEAN, Mazbaleh, pages 230 à 237
 
    Critiques    
     C'est désormais devenu un rendez-vous régulier, à l'occasion du festival des Imaginales, les éditions Mnémos publient pour la troisième année consécutive une anthologie de fantasy, dirigée par Stéphanie Nicot. Après la très réussie Rois et capitaines (critique in Bifrost n°56), puis la bien moins convaincante Magiciennes et sorciers (critique in Bifrost n°60), le thème de cette nouvelle mouture abandonne les figures traditionnelles de la fantasy pour se tourner vers un sujet plus inattendu, celui des Victimes et bourreaux. Une manière de sortir le genre des sentiers battus et de montrer qu'il peut lui aussi être en phase avec le monde actuel ?

     Commençons par les choses qui fâchent, en l'occurrence la couverture, signée Julien Delval. Je ne sais pas trop si la créature qui y figure est un elfe surgelé ou Sire Cédric au lendemain d'une cuite à l'alcool de rutabaga de contrebande, mais en matière de repousse-acheteurs, on a rarement fait mieux.

     Des douze auteurs au sommaire de Victimes et bourreaux, seule Charlotte Bousquet, lauréate aux dernières Imaginales du prix du meilleur roman, a pris le titre au pied de la lettre dans « La Stratégie de l'araignée ». Cette histoire d'une femme soupçonnée de sorcellerie et torturée dans un cachot n'est pas franchement convaincante, même si l'auteur introduit in fine une petite dose d'ambiguïté qui lui évite de sombrer dans la caricature. Torture toujours, mais davantage psychologique celle-là, dans « Au-delà des murs » de Lionel Davoust, où l'on finit par ne plus savoir si le narrateur se range dans la catégorie des coupables ou des victimes, à moins qu'il ne soit les deux à la fois. Une nouvelle bien plus convaincante, sur la forme comme sur le fond, que ce j'ai pu lire précédemment de cet auteur.

     D'autres écrivains semblent ne s'être guère souciés du thème à l'honneur cette année. Michel Robert par exemple, dont le « Qjörll l'Assassin » est une longue course-poursuite sans surprises, à laquelle certains partis-pris esthétiques donnent des airs de western davantage que de fantasy. « Frères d'armes » de Jeanne-A Debats n'évoque lui aussi que d'assez loin le sujet imposé, ce qui ne l'empêche pas d'être l'un des meilleurs textes figurant au sommaire. L'histoire, où de jeunes engagés doivent se fondre au sein du groupe qui les accueille, rappelle par certains aspects le sujet de son roman Plaguers (cf. Bifrost n°61 pour la critique), mais le traitement s'avère ici nettement plus original et intéressant.

     Pour Nathalie Dau, victimes et bourreaux se révèlent davantage dans un cadre intime, celui d'une relation amoureuse, sur fond de non-dits et de jalousie, mais le sujet a été trop rebattu pour que « Ton Visage et mon cœur » puisse espérer lui apporter quoi que ce soit de neuf. Guère plus inspiré, Paul Béorn aborde la question du point de vue de la vengeance dans une nouvelle assez mal foutue s'achevant dans de gluants élans sirupeux. Plus intéressant est l'univers singulier de « Porter dans mes veines l'artefact et l'antidote » de Justine Niogret, où les victimes sont consentantes et les bourreaux le sont presque malgré eux.

     D'autres auteurs abordent la question sous l'angle politique, pour le meilleur ou pour le pire. Le pire, c'est « Qui sera le bourreau ? » de Pierre Bordage, procès d'un tyran dont on découvre qu'il fut autrefois une victime. Le propos est tellement sommaire et caricatural qu'il obtient l'effet contraire de celui visé. Le meilleur, c'est « Désolation » de Jean-Philippe Jaworski, qui, au-delà de la truculence des personnages mis en scène, se termine sur un constat glacial quant à la manière dont un peuple peut prendre l'ascendant sur un autre et le maintenir dans une position d'infériorité en réécrivant l'histoire.

     D'autres enfin s'intéressent au sujet par le biais de la religion. Passons sur la nouvelle de Sam Nell, blabla mystico-bouddhiste des plus pénibles, et arrêtons-nous plutôt sur « Que Justice soit faite ! » de Maïa Mazaurette et sur son prêtre, que sa folie religieuse conduit à devenir son propre bourreau. Le traitement est sans doute un peu bref, mais le portrait de cet illuminé compte parmi les moments les plus marquants de cette anthologie. Laquelle s'achève par un court texte de Xavier Mauméjean, assez jubilatoire dans son écriture comme dans son propos, où un Dieu particulièrement sadique trouve en un croyant à la foi indéfectible la victime idéale.

     Globalement, le bilan est meilleur que l'année dernière. Quasiment pas de gros ratages, quelques très bons textes, ceux de Davoust, Debats et Jaworski en tête, mais il manque sans doute un ou deux textes capables à eux seuls de porter l'anthologie. Pas grave, on retentera l'année prochaine.

Philippe BOULIER
Première parution : 1/10/2011 dans Bifrost 64
Mise en ligne le : 20/2/2013


 

 
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