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Les Paradis piégés

Richard CANAL



Illustration de Philippe CAZA

J'AI LU (Paris, France), coll. Science-Fiction (1992 - 2001, 3ème série - dos violet/blanc) n° 4483
Dépôt légal : avril 1997
320 pages, catégorie / prix : 5
ISBN : 2-290-04483-0   
Genre : Science-Fiction



    Quatrième de couverture    
     Richard Canal

     // a beaucoup voyagé, notamment en Afrique. En 1988, il reçoit le Grand Prix de la S-F française pour sa nouvelle Étoile. Puis il est récompensé deux années de suite par le prix Rosny-Aîné, en 1994 pour Ombres blanches et en 1995 pour Aube noire qui, après Swap-Swap, complétaient son cycle « africain » publié aux Éditions J'ai lu.

     Voyager dans les mondes virtuels, il y a longtemps que David attendait cela ! Pour ses quinze ans, il a enfin le droit de franchir la Porte d'or, d'aller « à l'extérieur », comme sa sœur et ses deux frères aînés l'ont fait avant lui. Le grand saut vers l'inconnu !
     Mais loin du cocon familial, David découvre l'enfer. Camps de concentration, paysages apocalyptiques... Ce n'est pas possible, c'est un cauchemar... Où se situe la réalité ? Et qui sont ces « passeurs » qui semblent voyager à leur guise d'un univers à un autre ?
     David n'est pas au bout de ses surprises : de retour parmi les siens, il trouve un appel au secours de sa mère, mystérieusement disparue dix ans auparavant. Et peu à peu il entrevoit la clé de l'énigme. Désormais sa décision est prise : dès l'aube, il refranchira la Porte, il ira à la recherche de sa mère... et de la vérité.
     Il lui faudra plonger dans l'horreur pour démonter pièce par pièce un puzzle machiavélique, un piège issu d'un cerveau fou. Un piège mortel...

    Cité dans les listes thématiques des oeuvres suivantes :     
 
    Critiques    
     Le roman précédent de Canal, Le Cimetière des papillons, décrivait un univers de jeu que les joueurs eux-mêmes finissaient par détruire. Les Paradis piégés va encore plus loin : cette fois, c'est l'auteur lui-même — à peine masqué derrière son personnage — qui dynamite l'une après l'autre ses propres créations. Pour le plaisir d'ouvrir de nouvelles portes au nom de la liberté absolue du créateur.

     Tout commence, comme souvent chez Canal, par une cassure, présentée ici comme une initiation rituelle. À l'âge de quinze ans, David obtient le droit de quitter l'univers clos de La Grange pour explorer les Virtualités. Il va devoir franchir la Porte d'or et quitter pour la première fois sa famille. Ses frères et sa sœur, plus âgés, ont déjà franchi le pas et le guideront. La réalité est décrite comme un ensemble de lieux clos habités par des Familles, qui ont créé des lieux virtuels pour se distraire. Mais les premières fausses notes apparaissent : c'est en explorant les Virtualités que la mère de David a disparu. Et son père lui apprend l'existence de Virtualités piégées, devenues de véritables enfers qu'il faut détruire.

     « Une fois que tu auras rejoins une Virtualité, ton premier souci sera d'en sortir » (p. 24). Ici, tout fonctionne au niveau du symbole, explicitement incarné en objets fétiches. Le père est un créateur de marionnettes, un manipulateur. Les matriochkas, ces poupées russes emboîtées les unes dans les autres, incarnent les différentes couches de la réalité qu'il faudra ouvrir l'une après l'autre. C'est à l'intérieur de la sienne que la mère a caché le message qui lancera David à sa recherche.

     Et la quête de la mère, face au père truqué qui incarne tous les mensonges — c'est aussi en ce sens que Canal est un des héritiers de Dick, cette façon de remettre en question la solidité des figures d'autorité qui traversent ses livres — devient une quête d'identité personnelle de David. Celui-ci devra même se dépecer lui-même pour franchir une des Portes. La succession d'images fortes, parfois insoutenables, qui parsèment le livre n'est jamais gratuite. Mais le lien qui les unit n'est pas romanesque. Il est presque psychanalytique.

     Le livre décrit des lieux qui sont autant d'incarnations des fantasmes de l'auteur. J'emploie le terme à dessein. Il n'y a aucune logique au choix des Virtualités — où l'on saute du Casablanca de Bogart au camp nazi de Bergen-Belsen — si ce n'est celle, purement arbitraire, de Canal. C'est à une exploration de lui-même que celui-ci nous convie, jusques et y compris dans son histoire d'amour avec Leni Riefenstahl, cinéaste encensée par le régime nazi. Ces souvenirs incarnés que David s'impose de détruire, mènent inexorablement à l'enfermement de l'auteur dans son livre, ce que symbolise le Rainbow, cette drogue qui enracine peu à peu celui qui la prend dans la Réalité. La vraie.

     Et la Réalité est un piège, une dernière horreur. Celle de la déliquescence, de l'usure. Celle du monde en bout de course. Mais, dans les dernières pages, Canal se révolte : la réalité lui pèse, il se donne le pouvoir de la recréer... « Les terres arc-en-ciel ne connaissent pas d'autres limites que celles de notre imagination. »

     Rarement l'écriture de Canal aura été aussi intense, aussi ouvertement violente. Elle contribue à faire des Paradis piégés un livre inconfortable. Vous voilà prévenu. Mais, en comparaison, la plupart des romans de SF récents ne sont que des virtualités sans intérêt.

Jean-Claude DUNYACH (lui écrire)
Première parution : 1/12/1997 dans Galaxies 7
Mise en ligne le : 1/5/2009


 

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