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Des astres et des ombres

George R. R. MARTIN

Titre original : Songs of Stars and Shadows, 1977

Traduction de Monique CARTANAS & M.-C. LUONG
Illustration de Eric LADD

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1970 - 1984, 1ère série) n° 1462
Dépôt légal : avril 1983
Recueil de nouvelles, 288 pages, catégorie / prix : 3
ISBN : 2-277-21462-0   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     George R.R. Martin est né en 1948 dans le New Jersey. Après avoir été journaliste, il se consacre désormais à la science-fiction. Prix Hugo en 1974 et Nebula en 1979.

     Dans ce nouveau recueil de nouvelles, George R.R. Martin élève avec une force accrue sa « voix » dans cet univers étrange de réel et d'imaginaire.
     Dans La nuit des vampyres, le Front de Libération Americain passe à l'action contre la dictature qui écrase les Etats-Unis en 1990. Il choisit le chantage atomique...
     Dans Les fugitifs, un enquêteur découvre que son client a organisé lui-même le complot qui le terrorise : seule la peur lui donne le sentiment de vivre...
     Dans Equipe de nuit, sur le spatioport où atterrissent et décollent des vaisseaux galactiques aux mystérieuses cargaisons, un petit bureaucrate rêve dangereusement — d'aventures sur Mercure ou Cérès...

    Sommaire    
1 - Préface, pages 5 à 11, Préface, trad. Monique CARTANAS & M.-C. LUONG
2 - Tour de cendres (This Tower of Ashes), pages 13 à 38, trad. Monique CARTANAS & M.-C. LUONG
3 - Saint Georges ou Don Quichotte (Patrick Henry, Jupiter, and the Little Red Brick Spaceship), pages 39 à 60, trad. Monique CARTANAS & M.-C. LUONG
4 - George R. R. MARTIN & Howard WALDROP, La Bataille des eaux-glauques (Men of Greywater Station), pages 61 à 109, trad. Monique CARTANAS & M.-C. LUONG
5 - Un luth constellé de mélancolie (The Lonely Songs of Laren Dorr), pages 110 à 134, trad. Monique CARTANAS & M.-C. LUONG
6 - La Nuit des vampyres (Night of the Vampyres), pages 135 à 172, trad. Monique CARTANAS & M.-C. LUONG
7 - Les Fugitifs (The Runners), pages 173 à 180, trad. Monique CARTANAS & M.-C. LUONG
8 - Équipe de nuit (Night Shift), pages 181 à 202, trad. Monique CARTANAS & M.-C. LUONG
9 - ...pour revivre un instant (...for a single yesterday), pages 203 à 237, trad. Monique CARTANAS & M.-C. LUONG
10 - Sept fois, sept fois l'homme, jamais ! (And Seven Times Never Kill Man), pages 238 à 286, trad. Monique CARTANAS & M.-C. LUONG
 
    Critiques    
     Non, décidément, quitte à passer pour un cuistre démodé, je ne parviens pas à voir dans la nouvelle SF américaine un mouvement globalement digne d'intérêt. J'irai même plus loin : les seuls textes véritablement « novateurs » (le mot reste, bien sûr, ambigu et discutable) me semblent être ceux choisis par Pierre K. Rey pour son anthologie L'Amérique aux fantasmes. Pour le reste, lorsqu'il ne s'agit pas d'heroic fantasy, les commentateurs s'accordent à décrire des auteurs pétris de classicisme et qui, simplement, « rendraient vigueur » à la SF de l'Age d'Or. Voilà qui est d'un bel intérêt !
     Parmi ceux-là, George R.R. Martin est souvent cité en exemple. Pourtant, que possède-t-il d'original ? Des astres et des hommes, son second recueil en français, procède d'un étrange amalgame. La nuit des vampyres, sans doute le texte le plus dénué d'intérêt, fait songer au Van Vogt des Assassins de la Terre. Un luth constellé de mélancolie et Sept fols, sept fois l'homme, Jamais ! participent d'une fantasy au premier degré dont le fondement n'est nullement questionné. « ... Pour revivre un instant » gambade joyeusement dans les eaux de la petite-société-de-survivants-après-le-cataclysme. Les autres nouvelles, parfois intelligemment écrites et construites, ne suscitent jamais d'adhésion autre que polie. Comme un ancien village, reconstruit et transformé en musée, que l'on visite silencieusement. Ce recueil de George Martin sent la naphtaline. Aucun souffle de nécessité interne n'y passe : c'est un discours figé qui n'apporte rien aux thèmes et motifs qu'il illustre.
     Tous les textes sont pourtant reliés par un semblant de fil conducteur que Martin dévoile dans sa préface en se présentant comme un « romantique impénitent ». Il faudrait pourtant lui ouvrir les yeux et lui apprendre qu'il n'est pas, ainsi qu'il semble le penser, l'inventeur du traitement littéraire de « l'antagonisme entre le romantisme et la réalité »... Les analyses psychologiques de Martin sont à cent lieues des ciselures d'un Sturgeon, par exemple.
     Le monde de la SF devrait apprendre enfin à ne plus crier au génie dès qu'un écrivain écrit autrement qu'avec ses pieds. C'est pourtant la moindre des choses !


