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Hysteresis

Loïc LE BORGNE

Science Fiction  - Illustration de Aurélien POLICE
BÉLIAL' n° (84), dépôt légal : février 2014
368 pages, catégorie / prix : 19 €, ISBN : 978-2-84344-124-0

Existe aussi en numérique, aux formats PDF (ISBN 978-2-84344-604-7) et ePub (ISBN 978-2-84344-605-4).
Couverture

    Quatrième de couverture    
     « Allô, c’est un enfant perdu qui vous parle.
     Est-ce qu’il y a quelqu’un de l’autre côté ?
     Non, vous êtes déjà morts.
     Je suis l’enfant de vos enfants, je suis de votre sang.
     Il y a une petite bougie allumée près de moi. Il faut économiser les bougies. Autour, c’est le noir de la cave, celle où je vis. »

     Le temps a filé depuis la Panique, la grande, l’incommensurable débâcle qui a couru sur le monde, balayant jusqu’au dernier rêve d’une humanité autocentrée... Le temps a passé, oui, et il a fallu reconstruire comme on a pu. Essayer, en tout cas, et au prix fort : celui du savoir, bien sûr, mais aussi celui de l’espérance... Et quand Jason Marieke arrive à Rouperroux, misérable village accroché à sa survie précaire, lui, l’ancien, celui d’avant la Panique, homme en quête doté de connaissances mystérieuses et aux questions qui dérangent, alors semble sonner l’avènement d’une ère nouvelle, celle des réponses et du cortège d’horreurs qui les accompagne...
     Romancier bien connu dans le champ des littératures dédiées aux plus jeunes, Loïc Le Borgne signe avec Hysteresis son premier roman « adulte », récit post civilisation très personnel, puissant, lyrique, porté par une langue ciselée et une sensibilité tranchante.

 
    Critiques    
     France, quelques décennies après la Panique, une catastrophe dont on ne saura finalement pas grand-chose si ce n'est qu'elle a mis un terme à la civilisation technocrate telle que nous la connaissons. Les hommes sont revenus à la vie paysanne, et n'utilisent plus aucun création de la science, qu'il s'agisse d'une voiture ou d'un appareil électrique. Pire : cette utilisation est totalement prohibée, et celui qui transgresse cette loi s'expose à la vindicte de ses concitoyens. Une nouvelle croyance s'est répandue en remplacement, celle qui rend hommage à la Terre, et plus particulièrement aux arbres, devenus sacrés à tel point qu'un jeune garçon qui y grave les initiales de sa copine peut être condamné à la flagellation publique. C'est dans ce contexte qu'arrive dans le village de Rouperroux Jason Marieke, un homme âgé, qui exerce la profession de conteur, et se distingue par son emploi de tournures de phrases américaines, et la possession d'un unique ballon de basket en plus de son baluchon. Comme tout étranger, il est accueilli très fraîchement par la communauté, habituellement repliée sur elle-même. Pourtant, celle-ci est loin de se douter qu'elle est sur le point de voler en éclats suite à l'arrivée de Marieke...
     Encore un roman post-apo, me direz-vous. Il est vrai que le genre a été énormément exploité, générant quelques chefs-d’œuvre mais aussi un tombereau de livres nettement plus dispensables. Peut-on encore écrire quelque chose d'original sur le sujet ? Sans prétendre explorer une voie totalement inédite, Loïc Le Borgne, dont c'est ici le premier roman pour adultes, s'aventure néanmoins sur des terres moins balisées dans le domaine. L'action se déroule en effet... en France, dans un petit village. Et n'en sortira quasiment jamais, si ce n'est pour en découvrir les alentours. Le livre prend ainsi davantage la forme d'une chronique villageoise, avec ses tensions, ses alliances qui se font et se défont, que d'un roman post-apo. Bien sûr, on n'oublie jamais dans quel contexte l'on se situe, les références au passé honni sont permanentes, et le culte des arbres est une trouvaille intéressante.
     Mais au fond l'important n'est pas là, mais plutôt dans la description de l'explosion d'une micro-société exsangue de trop de secrets enfouis. Le Borgne s'attache ainsi dans un premier temps à nous dépeindre minutieusement le village et ses habitants, afin de mieux nous faire comprendre les enjeux qui se dénoueront plus tard. Avec en permanence une part de secret, de non-dit, dont on comprend bien qu'ils feront l'objet de la seconde partie du livre, quand l'auteur commencera à dévoiler le passé des uns et des autres... Le roman fonctionne sur le principe de la révélation progressive de secrets qui sont autant de liens pour la société telle qu'elle nous est décrite ; malheureusement, la teneur du mystère est prévisible dès les dix premières pages du livre, de telle sorte que les soi-disant révélations ne surprendront guère le lecteur un peu aguerri à ce type de moteur scénaristique.
     Il n'en reste pas moins que l'ambiance de ce livre est extrêmement plaisante, grâce notamment à une idée bienvenue : on l'a vu, Jason est un conteur, aussi le roman est-il rythmé par des poèmes et chansons que Jason a composés ou compilés de troubadours d'avant la Panique, et qui ont pour nom Bob Dylan, Arthur Rimbaud, Jacques Brel, Jim Morrison... Tous ces morceaux font sens dans l'univers décrit par Le Borgne, et confèrent à ce roman un lyrisme et une poésie bienvenus.
     Un dernier petit mot sur le titre du roman. L'hystérésis, mot venant du grec pour «  après », caractérise le fait que les propriétés d'un système dépendent de l'évolution qui y a conduit ; par exemple, un système qui évoluerait entre deux états A et B ne parcourrait pas les mêmes chemins pour aller de A à B et pour aller de B à A (si vous ne comprenez pas, allez jeter un œil à la page Wikipédia). Cette propriété sert ici de parabole sur l'évolution de la société : le village de Rouperroux n'est pas le même que celui dont il s'inspire, qui date d'avant la Panique. Celle-ci agi ainsi comme un moteur d'évolution non linéaire.
     Non, Hysteresis ne révolutionnera pas le post-apocalyptique. Et ne comptera pas non plus dans ces chefs-d’œuvre, la faute à un scénario bien trop prévisible. Mais se rangera néanmoins parmi les romans très recommandables, de par le talent de Loïc Le Borgne à dépeindre une société renfermée sur elle-même, et un ton très personnel, empreint de sensibilité et de poésie.

Bruno PARA (lui écrire)
Première parution : 16/3/2014
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Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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