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    Fiche livre    

Aucun souvenir assez solide

Alain DAMASIO

Illustration de Nicolas FRUCTUS
GALLIMARD, coll. Folio SF n° 474, dépôt légal : février 2014
400 pages, catégorie / prix : F8, ISBN : 978-2-07-045251-4
Couverture   verso

    Quatrième de couverture    
     Une cité de phares noyée par des marées d'asphalte où la lumière est un langage. Une ville saturée de capteurs qui dématérialise les enfants qui la traversent. Un monde où la totalité du lexique a été privatisée. Un amant qui marche sur sa mémoire comme dans une rue...

     En dix nouvelles ciselées dans une langue poétique et neuve, Alain Damasio donne corps à cet enjeu crucial : libérer la vie partout là où on la délave, la technicise ou l'emprisonne. Redonner aux trajectoires humaines le sens de l'écart et du lien. Face aux hydres gestionnaires qui lyophilisent nos cœurs, l'imaginaire de Damasio subvertit, perfore les normes et laisse à désirer. C'est un appel d'air précieux dans un présent suturé qui sature.

     « Un souffle et un art du conte stupéfiant, comme le prouve, dans ce recueil, »El Levir et le livre« , l'une des plus belles nouvelles de ces dernières années, toutes catégories confondues. »
Serge Lehman — Le Monde des livres

     Alain Damasio écrit peu, par exigence. La Zone du Dehors a été récompensé par le prix du Roman européen Utopiales 2007. Son deuxième roman, La Horde du Contrevent, encensé par la critique et le public, est déjà un classique des littératures de l'imaginaire.


    Sommaire    
1 - Les Hauts® Parleurs®, pages 11 à 53
2 - Annah à travers la Harpe, pages 55 à 87
3 - Le Bruit des bagues, pages 89 à 106
4 - C@PTCH@, pages 107 à 153
5 - So phare away, pages 155 à 203
6 - Les Hybres, pages 205 à 223
7 - El Levir et le livre, pages 225 à 263
8 - Sam va mieux, pages 265 à 290
9 - Une stupéfiante salve d'escarbilles de houille écarlate, pages 291 à 352
10 - Aucun souvenir assez solide, pages 353 à 356
11 - Bruno SYSTAR, Portrait de Damasio en aérophone, pages 357 à 390, Postface
 
    Critiques des autres éditions ou de la série    
Edition La VOLTE, (2012)


 
     Ce que l'on ne risque pas de reprocher à Alain Damasio, c'est bien son immense maîtrise de la langue française. On comprend parfaitement que le lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire 2005 pour La Horde du Contrevent choisisse d'écrire peu, mais magnifiquement. Le travail linguistique de chacune des dix nouvelles qui composent le recueil Aucun souvenir assez solide en donne un parfait exemple.
     En revanche, si l'on voulait chipoter, on oserait dire que cette maîtrise de la langue et du néologisme — toujours très bien vu au demeurant — se révèle parfois envahissante dans l'écriture. Trop de mots tuent le mot, souvent, tout comme un style trop ampoulé fini par tuer ledit style, et avec le fond du texte.
     Et pourtant j'aime les chats, Marseille et la Perspective Nevski, entre autres.
     Sur le susdit fond, il y aura toujours deux écoles : « Je suis en faveur d'un monde qui devient virtuel, je vis avec Twitter, Facebook, MSN, mon Iphone, mon Ipad, et mon blog-où-je-raconte-ma-vie-et-où-j'ai-plein-d'amis » ; ou alors : « Je suis pour défendre les droits du bar PMU pour y prendre mon café le matin en refaisant le monde avec mes potes. » Le parti pris de Damasio est clair : Internet, et tout ce que cela recouvre, tue les vraies relations humaines. D'ailleurs, toute la technologie aussi. Et le modernisme. On soupçonne même votre cafetière de comploter en vue de détruire vos relations sociales. En gros, si Omo lave plus blanc que blanc, Damasio écrit plus noir que noir, et assume cette posture de façon presque caricaturale.
     Ce choix semble regrettable, car les textes tombent rapidement dans un extrémisme qui ne fait nullement justice au talent de l'auteur. « C@ptch@ » par exemple, quatrième texte du recueil, donne l'impression que le narrateur s'écoute écrire, se noie dans les fines-ses linguistiques, mais en perd son but, et son lecteur. C'est beau comme un sonnet de Mallarmé, auquel les allusions sont récurrentes, mais on ne construit pas une nouvelle comme un poème, sauf à imaginer que l'on peut subir 250 pages de « Coup de Dés ». Le problème se pose à nouveau pour « Une stupéfiante salve d'escarbilles de houille écarlate », qui confine à l'illisible, si ce n'est pas tout simplement une private joke avec soi-même pour l'auteur. Les mangamaniacs ne pourront s'empêcher de sourire en lisant « J'appelle le Pégase » (merci Seiya, tu peux disposer...). En revanche, inutile de connaître la culture japonaise pour rester consterné devant « Sam va mieux », davantage pour le jeu de mot digne de l'Almanach Vermot plus que pour la nouvelle, s'entend.
     Au fil des textes, on alterne entre admiration béate devant une écriture et des trouvailles linguistiques parfois stupéfiantes, toutes révélatrices d'un travail approfondi de construction — un petit amour pour Pérec, parfois ? — , et l'exaspération devant une mise en exergue outrée des changements socioculturels qui, si elle est compréhensible, ne justifie pas un tel radicalisme. On peut avoir une connexion ADSL et des amis en chair et en os. Parfois même, avec une connexion ADSL, vous avez des amis qui vous aident. Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain.
     En laissant de côté l'aspect militant, et pour ne s'attacher qu'à la forme, j'oserais dire que les textes gagneraient à être plus courts, à la vue de leur perfection linguistique. Je rêverais de lire « So phare away » dans une forme proche du haïku, d'un sonnet, ou d'un rondel, en hommage au torturé El Levir, auteur maudit de la septième nouvelle (un chiffre saint ou un hasard ?). Je ne doute d'ailleurs nullement qu'Alain Damasio en soit capable.
     En résumé, un recueil à lire comme une merveille d'écriture, page après page, mais sans doute plus pour sa forme que pour les idées qu'il défend, bien trop simplistes, paradoxalement, pour un tel niveau rédactionnel.
     Dernière note : si vous voulez une analyse parfaitement érudite des nouvelles, vous disposerez de vingt pages en fin de recueil, tout à fait bienséantes, riches de citations philosophiques et conférencesques, qui vous diront combien l'ouvrage est la quintessence de toute réflexion profonde et vitale. Mais personnellement, je n'ai aucun souvenir assez solide du recueil pour en faire une Bible. Aucun lecteur n'a à mon sens besoin qu'on lui explique que ce qu'il vient de lire est génial et hautement philosophique. C'est là que l'on se félicite que Mallarmé ait toujours pris ses œuvres avec beaucoup de désinvolture, non ?

Sylvie BURIGANA
Première parution : 1/10/2012
dans Bifrost 68
Mise en ligne le : 3/4/2016


 
Base mise à jour le 9 septembre 2017.
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