Dominique WARFA (lui écrire)
Première parution : 1/11/1983 dans Fiction 345
Mise en ligne le : 2/1/2006


 
     Lire un recueil de George R. R. Martin, c'est à coup sûr lire au moins deux, voire trois ou quatre nouvelles ou novellas exceptionnelles. Des textes de SF, la plupart du temps, ce qui tranche évidemment avec l'image actuelle qu'on a du démiurge de Westeros.
     Chanson pour Lya illustre parfaitement cette assertion avec la novella-titre, une des plus belles histoires d'amour jamais écrite en SF, mais aussi « Au matin tombe la brume » et son mystère planétaire, « Pour une poignée de volutoines » et ses contrôleurs de cadavres à la recherche de pierres insynthétisables. Si ces trois textes accusent légèrement leur âge (1973, 1971, 1972), ils possèdent aussi le charme particulier, romantique, d'une SF à la charnière de deux époques : l'âge d'or est derrière, mais son sillage reste magique, la SF moderne audacieuse (celle de John Varley et William Gibson, entre autres) fait les cent pas juste devant, on la devine au détour d'une phrase cruelle, d'une description très explicite, d'une idée forte. On trouve dans ces trois perles des accents silverbergiens, vancéens, zelazniens (surtout) — que de bonnes références. « Chanson pour Lya », la novella, fait partie des textes qu'on n'oublie pas, qu'on relit avec passion, découvrant des ponts, des pistes qui nous avaient sans doute échappé à la première lecture. Amour, secte, séduction par la foi, désespoir, altérité, impuissance face à une tragédie en marche ; il y a là une richesse thématique qui manque à bien des romans d'aujourd'hui. Ce qui arrive à Lya, c'est comme voir Eddard Stark se faire [censuré par la rédaction au bénéfice des derniers lecteurs ou téléspectateurs innocents]... Il y a le choc, et une forme de surprise : oui, l'auteur est allé jusqu'au bout, un jusqu'au-boutisme sans outrance, dans la maîtrise parfaite des mots et des images. Au-cun deus ex machina. Ce qui devait arriver survient, tombe, comme il se doit. Le pire est presque la norme. Noire est la couleur.
     Des astres et des ombres est un recueil tout aussi riche que le premier. Plusieurs nouvelles sortent du lot : « Les fugitifs » et « Equipe de nuit » qui malgré leur relative brièveté sont saisissantes, « La Tour de cendres » et « Un luth constellé de mélancolie » pour leur romantisme assumé. Le recueil ne contient que des nouvelles de science-fiction, mais dans certaines des images de fantasy pointent volontiers le bout de leur nez, notamment dans « Un luth constellé de mélancolie ». Terriblement violente mais inaboutie, « Sept fois, sept fois l'homme jamais » annonce en partie « Par la croix et le dragon », un des chefs-d'œuvre de l'auteur, et partage quelques points communs troublants avec le film Avatar. Des astres et des ombres contient aussi une curiosité : « La Bataille des eaux-glauques », longue nouvelle co-écrite avec Howard Waldrop, plaisante mais définitivement trop sage.
     Les Rois des sables est sans doute le meilleur des recueils J'ai Lu, même s'il contient la très dispensable « Aprevères », qui mêle sans grand succès space opera et clichés de fantasy. On y lira surtout « Par la croix et le dragon », saisissante histoire d'inquisition future d'une richesse inouïe pour vingt-cinq pages seulement ; « La Dame des étoiles », récit de la descente aux enfers d'une femme contrainte à la prostitution dans un étrange astroport, et « Les Rois des sables », dernier et meilleur texte du recueil où un homme riche, d'une arrogance sans limites, achète des créatures extraterrestres fascinantes, les rois des sables, dont il ne s'occupe pas assez bien. Pire, il les affame et les tortures, ce qui ne sera pas sans conséquences. A noter que cette novella a été adaptée en 1995 comme épisode de la série Au-delà du réel, l'aventure continue, avec Beau Bridges (frère de) dans le rôle principal.
     Dragon de glace, chez Actusf, est encore une fois un très beau recueil. Contrairement aux précédents, il n'est pas constitué pour majorité de textes de science-fiction ; en fait, il n'en comporte aucun. Si les deux nouvelles de fantasy, « Dragon de glace » et « Dans les contrées perdues », se lisent avec plaisir, surtout la première, ce sont les deux textes d'horreur, « L'Homme en forme de poire », et l'inédit « Portrait de famille », qui frappent le plus fort. « Portrait de famille », qui raconte comment un écrivain utilise un événement atroce dont a été victime sa fille afin d'écrire un livre à succès, ne cesse de monter en puissance jusqu'à la chute, remarquable d'élégance cruelle et de puissance tranquille. On ne peut s'empêcher de penser à Stephen King quand il met en scène des écrivains. On regret-tera toutefois la traduction française de ce texte, médiocre. Rien de catastrophique, mais c'est agaçant.
     On l'a vu... dans chacun de ces quatre recueils, il y a toujours au moins deux grands textes. Si vous aimez la science-fiction, et supportez de lire des textes très marqués par les années 70, commencez par Une Chanson pour Lya ; si vous êtes plutôt intéressé par le fantastique moderne, alors Dragon de glace est pour vous. Par contre, autant vous prévenir, aucun de ces recueils ne séduira l'amateur pur et dur de fantasy médiévale, qui pourra néanmoins se rabattre sur Le Chevalier errant suivi de l'épée lige, préludes au Trône de fer, chez J'ai Lu.

Thomas DAY
Première parution : 1/7/2012 dans Bifrost 67
Mise en ligne le : 5/12/2015


 
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